Le diptyque du fleuve, présenté à Espace Libre jusqu’au 7 février 2026, est une pièce en deux temps, qui mêle histoire et présent. Si l’on se fie à la définition d’un diptyque, on parle d’une œuvre en deux parties séparées, mais indissociables. C’est ce qu’on peut voir dans cette pièce, mettant en parallèle un moment clé de l’histoire du Québec (la Conquête) avec un moment contemporain. Ces deux parties distinctes nous permettent de prendre conscience de la manière dont certaines logiques de pouvoir et de rapport au territoire se répètent à travers le temps. Par un texte et une mise en scène de Sébastien Dodge, la pièce interroge la mémoire collective, la continuité des structures de pouvoir et notre façon d’habiter le territoire.

La première partie de la pièce se déroule donc en 1759 et revisite la chute de la Nouvelle-France, lors de la bataille des Plaines d’Abraham. On y retrouve les célèbres Montcalm, Montbeillard, Ramezay, Vaudreuil et Lévis. Par de rapides dialogues, cet acte met d’abord en lumière la forte connaissance du territoire à l’époque, mais aussi la perte de contrôle sur celui-ci. On assiste à la défaite d’un peuple.
La deuxième partie nous ramène au présent en suivant un jeune homme qui tente de se réapproprier la nature et de bâtir un mode de vie alternatif en s’installant en campagne. Avec l’aide de son père, il tente d’y aménager un refuge, mais se heurte rapidement à des obstacles sociaux, environnementaux et idéologiques qui rappellent étrangement les dynamiques sociales et politiques du passé. Cette partie illustre la répétition de certaines dynamiques coloniales dans nos sociétés contemporaines.
Raconter en toute simplicité
Ici, le récit est mis de l’avant. Avec pour seul élément de décor un mur en lattes, la scénographie épurée va de pair avec une mise en scène minimaliste. Le seul élément scénique particulier est le projecteur circulaire en arrière-scène, qui bouge de manière imperceptible tout au long de la pièce. Tel un soleil qui se lève et se couche, on constate qu’il rythme la durée de l’œuvre.

Aucun autre objet n’est intégré à la pièce et seuls les comédiens et comédiennes nous font comprendre les actions par quelques sons et mimes. On peut y voir, par exemple, Patrice Dubois qui imite le son d’une voiture, Laurence Latraille qui interprète un chien et Jean-Moïse Martin qui mime une terrible chute. Cette simplicité m’a particulièrement plu, ajoutant un ton humoristique intéressant à la pièce. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le jeu des huit interprètes qui donne le ton à la satire. On peut y voir Olivier Aubin, Jean-François Casabonne, Patrice Dubois, Myriam Fournier, Hugo Giroux, Laurence Latreille, Jean-Moïse Martin et Rebecca Vachon.
Un manque de nuances?

J’ai personnellement préféré la seconde partie, dont le rythme était déjà plus nuancé. La première partie est, selon moi, répétitive. Nous assistons à des débats, des discussions et des décisions militaires, entrecoupés par des transitions saccadées. Effectivement, nous passons rapidement d’un moment à un autre par une simple fermeture et ouverture de lumière, puis l’intonation des comédiens et des comédiennes reste la même. J’ai trouvé qu’il manquait de nuances dans le ton des personnages, qui criaient sans cesse, ce qui rendait l’histoire difficile à suivre. Oui la panique et le chaos se font ressentir, mais au détriment du texte et du récit.
La présence constante de la musique composée par Mathieu David Gagnon, alias Flore Laurentienne, fut par contre appréciée, puisqu’envoûtante.
Vous avez jusqu’au 7 février pour y voir cette production du PàP au théâtre Espace Libre. Pour les billets, c’est par ici!
Crédit photo de couverture : Marlène Gélineau Payette