Mensonges invalidants

Qui dit: maladie invisible, dit: ne pas être cru. Ne pas être cru dans ce que tu vis, dans l’intensité de ce que tu vis, dans le comment tu le vis et dans l’impact que tes symptômes ont sur ta vie.

La maladie invisible inclut le physique et le mental.

Anxiété, dépression ou migraine et Fibromyalgie.

 «On va le croire quand on va le voir! »

Oui, mais tu le vois d’une certaine manière. Tu l’entends. Tu ne vois pas la tête de la personne devenir bleue si elle fait une attaque de panique, mais tu peux voir sa détresse, tu peux entendre ses paroles quand elle t’explique ce qui se passe en elle, tu peux voir les changements dans son attitude ou dans ses habitudes.

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« Ouais, mais un moment donné, tout le monde a des problèmes et faut se donner un coup de pied à bonne place! »

Oh, mais on le fait! Régulièrement, quotidiennement. On s’éduque sur nos problèmes, on cherche des solutions, on essaie des médications, on décide de faire un petit pas de plus vers l’avant. On se rend aux rendez-vous chez les spécialistes. On s’obstine avec les spécialistes…et juste ça, ça demande des efforts.

Leur décrire nos symptômes le mieux qu’on peut. Les noter à l’avance. Remplir un calendrier, noter nos hypothèses, nos recherches…bref, se montrer responsable dans l’équipe que nous devons former avec les médecins. Et qu’arrive-t-il quand nous arrivons préparés au rendez-vous? Le médecin nous écoute à moitié, nous demande de résumer brièvement le plus possible ou nous explique que nos évaluations sont fausses et qu’il, grand seigneur, va nous expliquer comment nous nous sentons.

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De ne pas avoir sa souffrance validée est une forme de violence invivable.

Pendant cinq ans, on n’écoutait pas ce que je disais. On mettait toutes mes descriptions et mes symptômes physiques dans le même sac: l’anxiété. La raison pour laquelle je me présentais si souvent à la clinique était pour eux de l’anxiété. «Elle vomit et mange très peu quand elle réussit à le garder: elle est anxieuse. Elle a de moins en moins d’énergie: elle est anxieuse. Elle perd du poids de manière drastique: elle est anxieuse. Elle perd des cheveux par poignées: elle est clairement anxieuse. Elle n’en dort plus: elle est anxieuse.»

«C’est de sa faute, elle se fait ça elle-même, elle est anxieuse d’être anxieuse. Faut juste qu’elle se calme. That’s it

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Cinq ans plus tard, après des années à me battre, je me suis dit: j’écoute plus personne que moi. Je suis allé voir une naturo qui m’a nommé tous les tests possibles pour la digestion. J’ai fait la demande de référence à mon médecin qui soupirait devant mon insistance, moi la patiente exigeante, celle qui tape sur les nerfs…

Quand la lettre est arrivée par la poste avec le résultat écrit noir sur blanc…ah on m’a cru! Les proches, les médecins, les nerfs de mon corps, mes neurones dans mon cerveau… J’ai pleuré comme si on m’avait annoncé la meilleure nouvelle du monde. Je le savais, je le savais! J’étais pas folle, idiote ou princesse qui voulait faire pitié ou attirer l’attention! J’étais soulagée de pouvoir prouver au monde que je souffrais…parce qu’il faut le prouver pour recevoir de l’aide et être respectée.

Quand les spécialistes te disent que tu as tort, quand tes proches te disent que tu as tort, tu en viens à te demander si tu as tort.

Quand le monde invalide ce que tu vis au niveau physique et psychologique…tu en viens à le faire toi aussi. Te faire rabaisser et juger te fait tellement mal que tu te dis que ça ne se peut pas que les gens te fassent mal par exprès, tu en viens à faire du déni face à ce que tu vis plutôt que de faire face à cette douleur dans les tripes de voir ton mal être perçu comme une cible aux attaques. Comme si planter un couteau dans une jambe cassée allait l’aider à guérir. Comme si piétiner quelqu’un qui est au sol allait l’aider à se relever.

Le problème est que même si toi et le monde décidez d’être aveugles à tes blessures, à tes souffrances, à tes maux, le bobo évolue. Le bobo grandit. Et tu crées d’autres bobos parce que tu dois fournir tellement d’énergie physique et mentale pour contourner le bobo, compenser aux moments plus faibles, pour faker que  «tout est beau, y’en a pas de problèmes. »

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J’allais vomir entre deux cours à l’Université. Je me donnais un coup de pied au derrière le matin, le midi et le soir. Bref, on a cru en ma souffrance physique liée au digestif quand j’ai eu 24-25 ans, MAIS puisque mon fakage et mon coup de pied au derrière trois fois par jour me demandaient l’énergie du désespoir, à 22-23, je suis tombé en épuisement physique et mental ( burn-out pour les intimes.)

Et puis à force de ne pas savoir ce qui se passe avec moi-même, à force de ne pas sentir que j’avais du pouvoir sur ce que je vivais et sur ma réaction face aux conséquences de ce que je vivais…j’ai bel et bien développé de l’anxiété! Je ne pouvais pas faire confiance à mon corps, à ce que mon esprit me disait et aux gens autour de moi qui ne me soutenaient pas parce qu’ils ne me comprenaient pas. Puis à force d’anxiété, de maladies physiques et de l’épuisement qui en a résulté…je suis tombé. J’ai chuté et j’ai fracassé le peu qui me restait au sol.

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Tu peux éviter la réalité, mais tu ne peux pas éviter les conséquences de nier la réalité.

