Quand le conte prend vie

Le conte japonais du Coupeur de bambous est certainement l’ancêtre de la science fiction en présentant cette princesse, à la fois vulnérable et à la fois forte, venue de la Lune. Sa beauté créera, dans le monde des Hommes, des rivalités menaçant la paix humaine qu’elle désirait apporter. Et Kaguyahime repartira comme elle est venue. Paraîtrait-il que cette histoire nous a été racontée plus d’une fois par des films ou même dans « Sesame Street »!

Jiri Kylian, chorégraphe de grand renom et originaire de Prague, s’est intéressé à ce conte oriental pour lui donner un souffle contemporain et européen. Les pièces chorégraphiques ont été travaillées tout en musicalité; les percussions y étant bien présentes ainsi que la flûte de bambou. Les occidentaux sont évidemment moins habitués à ce type de musique orientale, d’ailleurs créée par Maki Ishii. C’est selon moi ce qui fait que l’on a plus de mal à y trouver une référence dans notre culture d’appartenance. Tout de même, elle permettait à merveille de figurer cet univers prenant forme devant nous. Comme observation générale, je dirais que ce ballet était plutôt masculin. Les danseurs avaient des parties très dansées où les percussions rythmaient la cadence véloce. Juxtaposée à cela, la flûte inspirait les mouvements fluides et lents de la princesse Kaguyahime, d’où l’exigence d’un haut niveau en terme d’équilibre et de force.  La princesse n’a pas volé la vedette par sa grande délicatesse, mais a toutefois interprété son rôle de femme infaillible.

Ce que je connaissais de Jiri Kylian, c’était sa fluidité de transition. Des enchaînements qui nous hypnotisent, dont nous ne voulons rien perdre et où nous restons toujours surpris du prochain mouvement choisi. Il est vrai que Kylian ne laisse pas sa place quant aux mouvements illogiques et à la fois étonnamment spontanés. Je dois dire que la scène Mikado, la dernière, m’a particulièrement gâtée avec ses jeux de partenariats à trois et aussi, le duo entre la princesse et le mikado. On a pu, encore une fois, observer la grâce de Kaguyahime et le génie de Kylian.

Michael Simon, vous avez fait ma soirée! La scénographie est ce qui, au final, restera le plus longtemps gravée dans ma mémoire. D’entrée de jeu, on se retrouve dans une forêt de bambous; un début un peu lent, mais l’atmosphère y est. Le deuxième acte m’a particulièrement époustouflée avec l’effet stroboscope à la fin de La guerre, où toute la salle a retenu son souffle, et le rideau or. Ce dernier était si enveloppant de sa couleur riche. Simplement aérien. Il rendait exactement l’effet de l’opulence du mikado et référait tout à fait aux dorures que l’ont retrouve souvent en orient. Ceci sans parler des boîtes métalliques, les « hommes lunaires » je présume, rendant bien la lumière de par leur effet miroitant. Bref, des décors occupant tout l’espace scénique et très modernes par leur linéarité.

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Ce ballet n’aura été produit que trois fois dont celle-ci par les Grands Ballets canadiens de Montréal. Gradimir Pankov, le directeur artistique des GBCM, a décidé de miser sur cette production d’envergure pour l’ouverture de cette saison et aussi, ce qui aurait dû être l’inauguration de la maison de la danse. Malheureusement, pour des raisons de changement de gouvernement, ce dossier prend son mal en patience! Tout de même, on constate un effort monétaire considérable : programmes en couleur et en papier glacé, musiciens venus du Japon avec leurs instruments typiques, décors extravagants… Les spectateurs des trois dernières semaines de représentations ont franchement été gâtés, mais soyons franc ça en valait la chandelle! Peut-être que les critiques encensentes ont contribuées à cela, mais encore ce soir, la salle Wilfrid Pelletier était pleine.

J’espère que vous avez eu la chance de voir ce spectacle ou qu’un jour, vous verrez une pièce de ce chorégraphe formidable!

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