Un nouveau jour : se définir, au pluriel

Un nouveau jour : se définir, au pluriel, Boucle Magazine

J’ai eu la chance d’assister à la première de la pièce Un nouveau jour, présentement en reprise chez Duceppe, à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Ce nouvel opus de Jean-Philippe Baril Guérard, initialement présenté au Théâtre La Bordée l’automne dernier, nous plonge dans un Québec nouvellement souverain. Un spectacle doit y être créé : celles et ceux qui en ont la responsabilité parviendront-ils à s’entendre?

Le trio « hockey-poutine-Céline »

Dans ce huis clos, on retrouve quatre personnages totalement différents qui ont été chargés, par le ministère de la Culture, de créer un spectacle sur les plaines d’Abraham qui célèbre la culture et l’identité québécoises ainsi que leurs futures possibilités en tant que nouveau pays. Une tâche qui semble simple à première vue, mais qui se complexifie. On ne s’entend que sur les clichés : le hockey, la poutine et Céline. À la veille de la présentation, le temps presse.

Un nouveau jour : se définir, au pluriel, Boucle Magazine
Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

Le quatuor ne s’entend pas. Dans cette pièce, il y a Élyse, une femme bien connue du public (et aimée), qui anime un talk-show. C’est la star de ce quatuor, la tête dirigeante. Il y a Félix, un réalisateur de films documentaires qui se dit de gauche. Jusqu’à maintenant, une certaine entente aurait pu être possible entre les deux, mais deux autres protagonistes s’ajoutent. Rafael est un jeune du West Island qui travaille en pub : tout est produit et marketing. Finalement, il y a Lisa, une universitaire franco-ontarienne exilée au Québec. C’est maintenant plus clair, on a le portrait, on voit, sans même entendre les propos, que la question ne sera pas si facile que ça.

Un nouveau jour : se définir, au pluriel, Boucle Magazine
Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

Ne se positionnant pas franchement d’un côté ou de l’autre, la pièce montre à quel point la question de l’identité québécoise est délicate, et surtout, multiple. C’est fait avec énormément d’humour, d’autodérision, mais cela soulève tout de même plusieurs questions importantes. Il y a autant d’identités québécoises que de Québécoises et Québécois. Durant toute la première moitié du spectacle, on assiste à une escalade d’émotions et de confrontations qui mettront le spectacle en péril. Finalement, une bonne nouvelle viendra tout changer et on assistera à une différente escalade pour la fin du spectacle.

Un nouveau jour est définitivement drôle et divertissant. Une satire qui ne se gêne pas d’attaquer partout. Mais sous ce couvert de la comédie se trouvent plusieurs questionnements très pertinents et actuels sur notre identité.

Un texte mordant, une mise en scène simple

Dans cette pièce, l’accent est mis sur les dialogues et sur les personnages; la mise en scène et la scénographie ne font qu’en soutenir l’ensemble. On se retrouve dans une salle de conférence des plus classiques, avec tout ce qu’elle comporte : une machine à café, une longue table et des chaises. Le seul élément visuel davantage mis en évidence est la toile Le masque de Serge Lemoyne, en arrière-plan.

Un nouveau jour : se définir, au pluriel, Boucle Magazine
Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

Ce qui fait la force de cette pièce, c’est le texte, et surtout, les interprètes qui le portent. Sophie Dion, dans le rôle d’Élyse, est solide et crédible. Réjean Vallée, qui incarne Félix, se montre tout aussi convaincant : on éprouve tour à tour de l’empathie pour lui, puis une certaine réserve; il parvient à insuffler une réelle nuance à son personnage. Danielle Le Saux-Farmer, dans le rôle de Lisa, la Franco-Ontarienne, offre également une interprétation maîtrisée. Son accent, très marqué, renforce la crédibilité et l’attachement qu’elle suscite. Elle navigue avec justesse entre les différentes émotions, de la joie aux larmes. Enfin, je dois avouer avoir eu un faible pour le jeu délicieusement trop intense de Juan Arango dans le rôle de Rafael. C’était la première fois que je le voyais sur scène et il livre une performance très solide. Il passe avec aisance du français à l’anglais au sein d’une même phrase et rend pleinement justice à ce personnage à la fois caricatural et étonnamment crédible.

En somme, les interprètes sont excellents, et la mise en scène permet de mettre en valeur à la fois leur jeu et le texte qu’ils défendent. Il en résulte un spectacle à la fois divertissant et drôle, qui n’en demeure pas moins porteur de véritables questionnements.

Un nouveau jour est présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts, en reprise chez Duceppe, jusqu’au 10 mai. Il reste encore des billets, et c’est par ici!

Crédit photo de couverture : Nicola-Frank Vachon

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Catherine Fournier

Étudiante à la maîtrise en théâtre, Catherine est une passionnée de tout ce qui touche à la culture. Son passe-temps préféré? Lire dans son lit, une bougie allumée pendant que son chat Clémentine dort à côté.

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