Entrevue : San James, élan de douceur

C’est ce vendredi que San James (projet piloté par Marilyse Senécal) dévoilera sa toute nouvelle proposition, un EP homonyme de 5 pièces où cette fois, l’autrice-compositrice-interprète fait les choses différemment. En plus d’un virage 100% francophone, elle y signe une première réalisation, où rien n’a été laissé pour compte. Du choix de son équipe (Antoine Corriveau, Mélanie Venditti, Guillaume Guilbault, Thierry Larose, Marie-Claudel Chénard pour ne nommer que ceux-ci) aux arrangements, si le mini-album témoigne d’un renouveau, il fait également état de la confiance acquise au fil du temps et nous révèle San James plus vrai que jamais. En résultent des chansons tant bouleversantes que lumineuses, teintées par la douceur et le désir d’aller mieux. Un grand « craving de lumière » comme nous le décrit Marilyse autour d’un café, alors qu’on discute de la démarche derrière l’album quelques jours avant sa sortie.

San James, crédit : Etienne Dufresne

Boucle Magazine : Après les deux pièces Make it Easier et Otherwise lancées plus tôt cette année, on s’attendait à un LP en anglais, est-ce que le virage francophone était prémédité ou l’idée s’est transformé en cours de route ?

San James : C’est ce qui était sensé arrivé en fait, je me suis moi-même surprise ! J’avais un album anglophone complet d’écrit, prêt à enregistrer, et sont arrivés le confinement et les shows annulés. Ça m’a amenée à me poser beaucoup de questions par rapport à ce que je voulais faire avec tout ça. Francis [aux guitares] a écrit une musique qu’il m’a envoyée (la chanson Nos corps qui se longent), et il m’a dit « si ça te tente d’écrire des paroles là-dessus pour le fun ». Je ne sais pas ce qui m’a prise, mais j’ai écrit des paroles en français, moi qui ai toujours pensé que je n’étais pas capable. Ça a vraiment bien été et ça m’a donné le coup pour me dire que j’en étais capable. En deux semaines, j’ai écrit le restant du EP, paroles et musique. C’est sorti d’un coup.

BM : Est-ce que ça a débloqué cette peur d’écrire en français ?

SJ : Je me suis rendu compte que j’écris de manière beaucoup plus vulnérable en français. Même si je maîtrise vraiment bien les deux langues, avec le français qui est ma langue maternelle, je me disais que je n’étais pas capable. C’était peut-être aussi une belle fuite pour ne pas aller creuser à certaines places. Parce que je me rends compte que ce EP en est un où je me regarde dans le miroir et je me call out un peu sur ma propre bullshit. Je parle des autres, mais ce n’est pas des chansons à proprement d’amour comme j’avais fait avant sur mes 2 EPs. C’est plus des constats de moi à moi-même et qui pense tout haut.

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BM : Comment l’enregistrement s’est-il passé ?

SJ : Ça s’est super bien passé ! J’avais vraiment peur en fait [de l’enregistrer moi-même], mais en même temps, je ne voyais pas d’autres options qui avaient du sens, alors je me suis, dite OK, je vais me lancer parce que it feels right. On a débuté au studio à Antoine Corriveau, au moment où on commençait tout juste à déconfiner. On a enregistré début juin, donc ça s’est fait super vite. C’est un album qui s’est fait en plusieurs studios différents. […] et j’ai enregistré toutes mes voix chez moi. J’avais comme une grande envie de douceur avec ce EP-là. On était tous un peu dans notre petite bulle, on traverse une époque étrange… Et je pense que j’y aie trouvé beaucoup de réconfort en même temps.

BM : Il y a beaucoup de vulnérabilité dans l’album. Je pense entre autres aux pièces Petit feu et Que je ne le brise pas, très personnelles, où on sent le désir d’aller mieux. Est-ce que tu considères cet album comme un de guérison ?

