Hypersensible, toi?

Tu tires sur la petite corde indiquant au chauffeur que tu veux débarquer au prochain arrêt de bus. Oups, arrivée à l’intersection, tu réalises que ce n’est pas la bonne et lui fais signe que tu t’es trompée. Il a déjà mis les freins et manque sa lumière. Il paraît contrarié. « Vous sortez madame à l’arrière?! Il faut avancer vers la porte!! » Tu te sens mal et t’excuse en lui faisant signe. Du même coup, tu perçois l’exaspération du monsieur derrière, pressé d’arriver à sa destination. Le genre de situation banale, quoi. Pourtant, tu mijotes sur l’événement en boucle dans ta tête sur le chemin du retour. C’est que les choses t’affectent, grandes ou petites. Tu es une personne sensible, hypersensible, dis-je.

Calme et posée en apparence, ton cerveau bouillonne souvent. Il interprète et ressasse en boucle les événements, les faits et gestes, les réactions. Les tiennes, celles des autres. Tu accordes de l’importance à l’impact que tu as sur ton environnement, et te sens parfois blessée qu’il n’en soit pas toujours de même à ton égard. La peur de l’échec, parfois démesurée, t’amène bien souvent à douter de tes choix et à donner plus de crédit à l’opinion de l’autre.

Mais qui est donc celle qu’on dit hypersensible?

Intense, nostalgique, minutieuse et attentive, elle est l’amie à la bonne oreille, toujours là pour qu’on s’appuie sur son épaule. Anxieuse à ses heures, elle peut paraître facilement troublée par les événements et les conflits, ayant tendance à prendre tout à cœur. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle préfère parfois la solitude aux rassemblements, trop de sollicitation accapare grandement son monde intérieur, au point de ne plus savoir différencier ses propres sentiments de ceux des autres.

Elle possède de grandes qualités, malgré cet apparent handicap, soit une incroyable empathie et une grande lucidité. Le souci de son prochain et la capacité de se mettre à sa place pour envisager sa perspective, de même que sa créativité font d’elle une alliée fiable. Ce sera l’amie dévouée qui se cassera la tête pour aider. Ce sera cette intuitive qui ne se fait pas toujours confiance. Malgré un quasi « 6e sens », les décisions finales ne sont pas toujours son fort.

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On la dit aussi mélancolique, philosophique, se posant de grandes questions existentielles et ne laissant rien au hasard. Son calme apparent témoigne bien souvent d’une sorte de carapace, un masque porté en société pour se protéger de ce qu’elle vit comme une « fragilité émotionnelle ». Méprenez-vous, elle n’est pas antisociale pour autant. Paradoxe s’il en est un, elle adore les gens et a un grand besoin de partage, voire de communion. Cela peut paraître cliché, mais si tu es hypersensible, tu te reconnaîtras dans cette dualité intérieure qui te fait pivoter entre le besoin d’affection et la peur d’être blessée. Peur de déranger. Déranger ton amie en lui téléphonant, déranger le chauffeur, en le retardant.

L’hypersensible a en horreur l’impuissance, le sentiment d’échec. L’impression de devoir mettre les bouchées doubles la pousse par moments au perfectionnisme. Son esprit analytique s’avère le défaut de sa qualité car il va de pair avec l’anxiété.

Préjugés

Est-elle cette personne qui explose en larmes ou qui se fâche à la moindre contrariété? Pas vraiment. Pas nécessairement non plus celle qui fait couler des larmes à la première seconde où un film sentimental la touche. C’est plutôt celle qui pleure en silence et retient son souffle, la gorge nouée. C’est celle qui sera affectée durant trois jours par un commentaire, alors que ses amis l’ont déjà oublié. Celle-là même qui paraîtra parfois susceptible ou orgueilleuse alors qu’on la prend en défaut, par manque de confiance mais aussi parce qu’elle accorde beaucoup d’importance à ce que l’autre pense. Ce n’est pas cette braillarde extravagante qui fera des scènes impressionnantes, mais plutôt celle qui sanglotera en saccades derrière le rideau, et qui devra apprendre à s’affirmer.  

Se sentir différent, étrange, c’est la sensation qu’a bien souvent l’hypersensible face à la société. Et pourtant… ils ne constituent pas moins de 15 à 20% de la population dit-on.

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Je suis certaine de ne pas être seule dans cette barque. Toi à qui la coquille craque aux premiers bouillonnements, sache que je te comprends. Je te serre dans mes bras quand tu en ressens le besoin et t’invite à prendre soin de cet aspect de ta personnalité qui peut aussi être riche et apprivoisé. Cette belle sensibilité témoigne de ta grande humanité et je crois qu’on en a bien besoin en ces temps d’insécurité.

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