Tribus: de retour sur les planches

Dans cet article, le féminin est utilisé sans discrimination des genres, pour alléger le texte. 

Tribus revient en force au théâtre La Licorne cet automne. J’en ai profité pour y faire un p’tit tour. Pour une deuxième année consécutive, on plonge dans l’histoire de cette famille typique Plateau, de cette tribu au sein de laquelle tous sont en compétition les uns contre les autres vers un échec quelconque. Le fils aîné rédige une thèse au propos éculé. La fille benjamine croit se découvrir une passion dans le chant, qui s’avérera une vaine tentative d’exister. La mère écrit un roman boboche. Et le père, autrefois universitaire, critique tout un chacun pour leur faiblesse intellectuelle, mais peine à prouver qu’il en est dépourvu. Pendant une bonne partie de la pièce, les membres de cette famille se lancent des craques avec un humour assez efficace. Ça fait du bien de rire. C’est cette répartie verbale qui les soude ensemble.

J’ai dit tous en compétition, tous sauf un : Billy, le fils cadet, qui est sourd depuis la naissance. Son père, ne voulant pas qu’il soit assimilé à la communauté malentendante, ne lui apprend pas le langage des signes. Sa mère lui apprendra à lire sur les lèvres.

La trame narrative principale s’articule autour de Billy. Il découvre l’amour auprès d’une jeune fille qui devient progressivement sourde. Elle lui ouvre un monde de possibilités en l’introduisant à la communauté malentendante et lui apprend le langage des signes. Billy embarque alors vers une quête de l’affirmation de soi, lui qui n’a jamais compris les railleries que les membres de sa famille se lancent, lui qui a toujours été exclu des discussions qui les lient.

Ceci dit, ce n’aura pas tant été cette histoire de Billy le sourd qui m’a titillé la viscère. Non, c’était plutôt ce contexte familial fort et dysfonctionnel. L’autrice britannique Nina Raine nous fait le cadeau difficile d’une brochette de personnages complets, autonomes. Des personnages qui peuvent vivre d’eux-mêmes, qui semblent même parfois plus plausibles que Billy. Le type de personnages que tu reconnais facilement dans ton cercle d’amies.

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J’ai facilement plongé dans cette atmosphère de compétition à la fois malsaine, mais si drainante, grâce au jeu prenant des actrices. Notamment, le fils à la maîtrise, Benoît Drouin-Germain, dont la performance est brillante alors que son personnage sombre tranquillement vers la schizophrénie et le bégaiement. La fille, Catherine Chabot, qui signe d’ailleurs la prometteuse pièce Dans le champ amoureux, mise en lecture à Zone Homa en août dernier, à garder à l’œil pour une possible mise en scène. Et, finalement, Jacques L’Heureux qui joue un père détestable qui croit fortement en cette « saine » compétition.

L’utilisation du langage des signes dans Tribus ne m’a pas paru révolutionnaire, mais je me dois de souligner ce poème, déclamé à l’oral par Benoît Drouin-Germain, puis rendu en signes par Caroline Bouchard. Poignant.

Parce que je sais que t’aimes les vidéos.

 

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