Nausées, vertiges, migraines, faiblesse, perte et gains de poids…Belle?

Je lisais le texte d’Émilie et sa réflexion sur la maternité et ses effets sur son rapport au charnel, et j’ai pensé à ce vidéo que j’avais vu sur YouTube présentant une jeune femme aux prises avec des maladies chroniques et des douleurs corporelles aux parties du corps liées à la féminité perçue et à la sexualité. Elle a décidé de faire un shooting photo de style Boudoir pour se réapproprier son corps et la perception de celui-ci dans un contexte sensuel et sexuel.

Puis, j’ai pensé à mon vécu, mon expérience. La maternité et le corps dont Émilie nous parlait. Mais la maladie et le corps? Je ne dois pas être seule à avoir vécu de grands bouleversements suite à cette situation, n’est-ce pas?

Enfant, j’étais maigre et je mangeais comme dix. Je bougeais sans cesse et mon corps était un moteur. Mets de l’essence pour que la machine fonctionne. Descends de ta bicyclette. Mange ton dîner. Attends trente minutes pour que ledit repas soit digéré. Mets ton costume de bain et saute dans la piscine. Cute, pas cute? Men fou!

Ado, aidée des pairs et des magazines de jeunes filles, j’ai commencé à penser à la beauté et à mon acné naissante (et plus tard, grandissante.) Jamais je n’avais porté attention à mon poids. Jamais je n’avais pensé au maquillage ou à ma coiffure. Même quand on me disait que j’avais de beaux yeux bleus, je disais merci poliment et je passais à autre chose. Mais avec les hanches et les seins qui poussaient…les boutons qui émergeaient tels des ennemis féroces et mes cheveux qui semblaient être une tâche indésirable à gérer. Je me suis posé des questions, j’ai commencé certaines habitudes et mes complexes sont apparus.

Je n’ai jamais voulu être sexy. J’ai toujours, majoritairement, porté une queue de cheval parce que je ne voulais pas de mes cheveux dans le visage et que je préférais plutôt déjeuner le matin que de me coiffer. Je mettais fond de teint, mascara et gloss le matin et fini la coquetterie pour la journée. Je me conformais aux normes, mais pas trop. Juste assez pour que j’y pense pas trop pour le reste de la journée. On ne voit pas mes boutons, j’ai pas les cheveux dans le visage et mes vêtements sont assez confos pour que je bouge librement. Merci, ce sera tout.

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Même à 18 ans lorsque je sortais dans les clubs sans talons, sans décolletés et sans mini-jupes. Quand une amie décidait de me  « métamorphoser », je me sentais déguisée. Comme quand je faisais du théâtre au secondaire: jouer le rôle de la fille sexy. Moi qui préférais être pieds nus et cheveux au vent…manger une pomme sans me soucier du rouge à lèvres…parce que je n’en portais pas. Je voulais être libre. Libre et confortable d’être, simplement, dans l’espace, dans la situation.

Donc, quand mon corps est tombé malade, quand il est devenu faible et inconstant, la première chose pour laquelle j’ai du faire un deuil, c’est sa force et son énergie. Ma confiance en mes capacités de «go, go, go!» Faire, agir, grimper les marches deux par deux et faire tout ce que je voulais faire juste parce que je voulais le faire. Le problème face aux situations était logistique ( transport, imprévus, relationnel) et non pas énergique, physique.

Quand ton corps devient malade, les priorités changent. Comme les apparences et le sex-appeal n’ont jamais été d’une grande importance, mon confort a passé avant tout et le maquillage et certains types de vêtements et de chaussures ont pris le bord. Pas un grand deuil. Un plaisir que j’avais, certainement, mais je ne me sentais pas totalement changée.

Or…quand j’ai réalisé que je perdais ma chaleur humaine et cette énergie que j’avais, cette confiance en mes compétences de pouvoir agir, être là pour mes amis et mes projets…ça, ça m’a fait un coup. Quand j’ai commencé à ne plus vouloir prendre un enfant dans mes bras par peur de l’échapper ou de ne pas être assez le fun, ça m’a fait mal profondément. Quand j’ai commencé à ne plus vouloir prendre mes amies contre moi par peur de les contaminer de mon énergie que je sentais nocive, j’ai perdu une partie de moi. Quand je n’ai plus pu manger avec plaisir, avoir hâte de voir quelqu’un, cajoler un chien vigoureux, courir pour attraper un enfant, me chamailler avec mon père, masser mes amis stressés… J’ai perdu une partie de moi.

Quand j’ai perdu beaucoup de cheveux dans la douche, quand j’ai perdu des hanches et de la poitrine, quand j’ai vu des os aux endroits que mon type de morphologie ne devait pas montrer, quand j’ai du calculer mes énergies selon les activités…La jeune femme que j’étais, très naturelle, très spontanée dans le soin de son apparence…est partie. Je ne savais pas que je l’aimais bien jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

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Je n’ai jamais cherché à être sexy ou jolie esthétiquement. Mais j’aimais être belle, en dedans et en dehors, à ma façon. Énergique, spontanée, vivante, chaleureuse, présente dans le moment, affectueuse…grand sourire, décontractée, facile d’approche. J’aimais qu’on aime que je prenne les gens dans mes bras et qu’on me dise « tu donnes tellement des câlins l’fun! » (comme dans affectueux, réconfortants.) J’aimais qu’on me demande: « Jess, peux-tu juste me masser un peu le cou et les épaules? » J’aimais prendre des petits enfants dans mes bras, être leur sécurité, leur source de chaleur humaine et les faire rire aussi en faisant des pitreries ou en les mettant sur mon dos. J’aimais mes cheveux volumineux et un brin sauvage et mes yeux lumineux aux regards vivants. Ma facilité à danser sans avoir honte de mon corps ou de l’énergie qu’il dégageait. Je l’ai tenu pour acquis. Mon appétit face aux aliments pris à grosses bouchées, mon amour de la nourriture physique et mentale, des marques d’affections physiques…ma beauté, ma féminité, elle était là.

Classic Italian girl eating pasta -- molti baci!

Cette gourmandise que j’avais face aux aliments et aux moments de beautés humaines, je veux la ravoir. Cette confiance en mon corps pour qu’il me permette de suivre mon esprit et mes idées, je veux la ravoir. Cette lumière que j’avais dans les yeux et cette facilité dans le toucher que j’avais, je veux qu’ils me reviennent. Cette simplicité d’être moi, de bouger, de vibrer…elle était là ma beauté. Ma féminité. Mon envie de vivre pleinement et cette croyance que je pouvais le faire à ma façon, authentique et vivante, c’était mon outil de séduction amical et amoureux.

Cette jeune femme, je voudrais qu’elle revienne. Celle qui mangeait avec appétit, dansait sans gêne, prenait les gens dans ses bras avec affection, laissait ses cheveux vivre, embrassait les enfants avec chaleur et avait des complexes à savoir si elle était sexy, mais pas à savoir si elle était belle à sa façon. Elle, elle était une femme vivante et vibrante. Et elle va revenir parce que cette jeune femme, au fond, elle est encore là. Elle se bat pour revenir à la surface, s’exprimer encore librement, à travers ce corps qui est un peu moins mon ennemi, mais pas encore mon allié.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et gros plan
Moi, en 2007, je commençais à avoir des symptômes, mais je ne me doutais pas de la tornade qui arrivait…

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