Le 4 mars dernier, c’était la première médiatique de Nomme-moé à ESPACE GO, et aussi ma première fois dans ce grand théâtre. Nomme-moé est une création d’Élisabeth Sirois mise en scène par Olivier Morin. Le spectacle est coproduit par Myriam Fournier et Élisabeth Sirois, ainsi que par le Théâtre de l’Opsis, en collaboration avec Espace Go.
Être femme, comme on l’entend
Eve (Élisabeth Sirois) et Chloé (Myriam Fournier) sont deux meilleures amies. En se promenant dans la rue, un accident survient. Pour se remettre de leurs émotions, les deux amies commencent une partie de Nomme-moé, un jeu dans lequel on demande à l’autre de nommer X quelque chose. Par exemple : cinq autrices québécoises. Un jeu un peu inoffensif, mais où les dérapages ne sont jamais bien loin.
Elles se font interrompre par Érica (Sharon James), une maquilleuse qui vient leur proposer un tutoriel maquillage. Malgré la réticence d’Eve, elle finit par se laisser embarquer dans l’idée de sa meilleure amie. On les suit alors dans cette aventure loufoque, où les échanges deviennent de plus en plus absurdes, jusqu’à la fin inévitable où elles devront prendre la décision la plus importante de toute leur vie.

Nomme-moé, c’est une pièce définitivement drôle, qui n’a pas peur de déranger. On a affaire à deux femmes qui ont du caractère (surtout Eve), qui sacrent et qui disent ce qu’elles pensent. Leur dynamique repose beaucoup sur une amitié franche et directe, parfois confrontante, mais toujours très vivante. C’est vraiment rafraîchissant de voir ce modèle de féminité au théâtre. Tout n’est pas dentelle et subtilité : c’est plutôt l’inverse.
Le texte est cru et fait rire. Les répliques s’enchaînent rapidement et l’humour repose souvent sur l’exagération et l’absurde. Derrière ces dialogues loufoques se cache toutefois toute une réflexion sur les diktats féminins (le maquillage, les talons hauts, etc.) et sur le patriarcat qui les sous-tend, mais aussi, et surtout, une belle démonstration de l’amitié au féminin. Les deux amies critiquent, questionnent et parlent sans filtre. On entre réellement dans leur univers, dans leur amitié et leurs réflexions.
Mise en scène et interprétation

La scénographie est assez simple : on retrouve une longue plateforme en angle sur laquelle toute la pièce se joue. On en vient même à se demander si les personnages peuvent en sortir, et c’est la fin qui nous donnera la réponse. Les costumes sont efficaces et les éclairages permettent aussi de bien découper l’univers et les différents moments du spectacle.
L’utilisation de la caméra en direct est également très pertinente. Elle met l’accent sur certaines expressions faciales qu’on ne perçoit pas aussi bien lorsqu’on est plus loin dans la salle et vient souligner certaines critiques clés du texte. Malgré le petit décalage entre le réel et la projection, ça fonctionne très bien et ajoute même une couche intéressante à la proposition scénique. L’ambiance sonore est aussi très réussie et vient soutenir le propos avec justesse, accompagnant les moments plus absurdes comme les passages plus tendus.

L’interprétation des trois comédiennes est superbe. Myriam Fournier et Élisabeth Sirois ont une complicité frappante sur scène, ce qui rend leurs échanges particulièrement vivants et crédibles. Leur rythme comique est bien maîtrisé et les répliques tombent juste. Sharon James est la cerise sur le sundae : son arrivée vient changer toute la dynamique et apporte une dimension nouvelle à la pièce.
C’est une œuvre qui joue avec les limites, portée par un humour grinçant comme on l’aime. Derrière les éclats de rire, il y a aussi une réflexion bien sentie sur les attentes imposées aux femmes et sur la pression de certains modèles. C’est la première longue pièce d’Élisabeth Sirois et j’espère sincèrement que ce n’est que le début.
Drôle, grinçante et sans filtre, Nomme-moé est une pièce qui fait du bien à voir. Un vent de fraîcheur sur la scène théâtrale, à découvrir à ESPACE GO jusqu’au 21 mars. Pour des billets, c’est par ici.
Crédit photo de couverture : Marie-André Lemire