Simone avait raison

Presque autant que la question environnementale, c’est celle de l’avortement qui me chatouille au creux du ventre, ces jours-ci. Celui-là même qui a abrité mes deux filles pendant neuf mois. Même si tous les chefs de partis assurent qu’ils ne rouvriront pas ce débat (même celui au teint cireux qui se dit « personnellement pro-vie »), je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire. Après tout, comme le disait Simone de Beauvoir : « (…) il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

J’ai du mal à croire qu’on en soit encore là en 2019. J’en parlais avec quelqu’un dernièrement et j’ai eu l’impression de me faire verser un seau d’eau glacée sur la tête lorsque cette personne m’a dit que la question de l’avortement était trop importante pour qu’on ne laisse que la moitié de la société s’exprimer à son sujet. La moitié de la société, ce sont les femmes. L’autre moitié, « l’exclue », ce sont les hommes.

Oui, tout le monde a droit à son opinion, et chacun est en droit d’exprimer cettedite opinion.

Oui, un avortement affecte plusieurs personnes et pas seulement celle qui le subit, mais jusqu’à un certain point, toutefois. Personne ne me fera croire que l’expérience et les conséquences d’un avortement sont comparables pour un homme et une femme. Ni celles d’une grossesse forcée, d’ailleurs.

Oui, cet acte médical a plusieurs aspects : philosophique; social; économique; politique et j’en passe. Un fœtus représente-t-il une vie humaine? Un avortement est-il un crime? Si une femme peut mettre fin à sa grossesse pour exercer le droit qu’elle détient sur son propre corps, une personne qui souffre et qui ne veut plus vivre pourrait-elle se présenter chez un médecin pour mettre fin à ses jours?

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Autant de questions qui finissent par donner le tournis tant elles nous confrontent dans nos convictions les plus profondes… En débattant avec mon ami, j’en suis même presque venue à modifier ma position sur certains points. Mais j’y suis revenue rapidement. Fiou!

Et si, lorsque je suis tombée enceinte la première fois, il y a 6 ans, on m’avait refusé le droit de me faire avorter? Et si je n’avais pas eu de deuxième chance? Et si j’avais été forcée d’avoir cet enfant, tandis que j’étais dépressive, aux études et que j’habitais chez mes parents? J’aurais payé seule le prix d’une erreur commise à deux. J’aurais été forcée de mettre mon baccalauréat sur « pause »; j’aurais quitté mon emploi à temps partiel; j’aurais subi les maux d’une grossesse dont je ne voulais pas; mes parents m’auraient fait vivre pendant des mois et j’aurais été catapultée dans une vie d’adulte pour laquelle je n’étais pas du tout équipée. Le garçon que je fréquentais se serait peut-être impliqué; certains le font, d’autres pas. Mais dans tous les cas, j’aurais perdu au change.

C’est big, avoir un enfant. Ça change TOUT. Je le sais maintenant que j’en ai. Si je suis heureuse et que je m’épanouis dans mon rôle de parent, c’est parce que j’étais prête. Tout le monde a droit à son opinion, oui, mais tout le monde a aussi le droit de gérer son propre corps comme il l’entend. Je ne peux pas concevoir qu’il en soit autrement. Je ne peux pas accepter qu’on force quelqu’un à porter et à donner la vie. Et je ne peux pas accepter que Simone ait eu raison.

4 réflexions sur “Simone avait raison”

    1. Ma chère Ely, tu as choisi un sujet très délicat que tu as su traiter avec aplomb sans tomber dans le piège de la condamnation. Ton propos senti et réfléchi est agréable à lire.
      J’attends le prochain article avec impatience.
      Maman

  1. Quel sujet délicat tu as choisi mais tu as su le traiter avec beaucoup de finesse et surtout sans tomber dans le jugement et la condamnation.
    J’espère te lire à nouveau bientôt.
    Ginette

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