GARS : Une histoire du « nous »

Texte, mise en scène & interprétation par Marie-Ève Perron

crédit photo : Jean-Louis Fernandez
crédit photo : Jean-Louis Fernandez

Ça s’en va où, l’amour ? À notre époque, avec notre génération d’enfants mal-aimés, malmenés, en quête d’amour, qui n’en veulent pas, qui n’en veulent plus, qui se sont fait écorchés, qui doutent, qui respirent, qui recommencent, qui veulent aimer, mais pas trop s’attacher… et au fond, qui sont juste tout simplement perdus (peut-être parce qu’ils sont trop centrés sur eux-mêmes) ? Je vais dire comme FILLE, l’unique personnage de la pièce : « Je sais pas, je sais pu… ».

C’est avec un personnage des plus excentriques et attachants que FILLE (interprétée par Marie-Ève Perron) s’agrippe aux mots, comme si c’était la seule substance pouvant anéantir sa folie après une rude peine d’amour. Un amour grand, puissant, encore présent… mais pour elle, seulement pour elle. Un amour qu’elle cherche désespérément, dans les moindres souvenirs, dans les moindres recoins des lieux les plus divers aux personnages les plus loufoques (tous interprétés par la même comédienne). Un amour qui a osé lui claquer la porte au nez. Un amour qui a décidé de mettre fin au ‘‘nous’’, une bonne fois pour toute.

Dans la peine, il n’y a plus de repère… alors imaginez pour une fille qui était déjà perdue, au tout départ. Avant le départ. FILLE est une jeune femme centrée sur elle-même, oui, comme le reste de sa génération. Mais sa détresse lui permet de se poser des questions sur tout, pour un instant, dans l’espoir d’y voir plus clair (ce qui est chose ardue). La vie, les gens, le nous. Le toi, le tu, le il, le elle. Les débuts, le ‘‘tout ce qui aurait pu arriver si…’’. Il ne peut y avoir de conclusion. Ce n’est qu’une peine de plus à passer, un mystère de plus à traverser, à absorber, à résorber, puis finalement à oublier. La cadence du texte est magnifiquement poétique, délurée. Passant d’un fou rire noire, à la larme, à la crise, à la déception, puis au sourire… Marie-Ève enchaîne l’effet tragi-comique d’une façon bouleversante, avec précision et facilité. Et elle n’en délaisse pas moins le corps, qui est très impliqué, cabré dans des positions acrobatiques, révélant à son apogée la faiblesse et la force introspective du personnage qui piétine dans un univers sans-dessus ni dessous (c’est bien le cas de le dire!) de la scénographe Geneviève Lizotte.

Une production de Fille/de/Personne

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Présenté au Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 6 avril

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