J’ai eu le plaisir d’assister à la première médiatique de la pièce À partir de là, présentée à La Petite Licorne. Ce texte de l’auteur catalan Joan Yago, dans une traduction de Maryse Warda, raconte le voyage nocturne d’un adolescent qui part dire un dernier au revoir à son père. Ce solo, porté par Félix-Antoine Bénard et mis en scène par Maxime Denommée, est présenté avec sobriété, mais la magie du théâtre opère pleinement.
Adolescence et mortalité
Dès le début, on retrouve l’adolescent Éric, seul sur son divan. Il est 22 h et quelques minutes. Il semble fatigué, déprimé. Soudain, il reçoit un texto de son frère : « Si tu veux voir p’pa avant qu’il meure, tu dois venir maintenant. » On apprend alors que le père d’Éric combat un cancer depuis dix ans et qu’il est désormais sur ses dernières heures.

On suit Éric dans la nuit, sur le chemin qui mène à l’hôpital. Il nous entraîne à l’arrêt d’autobus, où se trouvent un petit garçon déguisé en pingouin et sa mère; dans l’autobus, où il croise des amis qui se rendent à la fête d’une amie commune; dans les recoins de la ville, dans un taxi… Bref, il nous fait partager son chemin, autant physique que mental, pour aller dire au revoir à son père. On passe rapidement du rire aux pleurs dans cette pièce qui traite surtout de deuil, d’adolescence et d’espoir. Malgré le thème qui semble un peu sombre, À partir de là reste une pièce lumineuse. Le rythme est rapide et entrainant, on ne sent pas le temps passer.
Une solide performance
Maxime Denommée signe ici une mise en scène qui place toute sa confiance en l’acteur, et à juste titre. La scène est dépouillée : une ampoule au centre, quelques néons et autres dispositifs d’éclairage suffisent, et cela fonctionne parfaitement. Ce minimalisme met pleinement en valeur le jeu de l’acteur et permet de concentrer toute l’attention sur l’émotion et le parcours du personnage.

Pendant 1 h 20, Félix-Antoine Bénard est impressionnant. Il incarne avec sensibilité et nuance cet adolescent contraint de perdre sa naïveté face à la mort imminente de son père. Après l’avoir vu dans Après t’avoir bordé tendrement, je meurs, j’avais déjà été frappée par sa justesse, mais cette fois, j’en suis sortie complètement happée par son intensité et sa présence scénique.
Bien que ce soit un solo, il est aussi amené à incarner, momentanément, d’autres personnages : ses amis dans l’autobus, le chauffeur de taxi, et même son père mourant. Chaque personnage est distinct, tout en restant intégré au fil de l’histoire. Tout fonctionne à merveille : le rythme, les émotions et la tension dramatique. On ne décroche pas une seconde. C’est une pièce profondément touchante, où l’âge de l’immortalité rencontre le deuil.
À partir de là, présenté à La Petite Licorne jusqu’au 10 avril, est un solo intense qui vous emporte et ne vous lâche plus. Pour des billets, c’est par ici.
Crédit photo de couverture : Suzane O’Neill