29 ans, mère et sexuée

Avant d’être une mère, j’étais une femme. Une femme désireuse et désirée qui, malgré des airs de jeune femme rangée, n’avait pas peur de lâcher son fou dans l’obscurité. Dans la fleur de l’âge, j’ai eu quelques amants, des copains sérieux et des ami(e)s qui sont aussi mes amoureux(ses). Bref, j’ai eu l’occasion d’explorer ma sexualité avant que mon ventre ne se transforme en maison.

La relation avec notre corps change avec la grossesse. Pendant la gestation, on voit ce corps s’arrondir et se désexualiser au fur et à mesure que nos pieds disparaissent. Les gens nous perçoivent comme une mère bien avant que l’on accouche. Notre corps devient même, dans certains cas, un objet du domaine public lorsque des inconnus nous mettent un doigt dans le nombril sans notre consentement. Mais ça, c’est une autre histoire.

Dans les semaines qui suivent l’accouchement, on se met soi-même de côté pour s’occuper de notre petit trésor dont les besoins sont nombreux et passent toujours en premier. Notre couple aussi se met un peu en sourdine, tant on se dédie corps et âme à notre rôle de parents. Puis, un beau jour, l’envie d’intimité revient un peu – et on n’est pas toujours synchros. On essaie de se donner le temps, de se donner le goût. Quand ça fonctionne, on crie eurêka! Quand on est trop fatigué, ce n’est pas grave : on se colle et on se dit que ce sera pour une prochaine fois.

De mon côté, j’ai ressenti l’envie de reconnecter avec ma féminité environ 8 mois après la naissance de mon garçon. La petite folie, la spontanéité et le mystère qui me faisaient me sentir vivante autrefois me manquaient. J’ai recommencé à me regarder dans le miroir et me suis même surprise à me trouver sexy. À la recherche du regard de mon amoureux, je me suis acheté des sous-vêtements neufs – qui ne soient pas de maternité! – et me suis mise à sourire aux jolis passants dans la rue. Ma libido renaissait de ses cendres tel un phénix optimiste.

Avant d’être une mère, j’étais une femme. Je me répète, parce que c’est important de se le rappeler parfois. Je vois beaucoup de mères qui s’abandonnent à leur nouveau rôle comme à une nouvelle religion. Elles cherchent la perfection, la noblesse et le politiquement correct pour ne pas se faire reprocher de donner le mauvais exemple. Une mère ne doit pas avoir de désir, voyons! Elle doit être pure comme la vierge Marie qui n’a jamais enfanté. De toute façon, elle est déjà obsolète et tablettée. 

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Et bien à ça, je dis « non! »

Fantasmer devrait être un plaisir quotidien et la culpabilité, mise au rancart. Sinon, on va se réveiller 20 ans plus tard complètement éteinte avec nos plus belles années derrière nous. Faites l’exercice : qu’est-ce qui vous fait vibrer ces temps-ci? Est-ce une petite robe un peu décolletée que vous avez zieutée sans ne jamais l’acheter? D’avoir parlé à votre beau voisin en sortant les poubelles? Ou bien d’avoir pris un peu plus de temps sous la douche un vendredi matin…? Quel que soit votre dernier fantasme, chérissez-le. Il vous appartient et fait de vous une femme à part entière. Et puis après tout, les bébés, ça ne pousse pas dans les choux.

3 réflexions sur “29 ans, mère et sexuée”

  1. Comme c’est agréable de te lire sur le sujet souvent tabou entre mère et fille. La majorité d’entre nous sommes tout ca quelles que soient les générations.

  2. Bravo Émilie, très bien écrit et tellement vrai. Beaucoup de générations de femmes n’ont été que des mères après leurs accouchements c’est bien de rappeler aux femmes qu’elles ont le droit et le choix de le demeurer.

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