Le « Tour du monde en 80 jours au TNM »: la foire aux stéréotypes

Je dois avouer que j’appréhendais mon retour au Théâtre du Nouveau Monde. Disons que c’est difficile de faire mieux que Cyrano de Bergerac, une merveille du théâtre pour les nostalgo-poético-romantiques comme moi, monté par Serge Denoncourt, que j’avais vu l’an dernier. Qu’à cela ne tienne, j’ai plongé dans Le tour du monde en 80 jours la semaine dernière. La barre était haute, déjà que j’avais grandement apprécié l’œuvre originale (naoon, pas le film avec Jakie Chan, le livre de Jules Verne là).

Le rendu théâtral était loin en deçà de mes attentes. Bon, je peux accepter le style « théâtre d’été » avec un jeu d’acteur grandiloquent, loin du réalisme et aux émotions accentuées. Un peu plus on se retrouvait tous au Parc Lafontaine avec une Coors Light entre les cuisses pour la représentation. Quoi demander de mieux par une belle soirée de mai ? Je ne raffole pas des pièces cantonnées dans le drôlatique et le divertissement, mais le jeu d’acteur ne déplaît pas lorsqu’on accepte le type de pièce dans laquelle on embarque (aka c’est pas Hamlet). En plus, la mise en scène était intelligente, surtout au niveau des transports. Hugo Bélanger transforme aisément quatre personnages et deux parasols en un éléphant pour, ensuite, vous amener dans un village japonais construit à l’aide d’un jeu d’ombres monté sur une gigantesque toile blanche. Le côté scénographie est également impressionnant (comme à l’habitude du TNM). Les costumes colorés donnent une âme à ces personnages de second rôle qui habitent et activent les contrées lointaines visitées (à la hâte) par Philéas Fogg (l’anglais qui a parié qu’il pouvait faire le tour du monde en 80 jours) et Jean Passepartout (son valet français, mais lui il visite pour vrai). Des habits qui mériteraient une place au costumier de Radio-Canada (oups !).

Ce qui m’a réellement titillé, c’est cette pensée que l’humour nécessite la stéréotypisation de toutes les cultures rencontrées par les occidentaux. On vous parlera avec un accent pincé en Chine, puis quelques dialectes où on exagère le « h » et le « r » au Moyen-Orient. L’amalgame des costumes, des danses et des comportements ressemble plus au spectacle qu’on vous montre aux Olympiques pour se faire croire qu’on n’a pas perdu notre culture, plutôt qu’à ce qui est réellement dépeint par Jules Verne. Et ça fait rire ! Que ça fait rire. Déception, tu es mon euphémisme.

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