10 albums québécois qui ont marqué la décennie

Alors que 2019 tire à sa fin, l’heure est aux rétrospectives. C’est le moment de souligner le travail des artistes d’ici et de replonger dans les disques qui nous ont marqués. Pour l’occasion, Francis Baumans, cofondateur de la boîte de gérance Manigances et instigateur de la Journée du Disque Québécois, nous a proposé de faire un palmarès de 10 albums coup de cœur de la décennie. 10 disques à écouter et réécouter qui on l’espère, vous donneront envie de (re)plonger dans la discographie de chacun.e de ces artistes.

Par Francis Baumans

Loin de moi l’idée de chercher à poser un regard critique et « objectif » sur la production musicale franco-québécoise de notre époque, cette liste se veut plutôt un témoignage amoureux; un hommage à des créations d’ici qui m’ont marqué, chacune à leur façon et à des degrés différents, au cours de la dernière décennie. Pour des raisons assez évidentes, j’ai décidé de ne pas inclure les albums d’artistes avec qui je travaille (quoi qu’ils apparaissent tout de même quelque part dans la section des mentions honorables). Aussi, pour me faciliter la tâche, j’ai décidé de me limiter à un seul album par artiste. Voilà, c’est tout. Bisous.

10. LES VOLUMES — ZEN BAMBOO (2017-2018, Simone Records)

Pas vraiment un album à proprement parler, mais plutôt une série de quatre micro-albums. C’est d’ailleurs la seule raison pour laquelle je me résigne à reléguer les Volumes en dixième position. Sinon, Zen Bamboo se trouverait pas mal plus haut dans mon petit palmarès perso. Simon Larose, le chanteur-guitariste du groupe, est possiblement le meilleur songwriter de sa génération, mais personne (ou presque) ne le sait encore. Selon moi, il est le plus pertinent et le plus complet depuis Jean Leloup. Capable de textes d’une luciditité et d’une intelligence à rendre tous ses pairs jaloux, mais aussi d’une candeur et d’une douceur à faire brailler (écoutez la pièce « Coupe à blanc » et venez me remercier plus tard, quand vous aurez réussi à recoller votre cœur en un seul morceau). Bref, le reste du band est tout aussi absolument incroyable, surtout sur scène. Le genre de phénomène musical qui va vous faire oublier assez rapidement que le rock est censé être mort.

Chansons à écouter absolument : « Coupe à blanc », « La mort », « Boys & Girls »

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9. BLONDE – CŒUR DE PIRATE (2011, Grosse Boîte)

Ma relation avec Cœur de pirate est compliquée, mais si je suis honnête dans ma démarche, je ne peux vraiment pas ignorer Blonde, qui demeure selon moi le meilleur album en carrière de la très populaire Béatrice Martin. Je me souviens d’ailleurs, à une époque qui semble aujourd’hui ô combien lointaine, avoir écouté une maquette de « Place de la république » dans un parc d’Outremont. Pris d’un grand sursaut d’émotions, je savais déjà que l’album alors encore en chantier allait en être un grand. Huit ans plus tard, force est d’admettre que mon feeling était le bon. L’album a selon moi mieux vieilli que son prédécesseur, tout en possédant les mêmes qualités qui avaient propulsé Coeur de pirate vers la gloire au tournant de la décennie. Chaque chanson de « Blonde » semble avoir le potentiel de devenir la pièce préférée de l’auditeur, ce qui, à mon sens, fait toute la différence entre un bon album et un excellent record.

Chansons à écouter absolument : « Golden Baby », « Place de la République », « Saint-Laurent »

8. FÉLIXE DYOTTE — FÉLIX DYOTTE (2015, Coyote Records)

Si on peut parfois reprocher aux auteurs-compositeurs-interprètes du Québec de faire usage des mêmes intentions mélodiques et poétiques que la plupart de leurs contemporains, ce n’est définitivement pas le genre de chapeau que l’on peut faire porter à Félix Dyotte. Après plusieurs années à faire la pluie et le beau temps au sein du groupe Chinatown (ou encore aux côtés d’un certain Pierre Lapointe à l’époque Punkt), c’est en 2015 que Dyotte fait finalement paraître son premier album solo. Un album, selon moi, tristement sous-estimé. De la douce « Téléphone » aux morceaux plus pop comme « Les gens sont décevants » , « Ma vie au lit » et « Calme-toi », Dyotte démontre non seulement toute la polyvalence de sa plume, mais parvient également à construire un album à travers lequel aucune pièce ne se perd vraiment. La beauté des textes (« Tes souvenirs », et « Avalanches » en particulier) n’est pas non plus à oublier, alors que l’auteur-compositeur-interprète propose ici une poésie qui réussit toujours à toucher droit au cœur, sans jamais avoir recours au sirupeux ou à la lourdeur. En espérant que la sortie récente du premier album d’Evelyne Brochu, dont Dyotte est le principal architecte, poussera quelques curieux à aller découvrir (ou redécouvrir) la musique de celui-ci.

