Frères : nuances de masculinité

Frères : nuances de masculinité, Boucle Magazine

J’ai eu la chance, le 23 avril dernier, d’assister à la pièce Frères de Nathalie Doummar chez Duceppe. Après le grand succès de Mama, qui s’intéressait aux femmes d’une famille égypto-québécoise, cette nouvelle création se tourne vers un groupe d’hommes. Une pièce qui, bien qu’elle aborde des sujets sérieux, demeure très accessible, divertissante et drôle.

Réunion familiale à Cacouna

Un père, ses deux fils, des oncles, cousins et beaux-frères se retrouvent dans un chalet du Bas-du-Fleuve le temps d’un week-end. Ils en profitent pour festoyer, fumer des cigares, mais surtout, pour se dire les « vraies affaires ». Ce clan d’hommes de 20 à 65 ans, aux idéologies variées, nous entraîne pendant près de deux heures dans leur univers. Les personnages sont attachants ou détestables, parfois les deux à la fois, mais toujours crédibles.

Frères : nuances de masculinité, Boucle Magazine
Crédit : Danny Taillon

Le patriarche, joué par Manuel Tadros, est drôle et sensible sous sa carapace. Ses deux fils, Pat (Neil Elias) et Ralph (Antoine Yares), incarnent des rapports très différents à la masculinité. Pat adhère à une vision très macho, flirtant dangereusement avec le masculinisme, tandis que Ralph, ébranlé par une confrontation avec sa copine autour du consentement, amorce une remise en question. Leur cousin Joseph (Nour Shoukry), lui, apporte une forme de douceur et de bienveillance qui contraste avec les tensions du groupe.

Leur oncle, psychiatre, joué par Ariel Ifergan, est, disons-le, assez effrayant, et semble exercer une certaine influence sur Pat. L’oncle Bob, brillamment interprété par Paul Ahmarani, est un chrétien conservateur, mais demeure malgré tout attachant.

Frères : nuances de masculinité, Boucle Magazine
Crédit photo : Danny Taillon

S’ajoutent enfin deux autres personnages. Bassam, l’ex-mari d’une cousine, reste proche de la famille malgré le divorce. Il apporte souvent une forme de recul, des idées plus à gauche et incarne une masculinité plus posée, sans être exempt de contradictions. Il y a aussi Julien (Jean-René Moisan), le beau-frère québécois. Tous deux, bien qu’ils fassent partie de la famille, restent légèrement en retrait, ce qui crée une tension intéressante.

Bref, c’est un groupe hétéroclite : ils se confrontent, argumentent, et malgré les frictions, une forme d’amour persiste entre eux, même à travers les différences d’opinions.

Mise en scène et scénographie

Frères : nuances de masculinité, Boucle Magazine
Crédit : Danny Taillon

Ce qui frappe le plus, en plus d’un texte très solide, c’est la mise en scène de Nathalie Doummar et Jean-Simon Traversy, ainsi que leur direction d’acteurs, d’une grande précision. On ne décroche pas une seule seconde. La scénographie de Xavier Mary est efficace : la structure en bois évoque à la fois le chalet et une forme de chapelle, et les éléments de décor, comme le spa ou la balançoire, sont bien exploités et nourrissent le comique. Les éclairages, signés Leticia Hamaoui, sont magnifiques et enveloppent avec justesse les scènes de jour comme de nuit.

Il faut aussi souligner la présence d’Étienne Coppée au piano, toujours de dos, qui ponctue la pièce d’interludes musicaux enveloppants et tout simplement magnifiques.

Frères : nuances de masculinité, Boucle Magazine
Crédit photo : Danny Taillon

Bref, la pièce est une réussite et les rires fusaient partout dans la salle chez Duceppe. Qui plus est, elle ouvre aussi sur une réflexion autour de la famille, des relations, de la masculinité et d’autres enjeux résolument contemporains.

Frères est présentée chez Duceppe jusqu’au 16 mai prochain. Il reste encore des billets, profitez-en. C’est une sortie au théâtre accessible, sensible et divertissante. Pour y aller, c’est par ici!

Crédit photo de couverture : Danny Taillon

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Catherine Fournier

Étudiante à la maîtrise en théâtre, Catherine est une passionnée de tout ce qui touche à la culture. Son passe-temps préféré? Lire dans son lit, une bougie allumée pendant que son chat Clémentine dort à côté.

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