SJ : Je le ressens comme ça oui. Il y a clairement du lâcher-prise. Par exemple, Que je ne le brise pas, j’ai décidé d’enregistrer la voix et le piano en même temps, sauf que ce qui s’est passé, c’est que j’ai fait une première take et on s’est tous regardé, on était trois en studio et il y a eu un gros silence. On s’est dit, mon Dieu, mais qu’est-ce qui vient de se passer ici ? J’ai refait une ou deux takes après qui n’étaient pas mauvaises, mais on s’est dit, OK non, on garde la première. Elle n’est pas parfaite, mais je trouvais qu’elle disait vraiment la vérité. C’est du lâcher-prise. J’ai décidé d’assumer ce côté-là.

BM : Il y a aussi beaucoup de questionnements et d’introspection. On l’entend dans Courte fête et Les enjambées. Est-ce que ça marque un nouveau départ ou une continuité logique de ta démarche ?

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SJ : Est-ce que je peux te dire que c’est les deux ? (rires). Les deux premiers albums m’ont vraiment permis de découvrir un peu qui j’étais et d’assumer le fait de « put myself out there » parce que c’est quand même un exercice qui n’est pas évident, d’absorber et de recevoir le regard des autres sur soi et de vivre correctement avec les coups durs autant que de ne pas s’enfler la tête avec les éloges. Je pense qu’avec cette confiance-là que j’ai gagnée avec les 2 premiers EPs, ça m’a donné le droit, l’aisance et le désir d’aller dans quelque chose de plus fragile, peut-être plus proche de mon coeur.

« On avance sans savoir / Pourquoi on court et après quoi / Mais sans compter nos pas / On se lance » Les enjambées

BM : L’idée des ponts, des transitions, est importante aussi chez San James. Quels sont les ponts qui se sont déconstruits et construits dans les nouvelles pièces ? De quoi avais-tu envie de parler avec l’album ?

SJ : Les ponts, c’était surtout le deuxième EP dans le sens où c’est moi qui pensais que je m’affranchissais de relations toxiques. Pour moi, le fait de vivre avec de l’anxiété, de traverser une dépression et de vraiment décider d’aller chercher de l’aide ça a changé beaucoup de chose, alors c’est sur que ça se sent dans ma musique aujourd’hui et ce n’est plus juste une musique pour exprimer une noirceur, c’est le désir d’aller mieux. C’est peut-être ça le pont que j’ai traversé. C’est ce genre de main tendue vers le « hey, la vie peut être douce, simple et belle aussi malgré tout ce qui se passe ».

BM : Il y a beaucoup de douceur d’ailleurs dans cette nouvelle proposition.

SJ : Je suis devenue plus douce, je pense, avec moi-même avec le temps et je sais pas, j’ai des envies de choses simples et de choses douces. J’ai comme fait la paix avec le fait d’être seule dans la vie. […] Au début je trouvais ça super inconfortable, il y a une chanson [Que je ne le brise pas] où je dis « d’une solitude qui cesse d’être une cage » et c’est vraiment ça qui s’est passé, ma solitude, je me suis mise à l’aimer et elle s’est mise à me nourrir aussi.

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BM : Les sons et l’ambiance prennent aussi beaucoup de place. (Craquements, touches de piano, silences…). C’était une ambiance que tu avais envie d’explorer ?

SJ : Je voulais laisser de la place aux paroles. Ce qui m’inspire, c’est vraiment des albums où on entend les petits marteaux, les feutres du piano, les pédales et tout et je trouvais ça important de l’inclure. À la base quand j’ai commencé le processus d’enregistrement, je ne voulais même pas qu’il y ait de drums. Je le voyais vraiment comme des petites textures qui s’entrelacent.

BM : Derrière ton pseudonyme, tu suggères San James non seulement comme un alter ego, mais aussi comme un lieu. Avec ce premier EP franco, est-ce que cet espace sest transformé ?

SJ : San James, je pense que je la voyais beaucoup plus détachée de moi dans le temps. […] Je me suis posé la question quand j’ai fait la transition en français, est-ce que je garde San James, est-ce que c’est le même projet ? Mais, le lieu finalement, c’est à l’intérieur de moi.

L’album de San James sera disponible dès le 11 septembre sur toutes les plateformes d’achat et d’écoute numériques. Un EP qui fait du bien, surtout en ces temps de grisaille. Pour ne rien manquer de ce qui s’en vient pour San James, rendez-vous sur ses pages Facebook et Instagram.

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Photo de couverture : San James, crédit : Marilyse Senécal, 1993

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