Chansons à écouter absolument : « Les gens sont décevants », « Tes souvenirs », « Petit regret »

7. ASTRONOMIE – AVEC PAS D’CASQUE (2012, Grosse Boîte)

Un album tellement marquant pour leurs fans que l’un d’eux, en l’occurrence Jérôme 50, a même dédié un couplet entier de sa chanson « Sexe, drogue, ceri$e et rock’n’roll » au quatrième opus du groupe. Avec des classiques comme « La journée qui s’en vient est flambant neuve » et « Talent », on ne peut pas dire que la plume de Stéphane Lafleur manquait d’inspiration au moment d’écrire Astronomie, alors que le leader du groupe y va de ses plus belles images, notamment sur la dernière pièce de l’album « Les oiseaux faussent aussi » (Ton corps trempé dans la paillette / Ma tête de boule miroir / T’es un gala à toi toute seule / Je garde le vestiaire) et sur la longue ballade « Apprivoiser les avions » (Tu seras heureuse de savoir / Qu’j’ai apprivoisé les avions / Qui frôlent le toit de ma maison / Et qui l’arrachent parfois). Cependant, s’il y a une pièce qui se distingue véritablement selon moi, c’est la magnifique et mélancolique « Deux colleys ». Plus économe qu’à son habitude au niveau du texte, Lafleur n’a de toute façon pas besoin de s’étendre bien longtemps dans son langage pour vous couper le souffle : Tu reviendras chargée d’étoiles, la nuit posée sur tes épaules et l’univers pris dans tes cheveux. Va où tu vas, va où tu veux. Comme deux colleys. Dois-je rajouter qu’il s’agit, au niveau mélodique, d’une des plus belles compositions de la discographie du band ? Un petit bijou qui semblait déjà annonciateur du son un peu plus « léché » (ark, je sais) et onirique qu’allait offrir le groupe deux albums plus tard avec le très superbe Effets spéciaux.

Chansons à écouter absolument : « Deux colleys », « Les oiseaux faussent aussi », « Talent »

6. ORNITHOLOGIE, LA NUIT – PHILIPPE B (2014, Bonsound)

Quoi qu’il aurait été tout aussi judicieux de choisir Variations fantômes ou encore La nuit vidéo comme digne représentant de la discographie de Philippe B, Ornithologie, la nuit est définitivement l’album que je choisirais d’amener avec moi sur une île déserte. Sans vouloir rentrer dans une analyse super complexe qui dépasserait de toute ma façon mes moyens intellectuels, le plus facile serait peut-être simplement de vous dire que cet album m’a terriblement et profondément touché. Il est devenu pendant un temps — et le redevient d’ailleurs assez régulièrement — la trame sonore parfaite de mon quotidien. Un quotidien où la beauté du monde est souvent camouflée dans l’anecdotique; dans le banal.  Pas pour dire que la musique de Philippe B est banale, au contraire. Seulement, elle a cette qualité, et particulièrement sur Ornithologie, la nuit d’évoquer ce type de beauté. Celle qui se cache un peu partout autour de nous; dans l’architecture de la ville, dans le changement des saisons ou encore dans le visage d’un inconnu croisé dans la rue. La simplicité souvent sa meilleure arme, l’auteur-compositeur-interprète de Rouyn-Noranda nous offre ici l’une de ses plus jolies pièces avec « Calorifère », dont le vidéoclip (sans doute mon vidéoclip préféré à vie) met d’ailleurs parfaitement en lumière toute la force brute de cette simplicité.  Et si quelques larmes s’en suivent, tant mieux.

Chansons à écouter absolument : « Calorifère », « Une nuit de la Saint-Jean sur le Mont Chauve », « Lucioles »

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5. UN BRAS DE DISTANCE AVEC LE SOLEIL – CATHERINE LEDUC (2017, Grosse Boîte)

Catherine Leduc, c’est une artiste un peu plus difficile d’approche, peut-être, mais qui vaut tous les petits détours que l’on emprunte pour se rendre jusqu’au cœur de son œuvre. De la sincérité avec laquelle elle écrit au charme lumineux de sa voix, sa musique contient quelque chose de tout simplement vrai; une expression musicale et poétique où la distance qui sépare l’intention du résultat semble presque inexistante. Comme si ses chansons avaient toujours été là et qu’il ne lui avait fallu que vivre pour leur donner une place dans le réel. La chimie qui opère toujours entre Catherine et Mathieu Beaumont, son fidèle collaborateur et amoureux, ne fait que rajouter à la qualité des productions, particulièrement sur Un bras de distance. Un album à la fois touchant et sophistiqué, Un bras de distance avec le soleil est aussi beau que son titre, promis.

