Villa Dolorosa : vieillir dans de la soie

Texte de Rebekka Kricheldorf
Mise en scène de Martin Faucher

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Dans une villa bourgeoise mal entretenue, trois sœurs et un frère se laissent détériorer par l’ennui et la fatigue de ne rien faire et d’exister comme tout le monde, malgré tout. Parler est leur seule arme contre l’ennui et heureusement, de la conversation, ils en ont ! Se servant d’un savoir intellectuel et culturel qui les embête plus qu’autre autre chose, la parole leur permet surtout d’apprivoiser la complaisance dans l’inertie…

D’un ton vaudevillesque, mais avec un humour particulièrement recherché, cette pièce de Rebekka Kricheldorf porte une fine attention à une génération dans la trentaine, en quête d’idéologies, qui voit le temps défiler sans n’avoir pu se trouver une place dans le monde pour vieillir en bonne conscience. L’intelligence et l’ouverture d’esprit peuvent s’avérer être des handicaps déprimants, voire suicidaires, lorsqu’elles grugent les moyens du corps et de l’action comme chez cette famille moderne. La demeure qui leur a été léguée est une acquisition de trop, qui les loge au creux de la facilité et les paralyse dans leur quotidien. Un quotidien où rien ne semble changer, pendant trois années consécutives représentées chaque fois par la fête de la sœur du milieu, la très lâche et fatidique Irina (sublimement jouée par Anne-Élisabeth Bossé).

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Comme il est marrant de voir se plaindre une bourgeoisie cultivée et sans souci majeur! Surtout, comme il est désolant de constater que lorsque le corps n’a rien pour s’occuper, l’esprit se désagrège dans le confort et l’absurdité. C’est une grave leçon transmise dans la frivolité d’une langue quotidienne et d’une mise en scène amusante et détaillée. Les acteurs livrent généreusement des personnages tantôt nerveux et attachants, d’autres fois cocasses et pathétiques. Une très belle adaptation des Trois sœurs de Tchekhov, avec des échos plus modernes et fidèles aux longs soupirs intérieurs des jeunes générations qui n’ont de la guerre que l’envers, raconté dans des manuels d’histoire et de philosophie.

Présenté à l’Espace Go jusqu’au 12 octobre

Valery Drapeau

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