Camera Obscura : un solo au féminin

Camera Obscura : un solo au féminin, Boucle Magazine

Le 21 janvier, j’ai eu le plaisir d’assister à la première médiatique de Camera Obscura, pièce de Rachel Graton jouée par elle-même et mise en scène par Alexia Bürger. Il s’agissait du troisième solo auquel j’assiste cette saison et, une fois de plus, ce fut un moment de théâtre inoubliable.

Un texte touchant, trois femmes, une seule voix

Seule en scène, Rachel Graton incarne Esther, Nathalie et Rita d’un seul souffle. Bien que la pièce adopte principalement le point de vue d’Esther, 13 ans, l’interprète donne également corps aux deux autres femmes qui gravitent autour d’elle : sa mère, Nathalie, et sa grand-mère, Rita, qui entre soudainement dans sa vie à la suite de la mort de son mari ainsi qu’à d’autres personnages secondaires.

Esther fait son entrée au secondaire. Elle se sent différente. Elle habite seule avec sa mère monoparentale dans un appartement situé à côté de la track. Nathalie partage son temps entre le deli et un bar où elle chante. Elle rêve d’être chanteuse, d’être aimée et reconnue pour ce qu’elle est. Rita, quant à elle, est une femme âgée, très excentrique. Elle collectionne les bouddhas et les statuettes chinoises, boit, et entend des voix. C’est donc les histoires de ces trois femmes qui s’entremêlent à un moment charnière : l’entrée d’Esther au secondaire et l’arrivée soudaine de Rita dans leur quotidien.

Camera Obscura : un solo au féminin, Boucle Magazine
Crédit photo : Valérie Remise

On pourrait qualifier cette histoire d’ordinaire, mais, dans ce trio de femmes on retrouve la résilience, la différence et une envie féroce de vivre selon leurs propres termes. Le texte est à la fois poétique et profondément ancré dans le réel, très juste et parfois étonnamment drôle. J’avais une crainte face à une seule voix qui porterait l’ensemble du texte, mais tout est finalement d’une grande clarté : on comprend toujours qui parle, qui existe à travers le corps de l’interprète.

C’est un texte qui pourrait être joué seule, à trois, ou même par davantage d’interprètes, et c’est entre autres là que réside sa force. Cette pièce est un hommage aux femmes, à ce que l’on est et à ce que l’on transmet sans toujours le savoir. Une pièce qui touche, et qui frappe.

Une mise en scène simple et juste et un jeu exceptionnel

Tout est dans le titre. Rachel Graton est absolument époustouflante dans cette œuvre de 1 h 20. Elle reste seule sur scène du début à la fin et porte, avec une grande nuance et une profonde sensibilité, le texte qu’elle a elle-même écrit. C’était la première fois que j’avais la chance de la voir sur scène, et j’ai été complètement captivée par sa prestation. Elle jongle habilement avec une vaste palette d’émotions, la joie, la tristesse, la peur, la colère, et nous fait souvent rire.

La prestation est d’ailleurs soutenue par une mise en scène d’une grande justesse. On se retrouve dans une boîte noire où l’espace est principalement découpé par la lumière. En effet, chapeau au travail d’éclairage de Martin Labrecque. À l’aide de noirs ponctuels, la comédienne se déplace et semble, du point de vue du public, disparaître pour réapparaître ailleurs. Les effets sont magnifiques et renforcent la fluidité du récit.

Camera Obscura : un solo au féminin, Boucle Magazine
Crédit photo : Valérie Remise

Il n’y a pas d’éléments de décor avec lesquels l’interprète interagit directement, mais certains apparaissent à l’arrière-scène et viennent enrichir l’univers dans lequel le texte nous entraîne. Je pense notamment au grand fauteuil surélevé ou encore à l’énorme tête de Bouddha. L’environnement sonore de Philippe Brault joue également un grand rôle dans l’immersion de la pièce. Bref, il s’agit d’une mise en scène qui réussit, avec une simplicité désarmante, à créer un univers fort et évocateur.

Courez acheter des billets, c’est une pièce que vous ne voulez pas manquer. Camera Obscura est présentée jusqu’au 14 février à la salle Michelle-Rossignol du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Pour des billets, c’est par ici.

Bon théâtre!

Crédit photo de couverture : Valérie Remise

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Catherine Fournier

Étudiante à la maîtrise en théâtre, Catherine est une passionnée de tout ce qui touche à la culture. Son passe-temps préféré? Lire dans son lit, une bougie allumée pendant que son chat Clémentine dort à côté.

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