Chansons à écouter absolument : « La fin ou le début », « Good Eye », « Tes sommets sont mes montagnes »

4. MALADIE D’AMOUR – JIMMY HUNT (2013, Grosse Boîte)

Probablement le seul album de cette liste à se retrouver dans la plupart des palmarès de la décennie, Maladie d’amour est, comme dirait Stéphane Lafleur, « déjà un classique ». Je dirais même qu’il est l’un des meilleurs albums jamais produits au Québec. L’album jaune de son époque. Un album presque parfait, malgré sa grande économie de mots (faut croire que parfois, moins c’est plus, surtout quand ce moins là provient de la plume de Jimmy Hunt). Alors pourquoi juste une quatrième place, me demanderez-vous? Eh bien, parce que la musique, c’est très subjectif, tout simplement. Et parce que même si cet album est incroyablement bon et tout à fait impressionnant, n’en demeure pas moins que trois albums parus dans la même décennie m’ont tout simplement marqué davantage. Ce qui n’enlève absolument rien à ce chef-d’œuvre, évidemment.

Chansons à écouter absolument : « Nos corps », « Maladie d’amour », « Un nouveau corps »

3. L’ÉTOILE THORACIQUE – KLÔ PELGAG (2016, Coyote records)

To be fair, j’aurais aussi très bien pu inclure dans cette liste le premier album de l’auteure-compositrice-interprète, mais comme j’avais déjà décidé de me limiter à un album par artiste, j’ai finalement opté en faveur du second. Nul doute que Klô Pelgag sera un jour reconnue comme l’une des artistes les plus talentueuses, créatives et originales de l’histoire de la musique québécoise (et je ne parle pas juste de « chez les filles », là). Ma chanson préférée de l’album, « Les animaux », représente d’ailleurs parfaitement toute l’étendue du talent de cette grande artiste. Parce que si c’est souvent par la force et la puissance de sa voix que la jeune femme tend à venir nous agripper, la huitième pièce de l’album démontre parfaitement que même dans le calme et la douceur, celle-ci est capable de nous briser le cœur et de nous le réparer quarante-deux fois en quatre mesures. Les arrangements, à l’instar des compositions, incarnent par ailleurs parfaitement le sens de l’expression « tour de force ». 

Chansons à écouter absolument : « Les animaux », « Samedi soir à la violence », « Le sexe des étoiles »

2. PAN – FANNY BLOOM (2014, Grosse Boîte)

Je l’ai déjà dit souvent et je continuerai à le dire jusqu’à ma mort : cet album est criminellement sous-estimé ! Un album qui selon moi mériterait à lui seul qu’on attribue à Fanny Bloom le titre de reine incontestée de la pop québécoise moderne. Capable de me faire bouger les hanches autant que de me tirer les larmes, Pan est le genre d’album qui me rappelle un peu l’époque de Samantha Fox et de Thriller; l’époque où la guitare électrique avait encore une vraie place dans la musique pop. Un album facile d’écoute et accessible à tous, mais où la qualité du songwriting n’en est pas pour le moins diluée. Bref, un album dont je ne reviendrai sans doute jamais. Et c’est tant mieux.

Chansons à écouter absolument : « Danse », « Sammy, Sammy », « Drama Queens »

1. L’ÉTÉ – PHILÉMON CIMON (2014, Audiogram)

Non seulement le second album de Philémon Cimon se classe-t-il en première position de mon palmarès de la décennie, c’est aussi mon album préféré de tous les temps. Un album d’une beauté tellement grande qu’aucun qualificatif ne semble véritablement à la hauteur. Malgré son titre, L’été sera toujours pour moi le son du printemps; celui du retour progressif de la lumière et de la chaleur. Un album qui me touche si profondément que je pourrais presque croire à une sorte de sorcellerie; comme si son auteur était rentré dans ma tête et dans mon cœur, et qu’après en avoir extirpé chaque pensée, chaque souvenir et chaque émotion, il s’était embarré dans un studio pour mettre sur disque la bande sonore parfaite de mon existence. Le jeu de guitare unique de Nicholas Basque et la réalisation irréprochable et sentie de Philippe Brault ne font qu’ajouter à la force de l’œuvre, que j’invite absolument tout le monde à aller découvrir. Si un seul album devait survivre aux frasques de l’humanité, j’espère vraiment que ce serait celui-ci. Toute la beauté du monde en douze petites pièces. Rien de moins.

Chansons à écouter absolument : « Où je me perds », « Au cinéma », « Des jours et puis des jours », « Je veux de la lumière », « Chanson pour un ami »

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MENTIONS HONORABLES (dans aucun ordre particulier) : Ultramarr (Fred Fortin), Coco (Mauves), Les sessions cubaines (Philémon Cimon), Ne parle pas aux étranges (Marie Claudel), Première apparition (Laurence-Anne), Montréal $ud (Dead Obies), J’aime ta grand-mère (Les Trois Accords), La nuit est une panthère (Les Louanges), L’heure et l’endroit (Dumas), Darlène (Hubert Lenoir), Punkt (Pierre Lapointe), Les choses extérieures (Salomé Leclerc), Épitaphes (Mélanie Venditti), Jimmy Hunt (Jimmy Hunt), L’alchimie des monstres (Klô Pelgag), La nuit vidéo (Philippe B), Le poids des confettis (Les sœurs Boulay)

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