Entrevue : L’univers Valse Fréquence

Formé en 2016, Valse Fréquence est né de la rencontre d’Anne-Marie Milev (guitare), Thomas Léger (chant et batterie) et Louis Houle-Collin (basse). Après des études en musique et un premier groupe pour Thomas et Louis, c’est suite à une invitation pour jouer à l’anniversaire d’une amie dans un sous-sol d’un barbier de ville Saint-Laurent que le trio prend forme. Un premier EP en 2017, un passage aux Francouvertes, ainsi qu’une participation en demi-finale du Festival de la chanson de Granby plus tard, le groupe revient avec une deuxième proposition, Ci-haut, ci-bas, disponible depuis le 11 octobre sous l’étiquette Sainte-Cécile.

Si la musique habite le groupe, c’est tout un univers créatif qui se forge autour des vingtenaires qui évoluent dans une industrie en plein changement. C’est autour d’un café qu’on a discuté de leur démarche ainsi que des défis actuels du milieu.

Boucle Magazine : Parmi vos influences, on retrouve souvent Timber Timbre, Karkwa, Radiohead et The Black Angels. D’où vient le son du groupe ? Ça vient de ces influences, ou c’est arrivé un peu comme ça ?

Anne-Marie : On ne peut s’en sauver de nos influences. Ça me fait penser à une vidéo que je regardais sur la créativité qui disait que personne ne va faire les mêmes liens avec ses influences ou ses inspirations. Il faut juste se nourrir, c’est important.

Thomas : En gros, on n’est pas un band qui dit « OK, on va jouer de tel style ». C’est intuitif. C’est vraiment l’apport de nos personnalités. Un s’inspire de l’autre, ce qui fait en sorte qu’en trois ans, on n’a pas sorti grand chose, mais on a construit des relations. C’est comme des montagnes russes, pas un chemin droit. Tranquillement, on définit notre son.

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BM : L’atmosphère prend beaucoup de place dans votre musique, particulièrement dans le 2e EP. Je pense à la pièce Kyrielle, interlude qui contribue à créer un certain espace dans l’album. Vous avez aussi collaboré avec Mélanie Venditti et Vince James. Est-ce qu’il y avait une ligne directrice ou un désir d’explorer et d’expérimenter de nouvelles choses ?

Thomas : Je crois qu’inconsciemment, c’est un peu un EP de transition vers quelque chose. On a plus de sons électroniques, plus de séquences, plus de synth, plus d’effets de textures. On a essayé des trucs […], je crois que ça teinte un peu ce qui s’en vient.

Louis : On aime ça avoir un côté cinématographique à notre musique. Les chansons que je préfère, c’est quand je peux m’imaginer des scénarios, où tu peux te retrouver dans les ambiances. Kyrielle c’est un peu ça. L’effet de liaison, ce qui définit l’atmosphère. C’était un peu notre objectif de faire un EP concept, d’avoir une homogénéité.

BM : Le titre du nouveau EP, Ci haut, ci-bas, réfère à une certaine peur des hauteurs et du risque de se perdre. Il y a en effet quelque chose qui donne le vertige en écoutant ces nouvelles chansons, comme une incertitude qui flotte à travers les textes. De quoi ça s’inspire ?

Thomas : Je crois que j’avais beaucoup de choses à dire. […] Ça date vraiment d’une phase, d’une chose qui était là et qui avait besoin de sortir. On parle de dégel, de givre, de paralysie, beaucoup d’anxiété, souvent relié au fait que tu sens que tu ne peux plus bouger parce qu’il y a quelque chose qui est là et qui est tellement présent que tu ne peux plus rien faire. Autant que ça pars de ça, qu’il y a la pièce Mais encore, qui parle beaucoup de laisser aller […] Chaque chanson est comme un portrait basé sur un sentiment, quelque chose qui se passe dans un moment vraiment précis.

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BM : Vos chansons sont très imagées justement et une référence qui revient souvent est celle de David Lynch. C’est quelque chose qui vous influence le cinéma ? Ça teinte votre vision de la musique ?

Anne-Marie : Je pense inconsciemment que oui. Comme tu dis, c’est imagé, c’est l’atmosphère. Je pense à Timber Timbre et c’est pourquoi je le mets dans mes références. C’est très cinématographique. L’album Hot Dreams, on dirait presque un film néo-noir.

