L’étonnante cuvée 2015 de l’École nationale de l’humour

Le Club Soda était bondé ce jeudi 14 mai pour la rentrée montréalaise des finissants 2015 de l’École nationale de l’humour. Sous l’emprise de l’univers d’Alexis Cadieux, mis en scène par Serge Postigo, les 11 aspirants humoristes se sont prêtés au jeu avec la plus grande des assurances. Il faut dire que le spectacle, présenté dans le cadre de la dernière session des étudiants sous la forme d’une tournée provinciale, était bien rodé, voire quasi mécanique. N’empêche que la relève de l’humour québécois est certainement assurée.

Tous échoués sur une île déserte (grâce à leur transporteur aérien officiel « Malaise Airlines », un petit clin d’œil bien dark dans toute l’ironie de son contexte), les onze finissants (Nicolas Audet, Marc-André Beaulieu, David Foh, Roman Frayssinet,Célia Gaudreau, Anas Hassouna, Daniel Pinet, Gabriel Prévost / Humoriste, Antoni Remillard, Éliane Trahan et Rosalie Vaillancourt) se retrouvent dans de petits sketchs entre chaque numéro, qui nous laissent entrevoir une certaine étincelle propre à leurs personnalités respectives. Si on sentait les étudiants vibrer par moments, certaines transitions semblaient leur nuire plus qu’autre chose. L’interaction se voulait une transition calculée, efficace, mais surtout franchement rigolote. Et c’est pari remporté pour l’auteur du spectacle, qui a reçu autant de reconnaissance du public (et parfois, même plus) que lors de la présentation des numéros personnels des élèves. Si certains ont décidé d’y aller plutôt franc jeu avec un stand up traditionnel, d’autres ont opté pour des personnages, pour le plu grand bonheur du public. Sinon, les thèmes abordés étaient plutôt communs, mais tous ont su apporter leur petite touche personnelle à des propos trop souvent entendus : racisme, amour, féminité, petit quotidien, tout y est passé. Mais c’est bien la mission que s’est donnée l’ÉNH : trouver le moyen de parler d’un sujet sans aller dans les lieux communs. Certains passages furent meilleurs que d’autres, sans l’ombre d’un doute. Mais dans cette inégalité au niveau du texte, tous les élèves avaient ce ground en commun, cette confiance sur scène qui a su convaincre.

Ce qui est inspirant ? De voir les trois finissantes 2015 présenter des numéros aux antipodes. Éliane Trahan s’est fait la fervente défenderesse de la normalité et de la banalité, avec comme ligne directrice que la pitié attire l’attention. À un moment, elle feint oublier son texte, ce qui a créé instantanément un murmure inaudible dans la salle, puis des applaudissements d’encouragement. Tout de suite, elle dément l’oubli, en prenant soin de rire du public naïf qui l’a cru. Excellent. De plus, Célia Gaudreau a interprété un personnage de bibliothécaire suppléante au secondaire lors d’un cours d’éducation à la sexualité. Un malaise palpable qui lui aura valu un grand nombre de rires bien sentis. Puis, Rosalie Vaillancourt, avec son personnage de jeune otiste asperger loveuse sans fin de Bon Jovi, lançait blague après blague sans jamais que le public ne s’essouffle. Ça contraste bien avec la websérie Rosalie, dont je vous avais parlé un autre tantôt. Bref, trois dames à surveiller.

Chez les hommes, quelques joueurs ont su afficher leurs couleurs sous des textes très originaux, dont Antoni Rémillard, Daniel Pinet, Anas Hassouna et Roman Frayssinet. Si ce premier avait une certaine vibe Jean-Thomas Jobin tout à fait rafraîchissante dans l’absurde, les autres nous ramenaient dans une confortable, mais amusante réalité. Pinet a présenté le récit acadien à la sauce moderne, Anas, de sa relation avec le racisme ordinaire puis Roman d’amour à une époque où les relations se succèdent tellement au point qu’on se demande si l’on a déjà aimé. De la bouffe pour l’âme, mes ami(e)s.

Bref, les onze finissants nous ont présenté un spectacle poli, taillé dans le professionnalisme d’une école aux techniques qui évoluent toujours. De ce lot, je crois bien n’en revoir que la moitié sur scène dans les bars de quartier. Mais au terme de ce spectacle, tout ce que j’ai pu en retenir n’est que le talent brut qui a réussi à se tailler.

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Bravo aux finissants! J’vous souhaite tous et toutes d’être les prochains « 5 prochains ».

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