Soupe pour Elles, une initiative qui réchauffe le coeur

Le visage de la pauvreté change, on le sait et on en parle. Certainement pas assez, mais tranquillement pas vite, l’idée fait son chemin. Ça ouvre les yeux de ceux qui ne se sentent pas concerné,  souvent par manque d’information. Si seulement le journal de Montréal pouvait faire un reportage touchant sur ces femmes, que rien ne destinait à être dans une situation financière plus que précaire, peut-être que les gens dans leur salon réfléchiraient au sort de ces êtres humains souvent oubliés.

Enfin.

Je ne suis pas ici pour faire la morale, mais plutôt pour partager une bonne nouvelle, parce que bien qu’on n’y croit plus, ça existe encore !

Avez-vous entendu parler de Soupe pour Elles? Il s’agit d’une une campagne de financement pour venir en aide aux femmes de Montréal en difficulté, qu’elles soient en état d’itinérance, de précarité ou victimes de violence. Pour cette année, on souhaite amasser plus de 200 000$ afin de remettre aux organismes qui s’occupent de changer la situation de ces femmes, tout en sensibilisant les autres à leur réalité.  Le concept? Réunir plus de 2000 personnes en signe de solidarité, autour de (vous l’aurez deviné) une soupe.

Bien souvent, on peut croire que ce genre d’événements ne change pas grand chose. La réalité ne pourrait être plus différente. Mélanie Galipeau, coordonnatrice des services, est à la première ligne du combat pour changer la vie de ces femmes.  Participant à Soupe pour Elles, elle voit directement comment cela change la «game»

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«Le pavillon où je travaille, c’est un refuge d’urgence. Les femmes y viennent parce qu’elles n’ont nul part où aller. Certaines ont perdu leur appartement, d’autres vivaient de la violence conjugale, certaines vivent avec des difficultés relationnelles ou de dépendances. Le point commun c’est qu’elles n’ont pas de gîte. L’an passé, nous avons accueilli 550 femmes pour des séjours à termes variables. Près de la moitié d’entres elles étaient nouvelles et n’avaient jamais fréquenté notre ressource. Des cas d’immigration, des femmes âgées que les enfants mettent à la rue, mais aussi des femmes qui vivent l’itinérance chronique depuis plusieurs années fréquentent notre refuge. On offre le gîte, la nourriture et la douche à des femmes qui sont vulnérables. Certaines viennent se réfugier chez nous, parce qu’ils n’en peuvent plus de la souffrance qu’elles vivent ailleurs. L’itinérance cachée est un phénomène qui est très présent chez les femmes. Elles sont souvent hébergées en échange de services ou si elles ne dérangent pas trop. Elles subissent souvent de la violence physique et sexuelle en échange d’un toit et un peu de bouffe. Certaines consomment quand elles n’en peuvent plus de la rue.

Au pavillon Patricia Mackenzie, on accueille aussi les personnes transgenres et transsexuelles. On ne fait pas de tri sur les organes génitaux. Si la personne devant nous s’identifie comme femme, elle est la bienvenue. Parfois, c’est un défi parce que les autres femmes du groupe réagissent quand quelqu’un à l’allure masculine entre dans le milieu de vie. C’est notre travail d’éduquer les gens à la tolérance, au non-jugement et à l’inclusion. On y tient. Généralement, ça se passe bien. Le pavillon peut accueillir 65 femmes à la fois et il y a aussi des programmes de transition pour les femmes qui désirent s’engager dans un processus de rétablissement ou de réinsertion. De l’aide à l’obtention d’un revenu de subsistance ou pour faire des cartes d’identité, on passe aussi par des applications pour des logements sociaux. On aide également celles qui veulent aller en thérapie à s’arrimer à d’autres services ou partenaires.

Le CHUM est aussi un précieux collaborateurs depuis un peu plus de 2 ans. Nous travaillons de concert avec eux à partir de l’intérieur de nos services, c’est le concept de la psychiatrie urbaine. C’est la combinaison parfaite du milieu hospitalier et du milieu communautaire. On est le lien avec les gens de la rue et ils sont l’expertise médicale pour aider ceux qui arrivent à nos portes avec des troubles de santé mentale importants. On a aussi des partenaires comme La clinique Juridique Mobile de l’UQAM, qui vient offrir des rencontres pour répondre à des questions d’ordre juridiques et informer celles qui en ont besoin. Je pourrais vous parler pendant longtemps, parce que nous avons aussi des programmes dans la communauté et des logements sociaux (Le Pavillon Lise Watier) qui font partie des services offerts aux femmes, mais ça c’est une autre histoire.

Je pense que sans le milieu communautaire, les services publics de santé et de services sociaux n’y arriveraient pas. Les hôpitaux débordent, les CLSC ont des listes d’attente tellement longues et il n’existe pas ou très peu de services en hébergement offerts par le gouvernement. Le communautaire porte donc à bout de bras la responsabilité de s’assurer que les gens qui n’ont nulle part où aller puissent dormir en sécurité, prendre une douche et se nourrir. Les besoins de base quoi.

Des initiatives comme celle de Gaz Métro (par Sophie Brochu) permettent aux organismes de subvenir au travers toutes les coupes budgétaires dans le milieu communautaire. Ça permet de nourrir plus de gens, offrir plus de lits, embaucher plus de personnel, pour ne pas les brûler un après l’autre et leur permettre de travailler de façon humaine, empathique et sécuritaire. Ça permet d’offrir un milieu de vie décent, des petites choses qui peuvent paraître anodines pour la majorité des gens, mais qui font toute la différence pour les gens qu’on accueille. Il ne suffit que de penser aux produits d’hygiène féminine. Si nous on a pas les moyens d’en acheter et d’en offrir, comment ces femmes doivent vivre leurs règles,?»

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L’événement est le 1er mars si ça vous dit d’y aller. Vous avez jusqu’au 8 mars pour faire un don pour la cause ici . Un 5 $ peut faire toute la différence, mais si l’argent ne vous dit rien, vous pouvez aussi faire du bénévolat pour l’un de ces organismes:

On a jamais trop de chaleur humaine.

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