JOKER: un cas de conscience

À la suite de la sortie du film Joker sur nos écrans, j’ai eu envie de discuter de santé mentale. L’an 2020 à nos portes, il reste un lot de tabous à combattre, malgré une évolution palpable en matière de maladie mentale. Mythes et fausses croyances gravitent encore à ce jour autour d’elle. Bien que l’information soit plus diffusée et accessible, force est de constater que trop de gens qui en souffrent se voient mis à l’écart, victimes de préjugés coriaces. La maladie mentale a souvent mauvaise mine. Malgré une plus grande ouverture, elle demeure négligée des gouvernements. Manque d’investissement en santé mentale, nous sommes témoins de drames humains, année après année. Ces histoires trop nombreuses où la maladie mentale est impliquée nous choquent et nous attristent.

Devant le manque de ressources offertes aux gens atteints et à leur famille, nous demeurons impuissants. Et parfois, c’est nous, ces gens. On estime qu’environ 1 personne sur 5 sera touchée par un trouble de santé mentale au cours de sa vie. La maladie mentale ne discrimine pas. Elle frappe n’importe qui, n’importe quand, au même titre qu’un cancer.

La peur

J’ai eu envie de parler de maladie mentale, celle qu’on fuit. Celle qui fait peur. Face à elle, on se sent souvent dépourvu. Elle est complexe et revêt un caractère surprenant, désarmant. Et si maladie mentale rime avec s’immiscer dans le monde de la paranoïa, de la psychose et du délire, c’est encore pire. C’est justement là que nous amène le film Joker, dans cette lente descente aux enfers d’un homme basculant dans la « folie ».

Le film

Le Joker est le personnage principal du thriller psychologique du même nom. Arthur Fleck est un comédien de stand-up qui n’a pas la popularité escomptée. Il est agressé alors qu’il ratisse les rues de la ville déguisé en clown. Cet homme perd tous ses repères et en lui naissent des sentiments d’animosité. Sali, meurtri et humilié, même par ses amis et ses proches, le Joker sombre petit à petit dans les zones les plus lugubres de son esprit.  Il passe du rire à la violence, empreint à une agressivité grandissante, au point de devenir un dangereux tueur psychotique.

Ce film a suscité la controverse dès sa sortie en salle, les critiques lui reprochant de faire l’apologie de la violence. Renforçait-il les préjugés en associant maladie mentale et agressivité? Voulait-il faire réfléchir et dépeindre une partie de la réalité? Or, ce succès au box-office a permis de faire jaser. Il a éveillé les consciences et poussé à se positionner en matière de maladie mentale. Personne n’est sorti du grand écran dans la plus grande neutralité.

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Cette oeuvre cinématographique met en lumière le dilemme intérieur que l’on vit face à la maladie mentale. Le caractère bizarre et excentrique d’une personne malade nous rend inconfortable. Malaise, peur, empathie? Sa souffrance nous secoue autant que sa violence. Tantôt on adoptera une attitude de bienveillance envers cet homme, tantôt on s’y attachera non pas sans culpabilité, pour enfin le considérer comme un malheureux détraqué.

Deux poids deux mesures

La maladie mentale a de multiples portraits. Bien souvent, on a tendance à catégoriser. Spontanément, on trace des lignes en matière d’acceptabilité. Un trouble anxieux sera moins jugé qu’un trouble psychotique. L’anorexie subira des préjugés différents de ceux de la dépression. Une constante demeure: la maladie mentale est la bête noire de la société moderne. Dans cet espace flou où se chevauchent des frontières mal délimitées, une hiérarchie existe. Si on croise un « fou » dans la rue, on fige ou fuit, mais plus souvent, on ignore.

Apprivoiser la bête

Pour apprivoiser cette bête, il faut bien vouloir s’en approcher. La considérer au même titre que celui qui souffre du diabète. La stigmatisation envers les personnes atteintes de maladies mentales peut engendrer la honte. Certains peuvent même en venir à trouver plus difficile d’être sujet à la discrimination que de vivre avec les symptômes de la maladie.

En 2020, je nous souhaite d’investir. Investir dans la santé mentale plutôt que réparer les pots cassés. Je nous souhaite de continuer à s’ouvrir, de chercher à comprendre. D’inclure davantage. Se conscientiser à ce qui peut se passer dans la tête d’un Joker, ou de toi, ou de moi.

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Crédit photo couverture: Joker, WARNER BROS.

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