C’est fatiguant d’aimer

Elle est là, un grand foulard blanc qui cache ses jambes, assise sur ce bord de fenêtre, elle regarde dehors. Le vent souffle les feuilles du grand arbre qui la salue tous les matins. Elle frissonne, de froid, de chagrin, d’un deuil qu’elle essaie de balayer. Balayer. Un peu comme toutes ces feuilles de couleurs qui s’accumulent sur le plancher de gazon légèrement mouillé de la rosée du matin. Le soleil qui pénètre timidement en tassant un rideau pour essayer de la réchauffer. C’est mal parti. 

En tortillant ses cheveux, elle cligne des yeux avec un regard un peu vide sur elle-même. Ses lèvres sont rouges d’angoisse existentielle. Le poids du destin sur son dos. Ça pèse une tonne. L’univers qui la regarde pleurer doucement et qui la berce de rêves incertains. Des rêves, elle en a. Ils sont juste un peu éparpillés en fragments de casse-tête. Et comment elle se casse la tête!   

La pluie commence à tomber, ça lui rappelle les larmes qui lui brûlent les joues. Elle est là. Elle est toujours là. Elle ne se rappelle pas le moment où elle n’était pas là, dans ce monde qui se détruit un peu chaque jour. Et chaque jour, qui change. Pour le pire et pour le meilleur.

Il faut continuer d’avancer, il paraît, mais comme Francis Cabrel, elle aussi, elle voudrait dormir sous les arbres, le reste du temps. Elle va avancer, mais pas tout de suite. Y’a quelque chose qui la retient. Une chimère d’amour qui voit un peu mal dans le noir. L’amour ça rend aveugle, il paraît, mais pas tant que ça. C’est un chat.

Au bout d’un moment, perdue dans ses pensées, la pluie cesse d’être insistante. Elle aussi. Elle a arrêté de l’être. Ça ne sert à rien d’insister. Elle persiste quand même de rêver. De garder espoir sur les petites choses de la vie. Elle essaie. Parce qu’elle aime la vie. Son monde. Lui.

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Une connexion universelle. Elle l’aime inconditionnellement. «T’en fais pas, ça va bien aller.» Mais ça va pas. Pas vraiment en tout cas. Pas du tout, tout au plus. Elle l’aime. Ça se voit. Ça se voit même si elle tente d’oublier que c’est la personne en qui elle a le plus confiance.  D’oublier qu’au fond de son cœur, l’amour est une chandelle presque terminée. T’as pas fini la grande. C’est difficile d’aimer son meilleur ami.  

Ce n’est pas qu’elle n’y croit plus. Elle est juste fatiguée d’aimer. C’est forçant à la longue aimer à la folie. Parce que c’est ça, aimer c’est de la folie. Ça rend fou. Fou d’amour. Puis ça se met à spiner à tonnes de flèches de cupidons. Ça fait perdre la tête. Pis ça arrête pas, ça continue tout le temps. Ça continue d’avancer dans l’illusion que ça va marcher. Parce qu’elle rêve beaucoup trop. Mais pour aimer, il faut être deux.

Elle se lève de ses presque fantasmes et fait les cent pas. Elle s’agrippe les cheveux et les tire. Ça fait mal, mais pas plus mal que le pincement au fond de son cœur qui fait des étincelles jusqu’au bout de ses doigts. En tentant de chasser ses pensées agressantes, elle se demande pourquoi elle ne peut pas laisser-aller. Pourquoi ces pensées reviennent constamment alors qu’elle fait tout pour se concentrer sur elle-même. Tellement de questions sans réponses. Ça devient aliénant.

Et puis l’amour arrive toujours quand tu t’y attends pas. Quelqu’un l’aime. Quelqu’un de parfait pour elle. Elle fuit. Il faut être deux pour aimer.

Ça va jamais dans le même sens on dirait. C’est fatigant d’aimer.  

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Elle l’aime. Ça changera pas tout de suite.

Elle va s’en rappeler longtemps. Toute sa vie.

Un jour, elle finira par craquer sa coquille pour laisser place à quelqu’un d’autre de mieux pour elle. Le jaune est presque sur le bord de sortir, y’est juste pas mangeable encore. Il doit mijoter un peu plus longtemps pour se confectionner une boule d’amour en laine avant que l’hiver revienne.

Après sa marche santé, elle reprend peu à peu ses esprits. Elle fixe devant elle, son regard devient serein comme si elle avait eu une illumination d’une force extérieure. Elle se parle pour se rassurer.

« Prends ma main. Prend ma main ça va bin aller. Regarde-toi dans le miroir. Ta face claire dans la vitre du monde va changer. Elle reprendra ses couleurs habituelles et fera comprendre à l’ancien visage, triste et rempli d’incertitude, que le meilleur est encore à venir. Regarde dans le plus profond de tes yeux les chemins que tu as accomplis et les chemins qui te reste à parcourir. Quel travail que tu as fait pour t’en sortir! Ce ne sont pas de petits chemins, tu as encore le temps de te reprendre, de te relever. C’est en t’aimant de ton plus profond que tu pourras continuer d’avancer. »

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