Borderline : ça va, je vais marcher

J’ai toujours eu le sentiment que j’étais un peu à part des autres. J’en étais pas très loin au final.

Assise dans une petite pièce sans fenêtre, la psychiatre me regarde pleurer. Le diagnostic est tombé :  je suis Borderline. En français, c’est Le trouble de la personnalité limite (TPL), un des types de troubles les plus répandus selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

En gros, ça va pi ça va pas dans la même journée. Je peux me lever le matin et vouloir conquérir le monde, revenir le soir et vouloir me tirer une balle. C’est un peu comme si le jour de ma naissance, on avait oublié de me mettre une petite peau de plus pour protéger mes émotions. Je ne suis tout simplement pas capable de faire face à des émotions trop fortes. Je ne sais pas trop où je m’en vais dans la vie. Je suis intense dans tout, je veux tout apprendre et tout laisser tomber quand un petit quelque chose me tracasse. Je suis hypersensible à mon environnement et aux changements. J’ai de la difficulté à m’ouvrir aux autres et je suis beaucoup trop souvent dans ma tête. C’est noir ou c’est blanc.  

Quand ça va, c’est le grand bonheur. Je ris pour pas grand-chose. Le cœur se sent à la bonne place. Je regarde mes amis et ma famille et je me dis que la vie est bien faite, même si parfois est toff. J’ai envie de donner, j’ai envie d’être folle, d’être spontanée, de rencontrer plein de nouvelles personnes. Un seul toucher peut m’enflammer. Je me donne à 120% dans tous mes projets. C’est beau, c’est honnête.

Malgré ce qu’on peut croire, je n’en fais pas trop. C’est un vrai sentiment, je le ressens au fond de moi pi ça me picote les doigts. Quand je me sens bien, je peux le partager autour de moi et je le sens auprès des autres cœurs qu’un peu de ma joie s’infiltre en eux.

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Crédit : Yuris Alhumaydy

Quand ça va pas, c’est la fin du monde. Tout va mal. Dans ma tête, dans mon cœur, dans mon âme. Je ne veux plus voir personne. Mes troubles alimentaires reviennent. Si la planète explosait demain, ça ne me ferait aucun pli dans face. Les jugements négatifs sont les plus difficiles à prendre. Mon anxiété embarque avec ardeur et je pense à tort que tout le monde serait mieux sans moi. C’est une vraie dépression sur un cours moment.   

J’ai toujours un vide constant pogné par en dedans. Ce vide, je le remplis comme je peux. Un peu avec des couleurs sur un tableau, des tons pastel sur un dessin, des beaux mots dans un cahier, de la musique à mes oreilles. L’art c’est ma porte de secours. Mon entourage aussi. Quand je suis seule, les idées noires reviennent, j’ai l’impression de ne pas exister.

L’année dernière, j’ai décidé de recommencer ma vie et de tout lâcher. Ma job, mes amis, mon chum, mon appart, mes études. Quelque chose était wrong et je ne savais pas quoi. J’ai réappris à découvrir un autre univers et à m’entourer de personnes qui ont une lumière intérieure hors du commun. Je me sentais mieux…puis le mal est revenu.

Et une voix qui me répète que malgré les défaites on a encore nos ailes.

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Quand j’ai reçu mon diagnostic suite à un état de psychose, je pensais que ma vie était finie. Curieuse de nature, je me suis mise à lire sur le TPL et à chercher des témoignages de personnes qui pouvaient vivre la même chose. Ça m’a rassuré. Je me suis vite rendu compte que je n’étais pas seule à me sentir différente et incomprise.

Ce qu’il faut surtout comprendre de ce trouble c’est que malgré nos émotions changeantes, elles sont tout à fait réelles. On ne choisit pas nos réactions, elles arrivent et on les gère comme elles viennent. Ce qui est bien, c’est qu’on peut les atténuer avec le temps et les bons outils. Surtout avec quelqu’un qui sait nous écouter pour qui on est vraiment.

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Pour l’instant, je suis encore à l’étape d’apprivoiser cet état alors je ne pourrais pas vous conseiller sur ce qui est le mieux. Avant de repartir de l’hôpital, la psychiatre m’a donné une petite liste de livres et de films à voir. Je vous la partage ainsi qu’un guide d’information pour les familles que j’ai découvert lors de mes recherches.

Ce diagnostic est une bonne chose, un nouveau commencement. Au lieu de courir, je vais apprendre à marcher plus tranquillement, sans écorcher trop d’étapes. Malgré tout ce qui se passe en ce moment, je garde confiance. Prendre conscience de ce qu’on a et le nommer c’est la première étape vers un mieux à venir.

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