Glissant glissant : la quête absurde du sens de la vie

Glissant glissant : la quête absurde du sens de la vie, Boucle Magazine

Le 18 mars dernier, j’ai eu la chance d’assister à Glissant glissant, troisième opus de la « trilogie du Glissant » créée par le Théâtre La moindre des choses. Présentée dans la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, la pièce propose de suivre une troupe d’acteurs à la recherche du sens de la vie. La frontière entre le réel et la fiction devient alors un véritable terrain de jeu.

Un tien vaut mieux que deux tu l’auras?

En entrant dans la salle, on est immédiatement accueilli·e·s par les interprètes, qui nous jasent un peu, nous aident à trouver notre place et nous remercient d’être venu·e·s. Cet accueil met déjà la table à ce que nous allons vivre pendant l’heure quarante-cinq qui suit. D’emblée, le quatrième mur est démoli, ou du moins constamment mis à l’épreuve, et le spectacle joue avec cette porosité tout au long de la représentation. Les personnages portent d’ailleurs les mêmes noms que les interprètes et semblent, par moments, se rapprocher de leur propre personne, brouillant les frontières entre fiction et réalité.

Dès le début, les mots sont dits. Le Théâtre La moindre des choses n’a reçu aucune subvention pour les trois pièces de la trilogie du Glissant. Les acteur·rice·s sont payé·e·s au salaire minimum pendant les répétitions et à moins de 100 $ par représentation. C’est donc 45 000 $ de subventions qui n’ont pas été accordés à la compagnie. Plutôt que d’annuler, l’équipe a choisi de transformer cette frustration en moteur de création, en utilisant ce manque de financement comme véritable outil dramaturgique. Il en résulte une pièce à la fois extrêmement divertissante et drôle, mais aussi profondément politique, qui dénonce avec lucidité l’état actuel du milieu culturel.

Glissant glissant : la quête absurde du sens de la vie, Boucle Magazine
Crédit photo: Maryse Boyce

C’est un moment de communion auquel le public assiste, un espace où le théâtre apparaît dans ce qu’il a de plus humain. Le manque de financement se traduit aussi par des coupures dans le décor, les costumes et la scénographie en général, mais loin d’appauvrir la proposition. Cela ouvre plutôt un espace de jeu assumé, où ces absences sont nommées, exposées, et même détournées. Il en émerge une forme théâtrale où les interprètes occupent pleinement le centre, portant la pièce avec une présence et une sincérité qui renforcent encore davantage le lien avec le public.

Une gang qui joue

Pour s’entourer, Cédrik Lapratte-Roy (à la mise en scène) et François Ruel-Côté (à l’écriture du texte) ont choisi des interprètes capables d’entrer pleinement dans le jeu avec eux. Loin d’être cynique, la pièce joue avec l’imperfection humaine avec beaucoup de finesse et de liberté. Les acteur·rice·s sont justes et nous font réellement rire, sans jamais forcer l’effet.

Entouré·e·s de Laurence Laprise, Anne-Marie Binette, Simon Beaulé-Brulman, Olivier Morin et Félix Chabot-Fontaine, le duo du Théâtre La moindre des choses parvient à créer un spectacle à la fois extrêmement humain et profondément absurde, qui interroge le sens de la vie sans jamais se prendre trop au sérieux. La proposition est foisonnante, presque débordante. Il y a de la danse, une lecture de manifeste, une grossesse, une IA qui prend un peu trop de place, une overdose, de la quasi-nudité, une peine d’amour. Bref, c’est une pièce dense, qui assume pleinement le désordre et en fait même un moteur de jeu.

Glissant glissant : la quête absurde du sens de la vie, Boucle Magazine
Crédit photo: Maryse Boyce

Cédrik Lapratte-Roy, depuis la régie, participe lui aussi à la représentation, ajoutant une couche supplémentaire à ce brouillage des rôles et des espaces. Cette présence contribue à renforcer l’impression d’un théâtre en train de se faire, sous nos yeux, dans toute sa fragilité et son imprévisibilité.

Au final, Glissant glissant est une pièce qui déborde. D’idées, de colère, d’humour, de vie. Une pièce qui aurait pu ne pas exister, faute de moyens, mais qui trouve justement sa force dans ce manque, dans cette contrainte transformée en élan. Ce qu’on voit sur scène, ce n’est pas seulement un spectacle, c’est un geste. Un geste de résistance, mais aussi un geste profondément ludique, qui refuse de céder au cynisme.

On en ressort avec l’impression d’avoir assisté à quelque chose de fragile, d’imparfait, mais de nécessaire. Un théâtre qui ne cherche pas à se lisser, qui expose ses coutures, ses limites, et qui, ce faisant, nous rappelle pourquoi on y revient. Parce qu’au fond, malgré tout, il y a encore une gang qui choisit de se rassembler, de créer, et de nous parler, ici et maintenant.

Glissant glissant est présentée à la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 2 avril. Faites vite, presque toutes les représentations sont complètes!

Pour les infos, c’est par ici.

Crédit photo de couverture : Maryse Boyce

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Catherine Fournier

Étudiante à la maîtrise en théâtre, Catherine est une passionnée de tout ce qui touche à la culture. Son passe-temps préféré? Lire dans son lit, une bougie allumée pendant que son chat Clémentine dort à côté.

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