Trois lettres, deux secondes

La trentaine avancée, je l’avoue, j’ai encore du mal à dire non. À une question simple impliquant un choix en deux réponses légitimes: cochez oui, cochez non. Pourtant, l’hésitation. Parfois la honte, le questionnement, la peur de décevoir, me sentir jugée, regretter. Peur de ci, de ça. Encore du mal à exprimer un non ferme, affirmatif, final. Pas un «noui», un «peut-être, mais je n’sais pas». Un fort-grand-NON. Non, je ne veux pas. Non, je refuse ton offre. Non, ça ne m’adonne pas. Non, je n’ai pas envie. Je n’ai pourtant pas besoin de fournir mille-et-une explications, non c’est non. Merci bonsoir. As-tu toi aussi ce petit tiraillement intérieur face à cette toute simple question?

Trop souvent on nous apprend enfant à faire plaisir à l’autre, à passer par-dessus nos privilèges individuels au profit de notre prochain, parce que l’altruisme et la générosité, c’est bien beau. Parce que le sacrifice de soi, c’est wow. «T’es donc bien fine toi, une vraie mère Teresa, toujours là pour les autres, à les écouter». Tu t’effaces. Tu dis oui, tu es sensible à ton prochain, mais aussi à la reconnaissance qui vient avec, celle du «une chance que je t’ai toi», celle du «soi donc bien gentil». Mais le veux-tu vraiment?

Premier amour, insécurité palpable, désir de plaire, peur du regard de l’autre. Tu as le oui facile, tu réponds instinctivement, sans vraiment réfléchir à si ça te tente. Tu veux tellement que ça marche. On te demande même pas ton avis au fond, on suppose, car toi, tu laisses toujours entendre que c’est un choix. Tu es parfois confuse à l’intérieur de ton petit moi, ton coeur fait des cascades. L’aveuglement amoureux te fait perdre tes moyens. Tes moyens étant tout ce que tu possèdes déjà en toi. Tu es un être libre et entier qui a sa propre personnalité, ses propres désirs, mais aussi ses limites et son rythme. Tes moyens étant d’exprimer tes besoins. Tes moyens étant tes droits. Le droit d’être écoutée. Le droit d’être respectée. Le droit de dire oui ou non. Simple?

Pourtant, combien de fois tu n’as su dire non quand tu avais besoin de repos. Le consentement, c’est prendre soin suffisamment de soi et de l’autre pour être honnête. Le consentement, c’est accepter que l’un dit oui quand l’autre dit non. Le consentement, c’est la partie de soi connectée à son for intérieur et pas celle qui répond ce que l’autre veut entendre. Le consentement, c’est accepter de jouer seule quand l’autre n’est plus de la partie. C’est quitter le jeu à temps, et à n’importe quel moment. Ce n’est pas de se raconter des salades juste pour éviter la dissonance intérieure.

Je souhaite qu’on puisse dire non sans «peut-être» ni «je ne sais pas». Qu’à tout moment on sache mettre nos limites. Je souhaite qu’il y ait moins de zones grises, de pression et de manipulation. Qu’on navigue vers un monde plus authentique et respectueux, mais surtout plus confiant. Qu’on apprenne aux enfants à mettre des feux rouges, à lever le drapeau lorsque nécessaire et à quitter la balançoire. Vers des adolescents devenus adultes qui n’auront pas de regrets. Vers des couples qui communiquent, d’égal à égal. Écoutons.

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Disons non sans honte. N-O-N c’est trois lettres, deux secondes. Un non qui peut faire une différence, longtemps, longtemps.

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