Impossible de laisser le temps maussade influencer notre humeur en lançant Pink Moon, deuxième mini-album de Täbï Yösha. Arrivée juste à temps pour l’été, cette seconde proposition en est une de transformation. Une nouvelle ère ponctuée d’apprentissages et surtout, d’épanouissement. Après trois années mouvementées, l’autrice-compositrice-interprète troque les moments d’incertitude pour s’affranchir dans un espace de libération et de maturité. Rencontre avec celle qui repousse les frontières du R&B.
Retrouver la lumière
Ce n’est pas par hasard que Täbï Yösha s’est arrêtée sur Pink Moon pour nommer sa deuxième collection de titres, qui arrive trois ans après True Colors, une première carte de visite lancée en 2023. Symbole de renouveau et de guérison, cette Lune rose arrive à un moment charnière dans la vie de l’artiste, prête à reprendre son élan suite à une période tumultueuse. « J’avais perdu ma lumière, c’était difficile. Là, c’est comme si elle était revenue d’un coup! Je l’ai même senti physiquement. Maintenant, je me sens prête à redonner et à avancer », raconte-t-elle, visiblement en paix avec ces trois dernières années qui, malgré les blessures amoureuses, lui auront inspiré les 6 pièces de ce nouveau EP, dont l’écriture remonte à 2023.
« Il y a trois ans, je n’étais pas prête à me libérer, ni à laisser aller cette partie de moi qui aimait un peu les relations toxiques. Même si ça me faisait mal, j’avais toujours le même pattern. Depuis, j’ai fait tout un cheminement de vie », souligne Täbï, désormais prête à rouvrir la porte à l’amour. Si sa musique s’adressait dès le tout début aux « amoureux de l’amour », elle se tourne désormais plus que jamais vers celles et ceux qui y croient encore. « C’est important d’y croire. À chaque fois que je rencontre quelqu’un, j’aime rêver. L’amour a cet effet rêveur sur moi. Je pense que je ne vais jamais arrêter d’être amoureuse de l’amour, même quand je vais être mariée. C’est tellement beau! Aussi, ce que je veux dans une relation a évolué. Avant, je ne voulais être que un avec mon partenaire. Maintenant, plus le temps avance, plus je me dis, on va avoir besoin d’une vraiment grosse maison (rires). Un côté où je peux rester toute seule, respirer et me nourrir de ma propre énergie. »
Quand la magie opère
À travers cette exploration musicale qui vacille habilement entre entre R&B, pop, jazz et soul, la chanteuse nous emmène ainsi dans ce périple réparateur, où les sonorités lumineuses — parfois même dansantes — côtoient des moments de vie plus sombres. « Il y a tellement de contrastes dans une relation! Il y a du bonheur, mais aussi de la tristesse. Toutes ces nuances, c’est un peu ce qui ressort musicalement dans le EP. »
De l’enveloppante Cupid jusqu’à l’accrocheuse Kinda Love, Pink Moon s’est dès lors construit avec l’appui de Max-Antoine Gendron et Jay Lavigne, qui ont rapidement saisi l’essence des pièces, comme c’est notamment le cas avec Outta Sight et My World. « Jay et Max font vraiment partie de la magie de ces deux chansons », dit Täbï. « Lorsque que je suis allée en studio pour Outta Sight, c’était une journée boff… J’ai fait du freestyle, on a ouvert le micro, j’ai fermé mes yeux et chanté sur deux ou trois refrains, et je suis repartie en me disant que ce n’était pas une journée concluante. Deux ou trois jours plus tard, Max m’appelle, super enthousiaste, il m’a fait écouter la chanson et il avait créé tout un univers autour. La pièce me faisait un peu penser à une forêt enchantée. Idem pour My World, qui a son univers bien à elle. »
Alors qu’elle relate la douleur qu’on peut ressentir dans une relation où il est impossible de trouver sa place, Outta Sight rappellera d’ailleurs, avec grande efficacité, le timbre de voix envoûtant d’une certaine Amy Winehouse. « J’ai grandi avec Amy Winehouse », raconte la chanteuse. « C’est drôle parce qu’à 16-17 ans, lorsque je prenais des cours de chant, ma professeure m’a dit d’apprendre la chanson Back to Black. J’ai chanté ça, et elle m’a dit « toi, c’est du soul que tu dois faire! » C’est comme ça que j’ai vraiment commencé à faire du soul, plus que de la pop. »
L’aventure Quel talent!
Si les trois dernières années ont été mouvementées d’un point de vue relationnel, elles ont été aussi chargées d’émotions de toutes sortes, notamment avec le prix Révélation musicale de l’année au Gala Dynastie en 2024, ainsi qu’avec une participation à l’émission Quel talent!. Un concours qui a rapidement rejoint les aspirations de jeunesse de Täbi, qui rêvait d’être chanteuse depuis qu’elle était enfant. « C’était difficile émotionnellement, parce que c’était mon rêve de petite fille. Je me revois chez mes parents en train d’écouter American Idol et à chacune des pauses, prendre ma brosse à cheveux et chanter comme si j’étais devant les juges. Après, ça a été un long cheminement. Je n’arrivais pas à croire que j’étais là! Ce n’était pas la femme que je suis devenue qui y était, mais l’enfant qui a toujours eu ce rêve. Au même moment où j’étais en tournée et que j’étais en contrôle sur scène, là, j’arrivais à Quel talent!, et j’avais les jambes qui claquaient pendant mes deux minutes de prestation! »
« Personnellement, ça m’a amené beaucoup de choses », ajoute Täbï. « Je pense à un moment lorsque Serge [Denoncourt] m’a dit que j’arrivais sur scène comme une petite fille. Il a mis des mots sur ce que je ressentais, mais aussi sur ce que je n’arrivais pas à saisir comme émotion. C’est là que j’ai compris que sur scène, à ce moment, c’était la petite fille qui était là, celle qui était gênée et plus craintive. J’ai bâti ma confiance à travers les années. Je n’ai pas toujours été comme je suis aujourd’hui. Même encore, parfois, je trouve que je suis trop timide, même si les gens autour de moi diraient le contraire! »
Alors que cette expérience l’aura fait grandir à plusieurs niveaux, elle l’aura aussi révélée au grand public, qui a trouvé réconfort dans la voix feutrée et puissante de l’artiste. « C’est vraiment pour guérir les gens que je fais ça. Oui, il y a la reconnaissance et tout ce qui vient autour, et si ça vient avec, je vais être heureuse, mais de base, quand je chante et que les gens me remercient en me disant qu’ils se sentent mieux, ou que ma musique a changé quelque chose dans leur vie, ça me rappelle pourquoi je fais ce métier et pas pour autre chose. »
Le mini-album Pink Moon de Täbï Yösha est disponible dès maintenant sous l’étiquette Bonsound, sur toutes les plateformes d’écoute numériques.

Crédit photo de couverture : Vladim Vilain