Entrevue: le musicien Béluga et l’amour du territoire québécois

Béluga, crédit: Elias Djemil-Matassov

Louis-Solem Pérot nous fais voyager aux bords du Saint-Laurent avec Cette rive, un premier EP sous le nom de Béluga, projet qui prend forme après plusieurs années à évoluer au sein de la scène musicale québécoise. Une aventure solo pour le musicien de Québec qui a d’abord fait ses classes en musique classique dès 4 ans, moment où il a été initié au violon pour ensuite explorer les sonorités du violoncelle, instrument qu’il a d’ailleurs commencé à étudier au Conservatoire de musique de Québec en 2014. Si d’être entouré d’une famille de musiciens classique a influencé son rapport à la musique, c’est notamment avec son groupe L’Aurore et en accompagnant différents artistes qu’il s’intéresse à la musique pop rock et à la chanson, prouvant que le violoncelle pouvait servir à d’autre musique que le classique.

C’est donc en solo, cette fois, que Louis-Solem Pérot prend les commandes pour présenter 5 chansons inspirées du territoire québécois, une sorte d’hommage aux paysages qui nous entoure, un arrêt contemplatif sur ce qu’on oublie parfois d’observer. Quelques jours avant le spectacle de lancement montréalais au Quai des Brumes, on en a profité pour discuter avec lui de ce nouveau projet.

Boucle Magazine: Pour ce premier EP, tu t’es inspiré du territoire québécois, pourrais-tu me parler un peu de l’origine du projet?
Louis-Solem Pérot: Ayant grandi à Montréal, je n’ai pas beaucoup découvert l’Est du Québec et le territoire québécois. Quand on partais les fin de semaines avec ma famille, c’était tout le temps dans Lanaudière, Les Laurentides et L’Estrie, donc tout ce qui est du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, je n’ai pas vraiment connu ça quand j’étais jeune et en fait, c’est en faisant des tournées avec L’Aurore entre autres, que je les aient découvert. Je trouve que quand le fleuve s’ouvre, ça nous permet de nous ouvrir aussi, d’ouvrir nos coeurs. Je trouve vraiment que le fleuve Saint-Laurent au Québec, c’est l’artère principale, tout ce passe autour de ce point énergétique là, j’ai trouvé ça vraiment particulier de ressentir ces émotions de grandiose là.

BM: Le EP est inspiré d’un périple que tu as fais. Est-ce qu’en t’en allant, tu avais déjà en tête de créer des chansons, ou une fois sur place l’inspiration est venu?
LSP: En fait je commençais à songer depuis quelques temps à un jour faire un projet solo parce que je composais un peu et là, la pandémie est arrivée et j’ai perdu mes contrats comme tout le monde, et j’ai eu du temps pour moi. Ça a fait que j’ai eu du temps pour écrire et pour voyager. Je me suis ramassé avec une certaine collection de chansons et à l’automne 2020, j’ai décidé de faire quelque chose. En janvier 2021, je suis allé chez mon ami Philippe Bourque qui a une maison sur l’Île d’Orléans et c’est là qu’on a enregistré ce premier EP.

BM: Tu dis d’ailleurs avoir enregistré tes chansons dans un contexte de détente. Est-ce que c’était important pour toi de garder ça simple?
LSP: Oui, parce que le but premier de ce EP, c’était vraiment de capturer la vibe et le mood de cette semaine là qu’on a eu chez Philippe. On était la première semaine de janvier, on a fait de la raquette sur l’Île d’Orléans, et le soir on se faisait des thés devant un feu de foyer et je pense que dans l’album ça paraît, qu’on était tranquille à boire une tisane (rires). C’était vraiment un très beau moment et aussi, le fait de travailler avec des bons amis à moi, je pense que ça s’entend. Tout le monde a participé à ça avec beaucoup d’amour et le spectacle reflète beaucoup la vibe de l’album parce qu’avec moi, j’ai deux très bons amis sur scène.

