Merci d’être venus : la lumière dans les ténèbres

Merci d'être venus : la lumière dans les ténèbres, Boucle Magazine

Le 13 janvier dernier, j’ai eu la chance d’assister à la première de 2026 à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. C’était soir d’inauguration pour Merci d’être venus de Gabriel Morin, mis en scène par David Strasbourg. En m’y rendant, je savais que j’allais voir une pièce sur le suicide, mais je ne m’attendais pas à vivre une expérience aussi complexe, nuancée et profondément humaine. Je ne savais surtout pas à quel point, malgré la gravité du sujet, que j’allais rire autant.

Entre l’ombre et la lumière : faire œuvre utile

Dès l’introduction, on comprend que cette critique sera extrêmement positive. C’est sans contredit l’une des meilleures pièces que j’ai pu voir dans les dernières années. Je suis peut-être un peu biaisée, puisque j’adore le théâtre du réel. J’aime particulièrement les œuvres qui abordent des sujets difficiles et parviennent à les rendre aussi sensibles qu’accessibles par la scène.

Merci d’être venus est une pièce écrite et interprétée par Gabriel Morin. Ce dernier a perdu son frère par suicide il y a maintenant 17 ans. La pièce est née presque comme une évidence, comme le racontait Gabriel Morin à Sylvia Galipeau dans un article de La Presse : « J’avais ça en moi, je ne savais pas quoi faire. Mais j’ai un point de vue particulier : je suis comédien. […] Et c’est ce qu’on apprend à l’école de théâtre : il faut puiser dans notre vécu. » En puisant dans son vécu, l’auteur et comédien fait naître un texte singulier, une proposition à la fois intime et inédite, qui aborde le suicide d’un proche avec beaucoup de finesse, de justesse et une profonde humanité.

Merci d'être venus : la lumière dans les ténèbres, Boucle Magazine
Crédit photo : Marion Desjardins

La forme que prend la pièce est tout aussi intéressante. On se sent parfois dans une conférence, parfois devant un numéro de stand-up. L’écriture mêle anecdotes, informations et de nombreuses interactions avec le public. Je dois avouer qu’habituellement, lorsqu’il y a ce genre d’échange au théâtre, je ne sais jamais à quel point je dois participer, mais dans le cas de cette pièce, tout se fait naturellement. On ne sent jamais qu’il y a quelque chose de forcé et Gabriel Morin se révèle particulièrement habile dans la gestion de ces interactions.

On passe de moments plus sombres à de grands rires en l’espace de quelques minutes, sans jamais que cela ne sonne faux. À travers la quête du pourquoi entourant le suicide de son frère, le comédien se raconte finalement lui-même. Il raconte sa famille, sa jeunesse et nous fait traverser ses émotions, de la colère à l’impuissance, puis à la tristesse. On devient témoins de discussions qui n’auront jamais lieu avec son frère. Bref, c’est une pièce qui, en 1 h 35, nous transporte et nous fait vivre une multitude d’émotions. À plusieurs reprises, le quatrième mur, cette distinction entre l’espace scénique et la vraie vie, devient flou et mouvant. L’adresse directe au public encourage ce glissement et contribue à rendre les échanges encore plus authentiques. La pièce fait également usage de métaphores et d’allégories, notamment celle d’une descente en eaux profondes, qui m’a beaucoup émue.

Enfin, des intervenant.e.s spécialisé.e.s en prévention du suicide sont toujours présent.e.s dans la salle et sont présenté.e.s durant le spectacle. Les ressources disponibles sont également explicitées à même la représentation. J’ai trouvé cette attention particulièrement pertinente, juste et nécessaire.

Mise en scène, musique et scénographie

Merci d'être venus : la lumière dans les ténèbres, Boucle Mgazine
Crédit photo : Marion Desjardins

Finalement, j’aimerais glisser un petit mot sur tout ce qui entoure le texte. C’est la deuxième pièce que je vois produite par Le Complexe (la première étant Jayden chez Duceppe, que j’avais tout autant adorée) et j’aime beaucoup leur mission de rendre des sujets complexes accessibles à tous. Jusqu’à présent, je trouve que c’est pleinement réussi. La mise en scène de David Strasbourg est juste et rend véritablement justice aux propos.

Tout se joue sur scène dans un espace qui rappelle un bar de quartier, un endroit où l’on jase, où l’on peut autant avoir de grandes discussions que rire et boire un peu trop de verres. L’espace scénique est simple, mais très efficace : un bar à gauche, une table au centre et une banquette à droite sur laquelle est assise, tout au long de la représentation, Philomène Gatien avec sa guitare (en alternance avec Simon Olivier Godin). Elle signe la conception sonore et joue en direct sur scène. Sa présence crée un véritable ancrage pour le comédien, qui lui adresse régulièrement la parole, ce qui ajoute une dynamique à la fois subtile et vivante. L’environnement sonore est d’ailleurs particulièrement beau et permet de créer des ambiances et des transitions tout en douceur.

Bref, c’est un spectacle qui, tant sur le fond que sur la forme, est un véritable succès. C’est une pièce qui aborde le suicide de manière singulière, qui permet de briser le tabou et d’ouvrir la discussion. Je ne saurais trop vous encourager à aller la voir. C’est un objet théâtral d’exception.

Merci d’être venus est présentée jusqu’au 31 janvier à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. Pour des billets, c’est par ici.

En terminant, il me semble important de rappeler que si vous traversez une période difficile ou si vous ou l’un.e de vos proches avez des pensées suicidaires, de l’aide est disponible. Le Centre de prévention du suicide de Montréal est joignable au 1 866 277-3553. N’hésitez pas à appeler.

Crédit photo de couverture : Marion Desjardins

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Catherine Fournier

Étudiante à la maîtrise en théâtre, Catherine est une passionnée de tout ce qui touche à la culture. Son passe-temps préféré? Lire dans son lit, une bougie allumée pendant que son chat Clémentine dort à côté.

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