Encore un autre article sur 13 Reasons Why

Avertissement : 13 Reasons Why est une série dure qui parle du suicide. Ceci n’est que mon opinion sur la série et le message qu’elle véhicule. Il ne faut pas prendre à la légère les avertissements et les craintes des intervenants en prévention du suicide. C’est une série qui est noire et qui peut influencer des personnes plus fragiles et vulnérables à commettre un geste irréparable. S’il vous plaît, soyez responsable en l’écoutant et, surtout, si vous sentez que ça vous touche et que vous avez des idées noires, appelez Suicide Action Montréal au 514 723-4000. Vous n’êtes pas seuls.

J’ai commencé 13 Reasons Why parce que tout le monde en parlait.

Aussi, parce qu’on m’a dit que le livre était sorti il y a 10 ans et que, sur le coup, 10 ans WOW, c’est il y a longtemps. Puis, j’ai réalisé qu’il y a 10 ans, j’avais 16 ans et je me suis sentie un peu plus vieille tout d’un coup.

Aussi, parce que si le livre est sorti il y a 10 ans, c’est que j’avais le même âge que les protagonistes à l’époque et que je devais le regarder. Je dois avouer que replonger dans mon adolescence ne me tentait pas. Replonger dans l’adolescence en général n’est pas quelque chose de plaisant. Je suis allée au privé, j’étais différente des autres étudiants, je me réclamais déjà féministe, quelqu’un avait décidé de partir une rumeur sur moi comme quoi j’étais sûrement lesbienne – oui parce que féministe devait être égal à lesbienne en 2007 –  et une fille m’a déjà dit qu’elle ne comprenait pas comment j’avais un chum moi puisqu’elle n’en avait pas. Oui oui, c’est une histoire vraie.

Bref, l’adolescence. Une période sauvage qui fait des ravages et qui ne laisse personne indifférent.

Sauvage, 13 Reasons Why l’est. Extrêmement. Trop sauvage. Je peux comprendre pourquoi la série est polarisante. Personne ne veut voir un suicide graphique, personne ne veut voir des scènes de viol graphiques, personne ne veut voir de l’intimidation en direct. Personne ne veut passer 13 épisodes à entendre une suicidée parler de ce qui l’a menée au suicide. Personne ne veut être sur les nerfs durant 13 longs épisodes. Certaines personnes accuseront Hannah Baker d’être une drama queen, d’autres parleront de la glamourisation du suicide – c’est vrai qu’enregistrer 13 cassettes pour parler de qui te fait mal et d’établir un système de partage des cassettes vraiment malsain est, d’une certaine façon, glamour – mais 13 Reasons Why m’a parlé et m’a surtout retournée tout droit à mon adolescence.

Parce qu’être adolescent n’est pas facile, mais pas du tout, et 13 Reasons Why montre clairement que la méchanceté, la cruauté adolescente existe et est sournoise. Elle est tellement sournoise qu’elle peut mener quelqu’un au suicide. Oui, ce qui a tué Hannah n’est pas la gifle qu’elle a reçue d’une amie ou le fait qu’elle était sur une liste où elle avait été élue « best ass », mais ces petits gestes ont contribué à sa descente aux enfers, descente qui a culminé en un viol sordide.

13 Reasons Why, c’est aussi le silence affligeant de l’adolescence qui se déroule en parallèle du monde adulte. Les adultes qui ne prennent pas au sérieux les adolescents, qui ne voient pas le monde à leur niveau. Lors de mon passage au secondaire, les adultes fermaient les yeux sur certaines situations et quelquefois participaient activement à certaines. Le caractère passif des écoles et leur désir de ne pas toujours vouloir intervenir dans les situations difficiles tout en laissant le fardeau de la dénonciation sur le dos des élèves contribuent à des situations comme celle d’Hannah. Lorsque la ministre de la santé publique, Lucie Charlebois, dit qu’ « être parent, [elle] serait très préoccupée, [elle] aussi » et que « [elle] invite les parents à faire attention à ce que les adolescents regardent » , tout en mentionnant qu’il y a une diversité de ressources au Québec pour les gens vulnérables, elle manque le point principal de toute cette catastrophe qu’est la série : c’est que les adultes ont vu sans jamais vouloir intervenir. Lorsque Hannah décide d’aller chercher de l’aide après son viol dans son école, on ne l’écoute qu’à peine, on ne vient pas la chercher, on ne s’inquiète pas outre mesure puisqu’elle n’a pas prononcé les mots suicide et viol dans la même phrase. Bien qu’il s’agit d’une intervention calamiteuse qui n’a rien à voir – j’espère – avec la réalité, je peux me douter que c’est déjà arrivé à plusieurs.

13 Reasons Why a été écrit il y a 10 ans. Il y a 10 ans, avant Facebook, les téléphones intelligents, les rumeurs virtuelles… La série aujourd’hui a lieu en 2017. Pourtant, je me revois à 16 ans, dans ma chemise et ma jupe roulée bleue, à mon casier, à voir les gens sur leur Motorola Razr en train de se montrer des photos du dernier party où « X a frenché Y, qui est une crisse de slut », où des photos osées reçues par MSN Messenger étaient partagées sur un serveur de l’école, où le silence était de mise parce que tu ne pouvais pas être un « snitch ». Je ne suis pas innocente, j’ai parlé dans le dos d’autres filles aussi sous la pression, sous le désir d’appartenir au groupe, à ce monde temporaire qui semble si important durant 5 ans. Je suis encore chanceuse; dans mon année, de mémoire, il n’y a pas eu de suicide.

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Avec 13 Reasons Why, j’ai réalisé que nous étions tous complices – adultes et adolescents -, silencieusement, de la mort des Hannah Baker de ce monde.

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