Quand on est au sol et qu’on nous oblige à ne plus faker, une fois qu’on a frappé le mur de pleine face: là, on arrête le déni, on n’accepte plus le jugement. Une fois que tu es au troisième sous-sol, tu ne peux que remonter ET tu n’as plus assez d’énergie pour le perdre avec le monde qui veut te juger ou te nuire. Tassez-vous! Laissez la place pour le monde qui veut me tendre la main, m’aider, m’amener du beau, du bon, du lumineux, du doux…du positif et du vrai!

Là, je te dis ça, mais tu le sais, tout le monde le sait: quand on est plus vulnérable, on attire les gens toxiques. Que l’on soit au sol ou proche du sol, tant que l’on peut retirer quelque chose de nous, il y a des sangsues qui vont s’approcher. Ou si encore tu as une vulnérabilité, une faille ou un bobo que tu ne connais pas, que tu n’as pas réglé…ils vont le voir, ils vont jouer avec et vont t’accrocher pour leur bénéfice. Les gens toxiques aiment les bobos des autres, les vulnérabilités: quel terrain de jeu, quelle source de pouvoir! Si leurs comportements créent d’autres blessures, pourvu que tu ne tentes pas de leur mettre sous le nez, tout va bien dans leur monde! Si en plus, tu es quelqu’un qui est naturellement empathique et que tes souffrances te rendent encore plus sensible aux autres… Tu es automatiquement un aimant à personnes toxiques!

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Gasligthing: un type d’abus psychologique dans lequel l’agresseur nie la réalité ( le vécu) de la victime.

Ils font du déni, ils veulent que tu te fermes les yeux, ils veulent que tu nies ce que tu vis, ils veulent que tu voies les choses et ce que tu es comme eux le veulent. Ce n’est qu’un seul de leurs multiples outils de manipulation, mais c’est un de leur outil favori: le gas-lighting.

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«J’ai jamais dit ça! Mon dieu tu es ben trop sensible.» «Tu cherches tout le temps la bibitte!» «Ah j’ai pas de temps à perdre avec une autre petite crise.» «Je suis la seule personne qui t’aime vraiment pis c’est de même que tu me traites?» «Tu capotes pour rien!» «Voyons, c’était rien qu’une joke…Bon un autre affaire!»

Ce qui est fou avec cet outil, c’est que tu  « allumes » sur ce qui vient de se passer seulement APRÈS que ça se soit passé. Quand tu le vis, tu vis un malaise, tu deviens confus, tu te poses des questions, tu es déstabilisé et Dieu sait que la personne toxique aime ça! Quand tu te tiens les deux pieds au sol, ancré dans ton estime personnelle et dans le respect que tu mérites d’avoir, ça ne marche pas son affaire. Mais tant que tu diverges, que tu te balances un peu parce que tu n’es pas certain de comment t’ancrer, tant que tu es dans le brouillard: elle peut manipuler ta pensée, te faire voir un mirage, te faire croire des affaires. Bref, te jouer dans la tête. Te dire que tu as tort et que le problème c’est toé pis «comment oses-tu m’attaquer de même?» Bref, elle n’a pas à gérer les conséquences de ses actes et toi, tu marches dans son manège.

Mais Jessica, comment on peut voir clair dans ce que l’on vit, dans ce que l’on pense, dans le comment on se sent? Oh, c’est tout un projet! Étape un: WO!, minute, assis-toi, prend le temps de faire le calme. Fais le silence autour de toi et écoute-toi. Introspection, ouverture face à ce que tu vis, à ce que tu sens. Puis, si tu en as besoin, ouvre-toi à quelqu’un de confiance, quelqu’un qui va t’aider à faire le ménage, te guider, te poser les questions pour que tu en cherches les réponses. PAS te dire si tu as raison ou tort. Il faut un bon guide oui, mais surtout, une ouverture de ta part, une ouverture face à ta vulnérabilité et à ta vérité. Se montrer vulnérable, ça fait peur. Faire face à la vérité, ça fait peur, ça peut faire mal et c’est rushant!

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Tu ne peux changer ce que tu ne veux pas confronter.

Mais une fois que tu fais face à la vérité, une fois que tu sais ce qui se passe vraiment, tu as une bonne base pour pouvoir bien gérer ce monde fou qui est ton monde intérieur. Et quand ton monde intérieur est plus fort, plus solide, plus clair, il n’y a rien que le monde extérieur peut te faire vivre que tu ne pourras pas mieux gérer.

Une fois que j’ai su ce que j’avais comme problèmes de santé, j’ai pu mieux trouver comment régler le trouble. Une fois que j’ai réalisé que je méritais plus de respect dans ce que je vivais en terme de maux du quotidien, j’ai décidé que je ne pouvais plus avoir honte de souffrir (la honte c’est parfois des mensonges que d’autres t’ont fait croire sur la personne que tu es) parce que souffrir est humain et que tu mérites seulement de l’aide, pas du jugement. Les jugements des autres ne t’appartiennent pas. Peut-être qu’on les bouleverse en les mettant face au fait que parfois, le corps lâche et qu’on en perd le contrôle. Quand un coup de pied au derrière ne suffit pas, c’est le genre de situation qui fait peur aux gens. «D’un coup que ça m’arrive à moi aussi?»

Guérir tes blessures, travailler à connaitre et à comprendre ta vérité, choisir de développer les outils pour mieux prendre soin de toi, de tes relations avec les autres et avec le monde et faire des choix plus sains te rendront encore plus fort. Plus libre d’être toi. Plus heureux dans ce que tu vis.

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