Printemps en pages : 3 livres pour sortir de l’hibernation

Printemps en pages : trois livres pour sortir de l'hibernation

Le printemps a ce talent un peu arrogant de nous faire croire que tout recommence. Bonne nouvelle : pas besoin de révolutionner sa vie au complet pour sentir un petit vent de renouveau. Parfois, un bon livre suffit à faire fondre les dernières plaques de glace intérieure.

Voici donc trois nouveautés printanières qui méritent qu’on s’y attarde — chacune à sa manière, chacune avec son humeur propre, un peu comme les journées d’avril, capables de tout dans le même après-midi.

Jehane Benoit, Megan Durnford et Stéphane Lemardelé – Les Éditions La Presse

Réinventer une légende en bulles

Printemps en pages : trois livres pour sortir de l'hibernation, Boucle Magazine

Avec la bande dessinée consacrée à Jehane Benoit, on entre dans une cuisine où le passé ne sent pas la naphtaline. Figure mythique de la gastronomie québécoise, souvent résumée à son image de « madame cuisine », elle reprend ici du relief : une femme pour qui la cuisine était une aventure, et qui a passé sa vie à y inviter d’autres femmes.

La BD, créée par la documentariste Megan Durnford et l’illustrateur Stéphane Lemardelé, revisite le personnage avec une liberté narrative qui donne envie de s’attarder à chaque case — ses contradictions, ses élans, ses angles morts. Le dessin dialogue avec des photos d’archives, des citations et des témoignages d’époque, ce qui donne l’impression de feuilleter à la fois une BD et un album de mémoire. Le passé n’est pas seulement raconté, il est montré.

Pour toute une génération, Jehane Benoit était déjà là, quelque part dans la cuisine familiale. Ce livre permet enfin de mettre une femme derrière cette présence.

Les méchants meurent toujours à la fin, Hugo Meunier – Stanké

Les vilains, les vrais

Printemps en pages : trois livres pour sortir de l'hibernation, Boucle Magazine

Un Canadien coincé à Berlin. Les frontières qui se referment, les vols qui deviennent incertains. Avec Les méchants meurent toujours à la fin, Hugo Meunier prend cette prémisse très concrète et en fait une fin du monde — avec une idée qui s’impose d’elle-même : si tout s’écroule, on ne veut pas vivre ça seul, à l’autre bout du monde.

Puis une rumeur commence à circuler. Le virus ne frapperait pas au hasard. Il tuerait les « méchants ». À partir de là, tout déraille — et franchement, on le laisse faire avec plaisir.

Ce n’est plus seulement une question de survie, c’est une question de jugement. Qui décide? Sur quels critères? Et surtout… dans quel camp on se retrouve? Le roman pousse cette idée jusqu’au bout, entre humour, absurde et clins d’œil à la culture populaire. Sous le délire, une question persiste : si un virus décidait qui mérite de vivre, est-ce qu’on voudrait vraiment connaître le verdict?

C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien – Éditions du Boréal

Derrière les faits divers, des vies

Printemps en pages : trois livres pour sortir de l'hibernation, Boucle Magazine

Jonas Dorléon fuit Haïti les mains presque vides : un diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère… et un sac de plastique pour contenir ce qu’il reste de sa vie. D’abord réfugié en République dominicaine, il espère que le chaos s’essouffle. Évidemment, non. Alors il repart.

Le livre de Thélyson Orélien suit ce long déplacement à travers les Amériques, du Brésil jusqu’à la frontière des États-Unis. Jonas avance en autobus, à pied, dans la chaleur, dans la peur, parfois au cœur de la jungle, entouré d’autres migrants qui disparaissent en chemin. Arrivé aux États-Unis, il se heurte à une autre forme de violence, plus administrative, plus froide. Le Canada devient une promesse fragile, presque mythique, accessible par le chemin Roxham.

Orélien donne un visage, un cœur, une voix à ces histoires qu’on réduit trop souvent à des images rapides au téléjournal. Derrière le mot « migrant », il y a Jonas. Il y a son corps, ses peurs, ses pertes, et une volonté de survivre qui ne tient parfois qu’à très peu. Un livre qui oblige à ralentir et à regarder des réalités qu’on préférerait tenir à distance.

Lire, comme ouvrir une fenêtre

Trois livres, trois façons de voir le monde autrement — qu’on soit attablé sur une terrasse enfin déneigée ou encore coincé dedans à attendre que le thermomètre se décide. La cuisine de Jehane, l’apocalypse absurde de Meunier, le courage de Jonas : il y en a pour tous les après-midis d’avril, même ceux qui ne savent pas trop sur quel pied danser.

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