Je m’appelle Steve, j’ai 32 ans et je suis homosexuel


Bonjour, je m’appelle Steve, j’ai 32 ans et je suis homosexuel

C’est ainsi que se présentent les bénévoles du GRIS-Montréal lorsqu’ils se rendent dans les écoles pour démystifier l’homosexualité et la bisexualité. Cette présentation, je l’effectue avec bonheur depuis maintenant sept ans.

 Offrir aux jeunes l’image d’un homme gai, heureux et bien dans sa peau, c’est comme donner ce que j’aurais aimé recevoir étant plus jeune.

Y a pas de Noirs qui sont gais

À 19 ans, j’ai fait mon coming out à ma mère en lui écrivant une lettre. Avant de filer à l’école, je lui ai dit : « Je t’aime. Lis-la pas tout de suite, attends que je sois parti, on va s’en parler plus tard ». Un poids énorme venait de tomber.

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 Quelques heures plus tard, la secrétaire de l’école est venue me chercher et m’a demandé de rappeler ma mère de toute urgence. Au bout du fil, elle était en pleurs, soulagée de voir que j’étais encore en vie. Elle pensait que j’allais me suicider. Je suis immédiatement rentré à la maison à sa demande… Ce fut le plus long parcours d’autobus de ma vie!

 Une fois rentré, je vois ma mère, les yeux rougis, qui s’avance vers moi pour me prendre dans ses bras. Elle avait appelé mon père pour qu’il rentre aussi plus tôt. À son arrivée, ce fut un dur choc. Ma mère s’est mise à crier: « Y a pas de Noirs qui sont gais. Les masisis*, il n’y en a pas dans notre famille et il n’y en a jamais eu. Qui t’a mis ces idées-là dans la tête ? C’est clair, ce sont tes amis blancs qui t’ont influencé. On va te changer d’école. On va aller voir un prêtre s’il le faut, mais ça ne se peut pas ». Son hystérie a continué ainsi plusieurs minutes. C’est mon père qui a dû la calmer.

 Il s’est ensuite tourné vers moi, puis m’a dit : « Tu es jeune. Parfois les hormones font des choses dans la tête à l’adolescence. Là, tu vas aller voir le psychologue de ton école, tu vas lui parler de ça, de ce que t’as écrit, et je ne veux plus jamais en entendre parler ».

 Tout était dit: ça allait « passer ». J’ai tenté d’assimiler cette idée durant plusieurs mois en sortant avec les plus belles filles du cégep, mais rien n’y faisait. J’étais attiré par les gars.

Détruire les peurs…

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C’est finalement à 20 ans que j’ai rencontré mon premier copain, Steven, au Michigan où je faisais un échange. J’en étais fou amoureux. Je voulais tout laisser pour rester vivre aux États-Unis à ses côtés. De manière imprévisible, cette envie m’a rapproché de ma mère. Dès qu’elle l’a appris, ce fut effectivement le début du changement : « J’ai besoin de temps pour accepter ton homosexualité, Steve. Rentre à la maison, je ne veux pas te perdre ».

 Je suis rentré et patiemment, j’ai répondu à chacune de ses questions. L’une de ses plus grandes craintes était de ne pas pouvoir être grand-mère. Je l’ai rassurée en lui disant que je voulais avoir des enfants et que c’était possible d’en avoir.

 Elle m’a même dit un jour: « Je ne suis pas encore prête à la regarder avec toi, mais j’ai enregistré cette émission sur l’adoption pour les couples de même sexe. Je pense que ça va t’intéresser ».

 Quel chemin parcouru ! Je peux dire que mes premières interventions de démystification, c’est auprès d’elle que je les ai réalisées.

…Pour mieux comprendre 

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Aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Je suis fier de qui je suis et de mon implication auprès du GRIS-Montréal.

 Cet organisme est comme une deuxième famille pour moi. La première fois que j’y ai mis les pieds, ce fut une révélation: des personnes de tous âges, tous horizons avaient vécu ce que j’avais vécu et s’assumaient aujourd’hui. Je n’étais plus seul !

 Mais c’est surtout lorsque je raconte mon histoire en classe que j’ai l’impression de changer concrètement le regard des jeunes face à la diversité sexuelle. Souvent, ils sont surpris de voir arriver un grand Noir costaud de six pieds trois pouces. Certains Haïtiens se sentent interpellés. Ils disent souvent qu’ils ne comprennent pas, qu’il n’y a pas de Noir gai. Ces rencontres brisent des mythes.

Un jour, un jeune haïtien m’a remercié à la fin de mon intervention justement pour cette raison : c’était la première fois qu’il voyait un Noir homosexuel. C’était la meilleure récompense que je pouvais avoir.

 Et c’est ce qui me pousse à rencontrer toujours plus d’élèves pour livrer mon vécu.

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À propos du GRIS-Montréal

Le GRIS-Montréal (Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale de Montréal) est le plus important organisme québécois à démystifier l’homosexualité et la bisexualité en milieu scolaire.

Chaque année, les 300 bénévoles gais, lesbiennes et bisexuel.le.s de l’organisme offrent en moyenne 1000 ateliers de démystification et rencontrent plus de 26 000 personnes dans les écoles secondaires, les cégeps, les écoles primaires, mais aussi dans les milieux de travail et les résidences pour aînés.

Pour en savoir plus : www.gris.ca

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* Masisi: mot désignant les hommes qui ne correspondent pas à la norme hétérosexuelle (gai, bi, trans*). Ce mot, longtemps  perçu pour certains comme péjoratif, est repris par d’autres comme moyen de réaffirmation de soi.

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