Confinement prise 2

Printemps d’isolement, été mi-figue mi-raisin, nous voici à peine les pieds dans la saison un peu morte que déjà, l’appel au reconfinement quasi total. Du vert au rouge, les zones, les points de presse. Une Halloween incertaine, puis un novembre, déjà gris, te voilà assombri. Tout cela nous laisse un goût amer. Hausse de la propagation rimant avec tension palpable, des médias aux maisons, en passant par les classes d’écoliers à leur tour masqués. Et voilà, déjà, le gouvernement nous demande encore d’être des citoyens coopérants et prudents. Les uns frôlent déjà la crise de nerf alors que les autres ont à peine digéré la première vague.

RÉAGIR ET AGIR

Comment se sentir dans un tel contexte? Inquiets certes, car non seulement nous n’en savons pas beaucoup plus à ce jour sur le fameux virus, mais n’avons aucune garantie d’une éventuelle fin. Une date de péremption à cette pandémie qui semble durer une éternité. Après la solidarité, la scission. La population réagit : il y a ceux qui s’impatientent et ont perdu confiance. Ils brandissent des pancartes et témoignent de leur colère face aux demandes des élus, aux médias et à leurs nouvelles trop contradictoires à leur goût. Ils invoquent le droit aux libertés individuelles et s’imposent même parfois, attroupés.

De l’autre côté, il y a ceux qui suivent les consignes depuis le jour 1. Ils tentent de faire confiance en faisant leur devoir de citoyens responsables. Bien qu’ils retiennent leur souffle par moments, ils continuent de faire les efforts exigés pour qu’un jour, croient-ils, une page de notre histoire se tourne enfin. Un jour, que l’on puisse vivre à nouveau dans la quiétude et la liberté. Ils jonglent avec les directives et les restrictions comme on apprend à marcher avec des béquilles : tant bien que mal.

Il y a aussi tous ces gens parmi eux qui ne savent pas trop sur quel pied danser. Parfois ils remettent en question l’autorité, se plient aux recommandations avec un brin de colère et d’impatience, mais le font pour le bien commun. Ils finissent par se dire « encore un petit effort vers la ligne d’arrivée ». Ils s’essoufflent de stresser avec le rhume du plus jeune qui doit rester à la maison. Et la fameuse boîte de courriels qui déborde de nouveaux messages de l’école. Un jour on dit blanc, le lendemain gris.

NOUS AUSSI

Nous, Occidentaux nord-américains, avons que très peu dû faire face à ce genre d’adversité au cours de notre vie. Nous avions  alors cru jusqu’ici que ce sort était réservé aux gens d’ailleurs, les moins chanceux, « une chance que je suis né au Québec »…de nous rassurer parfois à bas bruit alors qu’aux nouvelles des images de violence, de drames humains, d’épidémies à faire frissonner crèvent notre écran. Mais 2020 est arrivée et force est de constater que ce monde dans lequel nous vivions n’est plus. Cet abri relativement calme et préservé ici, en Amérique du Nord, n’est désormais plus exclu des fléaux incontrôlables.

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UNE PENSÉE

Je pense à tous ceux qui vivent seuls. Cette fois, nous dit-on, ils ont droit à un ami. Un seul. Une lueur d’espoir pour la santé mentale, cette éternelle oubliée des enjeux de société lorsqu’il est question de santé ou d’économie. Je pense aux soignants qui chaque jour enfilent leur sarreau, désinfectent et manipulent avec un soin des plus méticuleux leurs instruments de travail et ont à leur charge nombre de patients malades qui souffrent. Ces battants sauvent littéralement des vies. Oui, vraiment, car la COVID est réelle, elle cause des dommages parfois irréversibles et la mort. Ce n’est pas les témoignages qui manquent pour rendre compte de cette réalité. Elle pourrait être la nôtre. Je connais trois personnes atteintes, alors vous aussi…

Le virus nous apprend-on, ne semble pas discriminer. Ses victimes ont mille visages.  Alors pendant que l’on peste sur les flèches au supermarché, ayons une pensée pour eux. Nous avons le droit d’être tristes et anxieux. Nos repères sont plus que jamais confondus. Humains, nous avons besoin d’assises. La présence des autres nous réconforte, nous motive, donne un sens à nos lendemains. Mais pendant que les étoiles covidiennes batifolent dans le ciel en quête d’une constellation, il ne nous restent que la confiance et la solidarité. Alors serrons-nous les coudes – de loin – et surfons sur cette seconde vague avec, j’oserais dire, l’énergie du désespoir, pour que nous puissions qui sait, nous enserrer en chair et en os autour du sapin de Noël.

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