Le 31 janvier dernier, en fin d’après-midi, j’ai assisté à une représentation à guichets fermés de Changer de vie de Catherine Léger, une pièce mise en scène par Philippe Lambert qu’on peut voir ces jours-ci dans la grande salle du Théâtre La Licorne.
Une histoire dans l’air du temps
Ce nouvel opus de Catherine Léger est résolument ancré dans le présent. Effectivement, la pièce prend appui sur l’ascension rapide de l’intelligence artificielle dans nos vies et sur la place qu’elle occupe désormais dans nos décisions quotidiennes. Dans cette comédie assumée, on rencontre Christian (Steve Laplante) et Nathalie (Isabelle Brouillette), un couple un peu blasé. Nathalie occupe un emploi très payant qui permet à son mari de se consacrer à sa passion, essayer de produire des films profonds et importants.
Une nuit, à 4 h du matin, ça sonne à la porte. C’est Jasmine (Marilyn Castonguay), une vague connaissance de Nathalie, qui a vu sa publication Facebook affirmant que la porte est toujours ouverte chez elle. Jasmine lui explique qu’elle est suicidaire et le couple l’accueille chez eux. Sa présence devient un catalyseur de changements et de remises en question chez les deux partenaires, venant bousculer leurs certitudes et leurs habitudes.

Nathalie, à la suite d’une discussion avec Jasmine sur ChatGPT, au cours de laquelle cette dernière lui explique qu’elle l’utilise pour prendre toutes ses décisions, adopte l’outil sans réserve. Christian, quant à lui, se montre plus déterminé que jamais à produire un film extraordinaire, comme si cette intrusion dans leur quotidien ravivait son sentiment d’urgence créative. Le chemin de Nathalie croisera également celui de Marco (Hubert Proulx), un vieil ami de Jasmine, dont la présence accentuera son désir de transformation et son questionnement sur le sens qu’elle donne à sa vie.

Bref, entre connexions humaines et artificielles, il s’agit d’une histoire qui questionne nos rapports sociaux, notre quête de sens, le vide qui peut s’installer dans le confort, ainsi que notre rapport à la technologie et à la délégation de nos choix les plus intimes. J’ai passé un bon moment, j’ai rigolé à certains moments, mais j’aurais parfois voulu que les thématiques soient plus poussées et questionnées. Ce n’est pas une pièce qui réinvente la roue, mais cela demeure une création qui vaut la peine d’être vue, notamment grâce à la qualité des interprètes, qui sont excellents, et aussi parce qu’il devient de plus en plus rare d’avoir accès à de véritables comédies sur scène.
Une mise en scène simple et un jeu remarquable
La mise en scène est simple, mais très efficace. Un long néon entoure la scène et permet d’éclairer certaines parties de celle-ci tout en découpant l’espace. On retrouve autrement un sofa à gauche et un fauteuil accompagné d’une lampe à droite. À gauche, la maison du couple ; à droite, celle de Jasmine. J’ai bien aimé ce jeu avec l’espace et cette lisibilité scénographique. J’ai un peu moins apprécié les transitions musicales, qui me rappelaient beaucoup les pièces à sketches, mais elles s’accordaient tout de même avec le ton général de la proposition.

Ce qui brille le plus dans cette pièce, par contre, ce sont les interprètes et leur jeu. Isabelle Brouillette, qui fait son grand retour sur scène, est juste et on sent le plaisir de jouer dans sa performance. Elle est solide dans ce rôle décalé et nous fait rire à plusieurs moments. Steve Laplante, dans le rôle de son mari, est fidèle à lui-même et excelle à incarner ce conjoint un peu dépassé, rêveur et légèrement à côté de la plaque. C’est aussi un grand plaisir pour moi de voir Marilyn Castonguay sur scène pour la première fois ; elle est drôle et joue parfaitement ce personnage de jeune femme déprimée, pas tant que ça, et un peu déphasée. Finalement, Hubert Proulx, dans son rôle d’homme qui n’a jamais vraiment vieilli, est également très juste.
Bref, même si le texte ne m’a pas happée autant que je l’aurais voulu, la performance de la distribution m’a fait passer un très bon moment et je vous le conseille grandement.
Changer de vie est présenté jusqu’au 7 mars 2026 à La Licorne et sera de retour pour de nouvelles représentations du 1er au 17 septembre prochain. Les billets partent vite, donc ne perdez pas de temps. Pour vous procurer des billets, c’est par ici.
Crédit photo de couverture : Suzane O’Neill