BM : Vous avez d’ailleurs collaboré avec l’artiste visuelle Camille Sarrazin-Dallaire pour illustrer les chansons du nouveau EP. Est-ce qu’il y avait ce désir de pousser l’idée en imageant concrètement les chansons ? Comment est venue cette collaboration ?

Thomas : On voulait une pochette pour notre single et elle [Camille] a fait quelque chose de magnifique. On s’est dit qu’éventuellement, on aurait besoin d’une pochette pour notre EP et que si le single avait une image, ça serait le fun d’en avoir une pour chaque chanson. Comme on parlait du fil conducteur, le fait que les chansons se suivent, on se disait que les autres méritaient aussi une image.

Anne-Marie : On lui a envoyé les chansons et on donnait des mots clés sur les thèmes. On lui a vraiment donné carte blanche. Pour le lancement, les images vont être imprimées sur un carton, comme un format 45 tours.

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BM : Vous êtes un jeune groupe et il y a beaucoup de changements dans l’industrie en ce moment. Comment vous situez-vous par rapport à tout ça ? Est-ce que c’est quelque chose qui vous préoccupe ?

Louis : Ce qui nous garde dans le positif, c’est qu’on fait partie de ce changement-là. On n’était pas déjà établie pendant ce changement et je pense qu’il y a des nouvelles façons de s’y prendre et nous, on croit beaucoup au pouvoir du spectacle. Maintenant, c’est d’être créatif, de se garder ouvert à d’autres propositions.

Thomas : Nous, on ne connaît pas autre chose que les Spotify et autres. On a sorti notre EP en 2017 et on a pensé à des cds, mais ça n’a pas pris de temps qu’on s’est dit que ça allait prendre le bord ! […] on sait d’avance que c’est pas là qu’on va faire de l’argent et que ce n’est pas là qu’il faut miser. Comme Louis disait, c’est de faire des shows. Mais la réalité de la musique francophone, au Québec, c’est qu’on est quelques millions de personnes et ça prend du temps te rendre de ville en ville, ce n’est pas comme en Europe […] Jouer le plus possible au Québec, mais aussi sortir et aller jouer en dehors, aller atteindre les autres communautés francophones à l’extérieur, ça, ce serait vraiment un objectif le plus rapidement possible pour nous.

Louis : Il y a beaucoup de sphères qui sont touchées par les géants du numérique, c’est pas seulement la musique, et je pense qu’il y a beaucoup de décisions qui doivent être prises au gouvernement pour protéger l’artiste de tout ça et s’ils veulent nous entendre parler, bien on va être là.

BM : Vous avez parlé des spectacles comme une manière d’être plus rentable. Vous travaillez beaucoup pour rendre ça différemment sur scène ?

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Louis : C’est un travail de longue haleine. Pour le lancement, ça va être aussi un essai. Je pense qu’en même temps, c’est de s’entourer des gens qui ont des visions pour pouvoir avancer et trouver quelle est l’expérience qu’on veut donner à chaque spectacle.

Thomas : Ce qu’on veut ultimement, c’est vraiment de créer des moments. C’est super important. Quelque chose qui fait en sorte que « wow », il s’est passé telle affaire. Au pire, tu ne te souviens pas de la chanson, mais tu te souviens de ce qui s’est passé et justement, notre lancement le 17 à l’Esco, étant donné la configuration, on a décidé de s’approprier la salle. Donc on va s’amuser !

Le lancement de Ci-haut, ci-bas aura lieu le 17 octobre à l’Esco, où tu pourras te procurer les illustrations de Camille Sarrazin-Dallaire. Le EP est disponible sur toutes les plateformes numériques et plusieurs projets s’en viennent pour le groupe, dont un vidéoclip en collaboration avec le réalisateur Zachary Ayotte. Tu pourras également les entendre sur les ondes de CJLO pour une session live dans le cadre de l’émission Champions of the Local Scene le 16 octobre prochain. Abonne-toi à leurs pages Facebook et Instagram pour rester à l’affût !

Photo de couverture : Valse Fréquence, crédit : Gabrielle Thiffault

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