Rose ou bleu : plus qu’une question de couleur

Dès que j’en ai la chance, je rappelle aux gens que les couleurs n’ont pas de genre. Je fronce un sourcil devant la vendeuse qui m’offre un sac à cadeaux rose pour le cadeau de ma nièce, sans me demander mon avis ( c’est bien connu… les filles préfèrent le rose et les garçons, le bleu). Je m’exprime sur les murs des entreprises qui parlent de pantalon évolutif pour fille ou garçon.  Je réplique aux phrases : « C’est un vrai gars, car… »; « C’est une vraie petite fille…».

Certaines personnes diront que je m’insurge pour rien. Que « Voyons, c’est pas grave, faut en revenir »; que la personne devant moi est d’une autre génération et j’en passe. Je ne dis pas qu’il faut être intransigeant, je ne dis pas d’être inconvenant avec la personne qui a émis ledit commentaire, mais je pense qu’il est important d’ouvrir la discussion et de faire avancer la réflexion sur le sujet, dans le respect de son interlocuteur.rice.

Rose ou bleu… Mon combat est plus grand qu’une couleur. Il se rapporte aux rapports égalitaires entre personnes de tous genres, à la possibilité de se sentir libre d’être la personne que l’on veut, et ce, peu importe son genre. Libre dans une certaine mesure, car, ne nous leurrons pas, nous sommes tous et toutes influencé.e.s par les attentes et normes de la société dans laquelle nous vivons.

Bien que le discours avance sur le sujet, nous sommes dans une société encore très binaire où le genre est trop souvent compris et représenté en deux groupes distincts : gars et filles. Où les caractéristiques de l’un s’opposent à l’autre.

Bleu, tu seras un homme, un vrai!

Ça commence avec; « Le bleu, c’est pour les garçons. » Les automobiles, les camions et les outils aussi. Puis sournoisement, sans même s’en apercevoir, on véhicule des croyances telles que: les garçons doivent être stoïques, forts, galants et protecteurs envers les femmes. C’est bien connu, pleurer c’est pour les filles! Exprimer ses émotions c’est faire preuve de faiblesse, ce que les femmes font. Vous aurez compris ici que je fais preuve de sarcasme. Selon ces croyances, un homme doit performer, réussir. Je citerai mon copain sur cette phrase : « l’échec est inacceptable chez les hommes ». Puis, tout bonnement, cette représentation de l’homme nous pousse à croire qu’un homme doit être avenant, doit faire les premiers pas, en séduction, comme dans une relation sexuelle. Qu’un homme, ça a toujours envie d’avoir des relations sexuelles. Qu’il doit persévérer en matière de séduction, même quand il se bute à un obstacle.

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Rose, tu seras une femme, une vraie!

Ça commence avec: « Le rose, c’est pour les filles. » Les poupées, les princesses et les licornes aussi. S’en suit, sournoisement, une fille est douce, une fille c’est sensible, une fille prend soin des autres. Pour devenir, une fille passe les besoins des autres avant les siens. Les filles peuvent croire qu’elles seront aimées en agissant ainsi, sentir qu’elles ne peuvent dire non. Une fille doit être bien mise, doit être attirante. Notez que l’on complimente (et parfois scrute et juge) davantage le physique des filles et femmes que celui des garçons et des hommes. Certaines jeunes filles surinvestiront d’ailleurs leur apparence au détriment de leur identité, puisqu’elle est source de valorisation très tôt dans leur vie.  

Puis, tout bonnement, cette vision des filles, des femmes ainsi que des garçons et des hommes nous mènera vers l’horripilant « Elle avait juste à ne pas s’habiller ainsi. », « Elle m’a invité chez elle. On sait ce que ça veut dire. » et le coup de grâce, « Elle dit non, mais ça veut dire oui! » Et à des phrases destinées aux hommes (dans un contexte hétérosexuel) telles que « Ben voyons, comment ça que tu as pas encore couché avec? Moi je te dis que j’y ferai pas mal… ». Cette vision nous mènera aussi à croire qu’un homme ne peut être victime de violence amoureuse et/ou sexuelle. Tranquillement, cette division stéréotypée nous dirige, en tant que société, vers la banalisation de certaines paroles et de certains gestes inacceptables.

Cela peut sembler extrême, mais avant même de savoir si un enfant se sent garçon, fille ou se définira comme non binaire, avant même sa naissance, à la simple annonce de son sexe, on lui attribue une couleur… Attitrer le rose ou le bleu à un sexe, c’est aussi l’affubler d’un lot de caractéristiques… plutôt limitées. C’est présumer des attitudes et des comportements pour cet enfant et cet adulte en devenir. La représentation du genre selon ces couleurs, aussi banale semble-t-elle, est à la genèse des stéréotypes de genre.

La façon dont nous sommes socialisé.e.s enfant a un réel impact sur les adultes que nous devenons. Apprenons des enfants : ils sont sensibles, aventuriers, espiègles, curieux, doux, sensibles, affectueux, et ce, peu importe leur genre. Cessons de présumer ce qui devrait leur plaire ou ce qu’ils ou elles deviendront, en fonction de leur sexe. Ne les limitons pas à ce dernier. Laissons-les être complexes et magnifiques. Laissons-les être de la couleur qu’ils ou elles veulent. Offrons-leur un arc-en-ciel de possibilités.

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