Zone Homa, soirée VIP

Dans cet article, le féminin est utilisé sans discrimination des genres, pour alléger le texte. 

La semaine dernière, je me suis saucé dans la Zone Homa, tel un béluga trop content, pour assister à l’unique représentation de la pièce VIP. Dans une salle intime de la Maison de la culture Maisonneuve, trois jeunes artistes l’enlève, Lui, notre génie national. Pendant une heure, les trois déclament leur admiration et leur jalousie à un quatrième personnage bâillonné. Au détour des récits hyperboliques loufoques et des confessions sincères, les trois wanna-be artistes soulignent à la fois leur désir viscéral de renommée et la banalité confrontante de leur vie. Des dialogues drôles et poignants qui brassent cette petite partie de nous qui aimerait tant devenir Quelqu’un. Celle qui nous permet à la fois d’aimer et d’envier la personne qui touche un tant soit peu au succès. VIP, c’est notre fantasme inassouvi de lui faire sa fête.

Ce qui est génial de Zone Homa, c’est cet espace créatif livré à la relève artistique. Sur 29 soirs du mois d’août, plus de 200 artistes nous offrent, à faible coût, 43 créations (gâte-toi avec la programmation). Zone Homa servira souvent de tremplin aux meilleures d’entre-elles, que l’on les retrouveront plus tard, après avoir été retravaillées, sur des planches plus connues. Zone Homa, c’est l’occasion d’essayer une idée, de tester une pièce encore en chantier. Dans cet esprit constructif, je me permettrai quelques commentaires aux trois créatrices et créateurs de VIP, Charlotte Aubin (oui, oui, l’actrice de Roméo et Juliette d’Yves Desgagnés), Antonin Gougeon Moisan et Maxime Paré Fortin.

D’abord, les thèmes abordés sont assez intéressants. Cette dualité et cette harmonie entre l’amour et l’envie de la célébrité demandent à être plus explorée dans les œuvres artistiques contemporaines. Il s’agit d’une dualité en ce que beaucoup ont envie de cette célébrité —après tout, c’est la critique que l’on porte souvent à ceux qui publient trop (vomissent) dans Facebook et Instagram— mais on accepte rarement qu’une autre personne de notre entourage réussisse mieux que soi. Il s’agit d’une harmonie quand elle nous pousse à monter en idoles certaines personnes, au point d’en vouloir leur mort —c’est ainsi que se justifiait d’ailleurs l’assassin de John Lennon qui préférait le tuer plutôt que de le voir dépérir. L’idée de l’enlèvement permet d’aborder ces deux thèmes. Cette envie de passer à l’histoire des personnages parce qu’ils seront maintenant (re)connus comme les criminels de cet enlèvement, mais aussi cette envie d’ultimement rescaper ce génie qui pourrait dépérir.

Ce sera plutôt le rendu théâtral qui mérite d’être retravaillé. D’une part, certains dialogues pourraient être émondés, raccourcis, alors que d’autres événements semblent manquants. Je pense notamment aux événements hors scène. Bien entendu, on ne souhaite pas qu’ils soient explicités, mais les spectatrices bénéficieraient à comprendre ce qui ramène les personnages sur scène, ce qui les fait parfois changer d’idée. À ce niveau, le développement psychologique des personnages doit être plus évident. Aussi, il faudrait prendre soin de bien fixer la relation entre les personnages et le public. Les personnages agissent souvent comme si le public était absent alors qu’à quelques instants ils y font directement référence.

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Somme toute, Charlotte Aubin, Antonin Gougeon Moisan et Maxime Paré Fortin sont trois jeunes artistes à surveiller. On se tient au courant de leur projets personnels, d’une nouvelle mouture de VIP ou de leur passage au téléjournal.

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