Niksen: l’art de ne rien faire

À ma gauche, une jeune dame écoute la musique sur son iphone, tête en bas, rivée à son cellulaire où défilent les nouvelles instagram qu’elle n’a pas consultées depuis hier soir. À ma droite, un homme agrippe d’une main le barreau central du wagon tandis qu’il prend connaissance des nouvelles du journal  24 h. Il échange distraitement avec son collègue au sujet du travail. Devant moi, une adolescente  plongée dans un roman volumineux porte tout de même des écouteurs sous son béret. Portrait type d’une journée comme une autre dans le métro. Personne ne fait rien, chacun opte pour une stimulation quelconque, faire passer les minutes qui le sépare de sa destination.

Je niksenne, tu niksennes, elle niksenne….

 Quoi? As-tu déjà entendu parler de l’art de ne rien faire? On lui a maintenant donné un nom : le Niksen. Cette tendance issue des Pays-Bas nous invite à s’arrêter. Dans un monde où tout va vite, où chaque seconde doit être rentabilisée pour ne rien perdre, ne rien faire semble contre-productif. Pourquoi voudrions-nous arrêter au cœur de l’effervescence, par choix? Oui les vacances le week-end, mais ici, volontairement se placer en position STOP en plein cœur d’une journée chargée. Niksenniser: un nouveau verbe à apprivoiser.

L’idée est de redonner ses lettres de noblesse à l’inactivité, la présence à l’ici et maintenant, l’errance des pensées. Observer son environnement. Changer de paradigme, aller à contre-courant des puissants diktats sociaux qui nous soufflent à l’oreille que finir sa to-do liste, gérer 3 ou 4 trucs en même temps est la marche à suivre pour se sentir accompli. Cela passe inévitablement par la multiplication des tâches.

Le Niksen: remettre en question ses propres valeurs ou dis-je, celles qui nous ont été inculquées depuis des lustres à l’effet qu’il faut constamment agir, produire et faire, pour exister. Que manquer de souffle à la fin de la journée mérite un wow, qu’on doit à la limite se mettre à terre pour mériter un congé. Laisser tomber tous nos a priori pour laisser place au doute, celui qui donne la chance à la douceur, à la bienveillance, à l’exercice d’être avec soi, sans plus. Le Niksen nous dit que de regarder par la fenêtre sans but peut encore avoir sa place, à l’ère des algorithmes où rien n’est laissé au hasard.

Comment ?

Avec le Niksen, pas question de se sentir coupable. On s’installe confortablement au bord de la fenêtre et on admire ce qu’on y voit. On laisse aller le flow de nos pensées sans s’y attarder. On se permet de rêver. On accueille ce qui est là, peu importe ce que c’est. Une demi-heure où de plein gré on apporte avec soi son propre corps et son esprit. C’est tout. Exit le iPhone, la tablette, le calepin. Cette approche prône la bienveillance envers soi et il faut – essayer du moins-  d’assumer complètement cet art de ne rien faire (car ne rien faire, c’est faire beaucoup plus qu’on pense…). Je vous entends me répondre « oui mais avec deux enfants en bas de 5 ans, impossible », ce à quoi je répondrai « es-tu allée sur Facebook aujourd’hui? ». Essaie 15 minutes, même pas besoin de méditer avec le Petit BamBou.

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Celui qui connaît l’art de vivre avec soi-même ignore l’ennui.

Erasme

Pourquoi ?

Une chercheuse de l’Université de Berkeley  a démontré dans ses travaux que pratiqué à long terme assidûment, le Niksen pourrait réduire l’anxiété, ralentir le processus de vieillissement et renforcer le système immunitaire. Non seulement notre créativité serait accrue, mais au final, notre productivité s’en trouverait améliorée et notre stress diminué. Le Niksen « anti-stimulation » aurait en quelque sorte un effet bénéfique sur notre capacité à faire du travail de meilleure qualité et être plus disposé à accomplir nos tâches. Il s’agit de recharger ses batteries (pas sur le 220 volts!). On laisse la nature faire son chemin. Non pas en se divertissant avec la dernière vidéo Youtube, mais en créant un espace à soi. L’idée du Niksen est de littéralement mettre son cerveau sur pause, loin du brouhaha.

Les Néerlandais l’ont compris avant nous: ne rien faire – sans éprouver de sentiment de culpabilité – contribue au bien-être. Cet état que nous recherchons tous. Trop souvent nous avons tendance à bifurquer en travaillant ou en nous divertissant. Les occasions de s’évader sont infinies. C’est donc en ralentissant qu’on peut y parvenir, selon vos voisins d’Europe, déjà adeptes du Hygge1 et du slow life. À nous de s’en inspirer maintenant. Novembre arrive à point pour tenter l’exercice. Quoi de mieux qu’une ambiance cozy d’un sombre mois de novembre pour adopter le Niksen et en faire un nouvel ancrage dans sa vie.

1 Mot d’origine danoise et norvégienne faisant référence à un sentiment de bien-être, une humeur joyeuse et une atmosphère intime et chaleureuse. Le hygge est un état d’esprit positif procuré par un moment jugé réconfortant, agréable et convivial.

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