J’ai vécu la fin de ma grossesse comme une peine d’amour

Pis je ne m’y attendais pas du tout. Ça m’a frappée au retour à la maison. Dehors il faisait déjà noir, c’était un soir de décembre. J’ai posé la coquille dans le salon, ce même salon où, à peine deux jours plus tôt, je faisais des mouvements sur mon ballon d’exercices pour gérer la douleur des contractions. Ce ballon qui n’avait pas bougé, rien n’avait bougé, mais je ne reconnaissais plus rien, j’en ai déjà parlé.

Après avoir posé la coquille, j’ai essayé de filmer la réaction (inexistante) du chat qui s’en est foutu éperdument, puis je me suis sentie vide. Maintenant quoi?

On mourait de faim, je suis allée sortir du frigo la sauce à spag que j’avais dégelée deux jours plus tôt, j’ai ouvert le couvercle puis j’ai fondu en larmes. Ma sauce à spag n’avait même pas eu le temps de passer date en deux jours et mon monde avait subi la plus violente des secousses.

La réalité venait de me frapper comme un coup de deux par quatre dans le front. La bedaine, les suivis, les visites à l’hôpital, les regards bienveillants, les petites attentions, l’état d’allégresse permanent. C’était fini. J’avais toute une panoplie de gens tout près qui me traitaient aux petits oignons pendant neuf mois, puis du jour au lendemain, on me lâchait lousse dans l’univers avec une responsabilité immense.

J’avais voulu des bébés, tellement. Au début, la grossesse m’était apparue comme un passage obligé. Puis, je me suis surprise à l’apprécier. Trop. Plus que la vie avec un bébé.

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J’avais oublié que ça durait juste neuf mois. Que ça avait une fin. Qu’il y avait un après. Rien ne m’avait préparée à l’après.

Dès le moment où j’ai vu un + sur le bâton, je suis littéralement tombée en amour. Il n’y a pas d’autre façon de le décrire. Pendant neuf mois, j’ai marché sur un nuage. J’étais euphorique, toujours contente, tous les tracas de la vie me semblaient moins graves parce que je vivais le grand bonheur d’être enfin enceinte. Comme quand on tombe en amour.

Il y avait bien sûr un côté hormonal, mais aussi un côté psychologique. J’étais en amour avec ma grossesse et avec ma bedaine. Puis du jour au lendemain, j’ai perdu tout ça et mon cœur s’est brisé en un million de morceaux. Une vraie peine d’amour. Pas une métaphore, la vraie affaire.

Je ne suis pas conne. Je le savais bien que ce que je vivais comme une immense perte, c’était en fait une simple transformation. Que ma bedaine, ma grossesse, elles étaient juste là, devant moi, sous la forme du plus beau et magnifique petit bébé au monde, la plus belle affaire qu’il m’ait été donné de voir.

Je me trouvais nounoune de ne pas être capable d’être heureuse de l’avoir, de ne pas être capable de faire la transition dans ma tête, le lien entre le bedon et le bébé qui se trouvait maintenant dans mes bras.

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Mais c’est comme ça. Être enceinte, c’est une affaire. Avoir un bébé, c’en est une autre. Même si l’un est la suite logique de l’autre, émotionnellement, c’est pas comme ça que ça se passe.

Maintenant, je vais bien. Mais quand j’étais enceinte, j’étais plus heureuse que maintenant. Ma peine d’amour n’est pas finie. J’y travaille fort, parce que je sais bien que ça n’a pas d’allure. Mais je me considérerai comme complètement rétablie quand je me sentirai aussi bien dans ma vie présente que quand j’étais enceinte.

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