Postpartum, la suite

Le 10 décembre 2018, je suis allée me coucher pour me faire réveiller trois heures plus tard par des contractions régulières aux deux minutes. J’ai vécu une nuit plutôt irréelle et magique, j’ai pris un bain au milieu de la nuit, seule au monde avec mon petit bébé.

Je suis rentrée à l’hôpital à 7 h ce matin-là. J’ai reçu l’épidurale à 11 h. S’en est suivie une longue période de niaisage, et ma fille est finalement née à minuit et cinq minutes le 12 décembre, juste pour dire qu’elle n’est pas née le 11.

La fin de l’accouchement a été un peu désastreuse. Dystocie d’épaule, panique dans la salle d’accouchement, bébé bleu à la naissance, on l’emporte loin de moi avant que j’aie pu voir sa face. Pendant qu’ils la réaniment, je fais une hémorragie et on commence à me pétrir le ventre énergiquement en m’injectant des produits.

J’ai eu peur de mourir et que mon bébé meure. On a évité le pire. Mais à ce moment-là, je me suis éteinte.

Moi, une dépression? Il me semblait que ça ne se pouvait pas. Même si je suis une chialeuse professionnelle et malgré mon côté cynique à mes heures, je reste quand même quelqu’un d’assez positif avec une résilience plutôt pas pire.

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J’ai un trouble anxieux depuis toujours, mais je n’étais pas tant familière avec la dépression. S’il m’est arrivé d’avoir des mauvaises passes, je m’en suis toujours sortie rapidement et par moi-même. Mais là, c’était comme si j’avais flushé mon bonheur et ma joie de vivre dans le presqu’un litre de sang que j’avais perdu.

La veille, j’étais correcte. Le lendemain, je ne l’étais plus. Aussi bête que ça. La dépression m’est carrément tombée dessus comme une tonne de briques, du jour au lendemain, sans transition, comme on attrape la grippe. Parce que c’est ça que c’est. Une maladie. Et ça peut arriver à n’importe qui.

J’ai eu aucun fun pendant les sept premiers mois. J’étais en mode survie. J’étais capable de sortir, de sourire et de faire des choses, mais le tout n’était accompagné d’aucune joie. Comme si tout était devenu beige.

Je me disais voyons, pourquoi je ne m’en sors pas en quelques jours comme d’habitude? Pourquoi une mauvaise passe qui dure aussi longtemps? J’attendais le déclic qui me ferait aller mieux, mais il n’est jamais venu. Ça a plutôt été une très lente et graduelle remontée d’une pente vraiment abrupte.

Puis, ma fille a commencé à se développer. Et j’ai commencé à m’émerveiller. Pour vrai. La première fois qu’elle a découvert un aliment qu’elle aime, quand elle s’est mise à se mettre sur le ventre toute seule, à me faire des BABABA. Et j’ai compris ce que c’était, le bonheur d’avoir des enfants. Enfin. Et je ne crois pas que ce soit un hasard si je me suis mise à aller mieux à ce moment-là.

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Ça m’emmerde quand des gens parlent à travers leur chapeau et disent que les antidépresseurs sont un plaster sur un bobo, ne règlent pas le problème à la source, nous ramènent au neutre.

Et les médicaments pour le diabète, les brûlements d’estomac, l’hypertension, ils règlent le problème à la source peut-être? Pourtant, personne ne shame les gens qui en prennent. Parce que leur vie ou leur bien-être en dépend. Ben c’est la même affaire pour les antidépresseurs. Ça nous prouve à quel point c’est encore tellement tabou, les maladies mentales.

En dépression, J’ÉTAIS au neutre. Les antidépresseurs ne m’ont pas ramenée au neutre, ils m’ont ramenée à la vie. Ils ont contribué à me redonner de la joie et à retrouver l’envie de faire des affaires. Ils m’ont redonné mon entrain, mon enthousiasme, ma personnalité.

Donc, la remontée a été longue et pénible. Décourageante parfois. Je ne peux pas vraiment cibler un moment précis où je me suis dit « ah tiens, maintenant, je suis guérie ». Sauf que maintenant, je commence à voir la lumière au bout du tunnel.

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