Le 22 janvier dernier, j’ai assisté à la première médiatique de Boîte noire chez Duceppe. Cette pièce de science-fiction dystopique de Catherine-Anne Toupin, mise en scène par Justin Laramée, ne peut laisser personne indifférent.
Et si l’IA pouvait changer qui nous sommes?
Nous sommes en 2050. La Boîte est une nouvelle technologie créée par Eliza Williams à Silicon Valley. Elle permet aux gens de se débarrasser de leurs réflexes conditionnés par leur parcours de vie et leurs traumatismes. La Boîte promet d’améliorer les individus et de les rendre plus performants en leur permettant de toujours faire les bons choix dans le présent. Le rêve? Oui et non. Tout au long de la pièce, on découvre les failles de ce projet révolutionnaire propulsé par l’intelligence artificielle. Je n’en dirai pas trop, mais il semble que la Boîte ait de la difficulté avec la temporalité.
En plus de l’univers léché des technologies, on retrouve également ce qui permet, ou plutôt ceux qui permettent, à la Boîte d’exister et de fonctionner. Des personnes d’un peu partout se retrouvent dans un camp de réfugiés à la frontière du pays et rêvent d’y entrer. En attendant, plusieurs d’entre eux, dont Tendaji, Andres et Laïla, travaillent dans le centre de données plusieurs heures par jour, à un salaire ridiculement bas. Bref, la pièce nous entraîne dans un monde pas si loin du réel, dans lequel les inégalités sont à leur plus haut sommet. C’est une pièce très dense en information, peut-être un peu trop, qui, en 1 h 35, nous plonge dans son univers dystopique et nous fait vivre toutes sortes d’émotions.

J’ai beaucoup aimé la pièce en général. J’ai été divertie et engagée, et j’avais envie de voir la suite. Ma seule petite critique est que, parfois, les dialogues semblaient moins naturels et semblaient être là afin de donner de l’information sur la technologie, plutôt que pour faire avancer l’histoire. J’ai l’impression qu’on nous donnait parfois trop les clés de compréhension au lieu de nous faire confiance. Bref, c’est tout de même une pièce très intéressante qui soulève des enjeux importants et surtout, actuels. Elle est clairement dans l’air du temps.
Mise en scène, scénographie et jeu
Je crois que ce qui m’a le plus saisie, c’est la scénographie d’Odile Gamache. C’est gigantesque et futuriste, et franchement impressionnant. Les différents niveaux permettent à la fois de dynamiser la scène, mais aussi de montrer simultanément différents moments et lieux de la pièce. Au centre, il y a la Boîte, en bas, le camp de réfugiés, et dans les airs, sur les côtés, on peut voir certains mouvements dans les cubes qui permettent de voir, ou du moins d’entrevoir, ce qui se passe dans le cerveau de ceux qui entrent dans la Boîte. Cette superposition des espaces crée une lecture claire et riche de l’univers proposé. Les éclairages au néon de Julie Basse sont efficaces et créent des effets visuels très intéressants, accentuant le caractère froid et technologique du dispositif. Bref, la mise en scène de Justin Laramée est réfléchie, cohérente et pleine de sens.

On retrouve plusieurs acteurs sur scène et, à l’exception de quelques accrochages, leur jeu était très convaincant. Celui de Madeleine Sarr, Aimé Shukuru et Victor Andres Trelles Turgeon, dans les rôles des réfugiés, se démarque particulièrement. Ils sont justes, touchants et donnent une réelle humanité à ces personnages pris dans un système qui les dépasse. J’ai aussi bien aimé le jeu excentrique de Catherine-Anne Toupin, de même que celui de Vincent-Guillaume Otis dans le rôle de son frère, qui garde un peu mieux les pieds sur terre. Il s’agit d’un jeu persuasif dans l’ensemble, malgré quelques répliques qui dissonaient davantage plutôt en raison de leur contenu que de leur interprétation.
Bref, c’est définitivement une pièce qui a sa place dans le champ théâtral actuel et qui, tout en traitant de sujets sérieux et inquiétants, parvient à divertir et à faire passer un bon moment. Boîte noire est présentée chez Duceppe jusqu’au 22 février prochain. Faites vite, les billets s’envolent rapidement. Pour vous en procurer, c’est par ici.
Crédit photo de couverture : Dany Taillon