Voiture américaine : Le post-apo au théâtre

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Dans cet article, le féminin est utilisé sans discrimination des genres, pour alléger le texte. 

Là tu te demandes bien ce qu’on peut raconter sur une voiture américaine au théâtre. Tu te demandes si Michel Barrette ne va pas se pointer pour une anecdote de char énorme, entrecoupée des rires de France Castel. Hé ben, détrompe-toi. Voiture américaine joue sur un tout autre registre. L’autrice Catherine Léger te plonge dans un monde post-apocalyptique. Huit protagonistes tenteront d’atteindre leur propre vision du bonheur. Chacun de ces personnages porte le flambeau d’un désir qui nous consume tous : l’amour, le pouvoir, le dépassement de soi, la liberté, la fuite, l’ivresse, la sécurité, la nostalgie. En une heure et quart intense en interaction, ils sauront tous faire avancer leur cause et leur déchéance.

C’est un réel bonheur de voir autant d’actrices échanger sur scène. Avec autant d’interactions, on peut rapidement éviter les monologues d’utilité et miser sur des dialogues où les silences sont tout aussi enrichissants que la parole. Aussi, avec autant d’actrices, l’auteure a pu camper les personnages dans des positions sociales bien définies, non sans rappeler ce que l’on voit présentement dans notre univers pré-apocalyptique. Bathak domine, Jacot sert, Julie boit, Garance se marie, Victor tue, Richard veut conduire, Suzanne sort de chez-elle pour la première fois depuis la chute de l’état et la vieille Grignon vend du gaz. L’excellente distribution d’actrices aide à révéler les subtilités de chaque personnage. Mentions spéciales pour Simon Rousseau et Anne-Marie Levasseur, qui ponctuent la mise en scène d’un piano doux et délicat.

Le texte est avant tout conceptuellement riche, mais il frappe aussi par quelques axiomes issus de l’univers de la pièce. « Ça sert à rien les projets. Tout le monde a essayé. Et ils se sont tous rendus compte que ça sert à rien. » ou « Le danger à boire, c’est qu’un jour on arrête parce qu’on a peur de mourir. » Soulignons également cet instant où Bathak explique que les objets était le seul rempart de la bestialité humaine. Maintenant, sans objets, sans abstractions comme l’argent, il ne nous reste que nos plus bas désirs à assouvir. Sans objets, nous retournons au même niveau que les bêtes.

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Voiture américaine, une pièce à voir cet automne.

Voiture américaine est sur les planches du Théâtre La Licorne jusqu’au 17 octobre.

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