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Spectacle de lancement de Béluga à Québec, crédit: Agrume Agrume
Spectacle de lancement de Béluga à Québec, crédit: Agrume Agrume

BM: On sent que c’est un album qui t’a fait du bien et l’ambiance semble très importante pour toi. C’est quelque chose à quoi tu as pensé dès le départ?
LSP: Oui. Je savais que je voulais aller vers le folk et la chanson douce, parce qu’en fait je suis quelqu’un de quand même survolté, et pour moi, c’était l’occasion d’avoir un projet qui me calme. La contemplation et l’appréciation de ce qui nous entoure pour moi c’est quelque chose de très important et je voulais me le rappeler en même temps que de pouvoir le partager aux autres.

BM: Il y a quelque chose de presque visuel aussi dans les chansons. Je pense entre autres à l’intermède instrumental Place Royale. Est-ce que c’est un côté que tu avais envie d’explorer?
LSP: Oui, moi en fait, c’est que cet album-là, c’est une connexion, l’idée de recréer un peu des moments que j’ai vécu, et je veux que les gens qui écoutent ces chansons-là puissent pouvoir sentir les mêmes émotions que lorsque je les aient écrites, elles ont d’ailleurs été presque toutes écrites aux lieux dont je parle. Place Royale, je l’ai composé à la Place Royale à Québec un soir de décembre. D’ailleurs, derrière la mélodie du violoncelle, il y a un bruit de fond. En fait, cette pièce là a été inspiré d’un moment particulier, c’était le 26 décembre 2020 et j’étais parti marché pendant quelques heures à Québec et je me suis ramassé sur la Place Royale. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai vu des centaine de personnes, plusieurs familles, qui fêtait Noël dehors. Ça m’a fait vraiment drôle d’entendre le son d’une foule après plusieurs mois de pandémie. J’ai sorti mon téléphone et j’ai enregistré le son de la foule de la Place Royale. Quelques jours plus tard, je suis allé en studio et j’ai improvisé un solo au violoncelle pendant 15 minutes en repensant à ce moment-là, et on a pris les trois premières minutes, presque intégral, qu’on a collé sur la trame que j’ai enregistré.

BM: On parle d’introspection, notamment dans la chanson « Je suis en route ». Est-ce que ce travail t’a amené à avoir un regard différent sur notre territoire?
LSP: Pour moi, c’est un sentiment qui m’habitait déjà depuis un certain temps, mais c’est certain qu’à force de l’utiliser et de le cultiver comme moteur de création, ce sentiment a juste grandi en moi. Mais, je pense que je parle de ces sujets-là surtout pour inviter les personnes qui écoutent ces chansons à sortir de chez eux et d’aller découvrir les endroits dont je parle et à se laisser toucher par ces places-là.

BM: Qu’est-ce qui s’en vient pour Béluga? Il y a déjà des nouvelles chansons en cours?
LSP: Dans mon spectacle, je présente déjà des nouvelles chansons, pas juste les pièces du EP. En ce moment, je dois avouer que je suis moins dans un élan d’écriture parce que je suis très occupé sur les lancements et sur d’autres projets. Je suis moins en phase d’écriture, mais je m’en vais en résidence pour écrire en janvier pendant trois semaines à Sainte-Rose-du-Nord, c’est un village aussi que j’adore et j’invite d’ailleurs le monde à aller le découvrir!

Le lancement montréalais de Béluga aura lieu ce jeudi 2 décembre au Quai des Brumes avec en première partie Barrdo. Pour tous les détails et billets, rendez-vous sur la page de l’événement. Le EP Cette rive, est disponible depuis le 5 novembre sur toutes les plateformes d’achat et d’écoute numérique.

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Béluga, Cette rive
Béluga, Cette rive

Photo de couverture: Béluga, crédit: Elias Djemil-Matassov

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Karine Gagné

Cheffe de section culture pour Boucle Magazine, Karine évolue dans le domaine culturel à divers titre. À travers sa curiosité musicale constante, elle met de l’avant une ligne éditoriale axée sur la scène locale et la découverte.

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