L’équation de la différence dans les médias

La diversité elle se voit, elle s’écoute, elle se lit. En culture, elle est dans ce que l’on consomme. Elle permet de s’ouvrir à l’autre, de développer notre curiosité et de découvrir autre chose que ce qui réconforte nos quotidiens.

Récemment, le Gala Artis annonçait sa liste de finalistes. L’événement qui récompense les personnalités de la télévision québécoise s’est fait critiquer pour le manque de diversité dans les nommé.e.s, qui rappelons-le, était choisi.e.s par le public. En effet, sur les 70 noms, aucun ne faisait partie de la diversité. Est-ce le reflet d’une lacune dans l’offre, ou d’un manque d’ouverture de la part du public ? Il s’agit d’une boucle. Peu importe le domaine, s’il n’y a pas d’opportunité pour les gens issus de la diversité, elle devient presque invisible et en ne voyant pas de modèles à qui s’identifier, les gens des diverses communautés reculeront à tort pour y œuvrer, croyant que c’est inaccessible. Il y aura moins d’offres, on verra moins de différence et par conséquent, moins on voit de différence, moins on s’adapte à elle. Et c’est là que la question des quotas devient intéressante.

L’idée des quotas divise. D’un côté, personne ne veut être choisi pour un rôle ou un poste quelconque pour sa différence, et c’est compréhensible. On veut être choisie pour ses compétences. Il s’agit d’une étape à passer pour que ça devienne une évidence. Une étape qui permettra plus de visibilité à la différence pour que dans quelques années, on ne pense même plus aux quotas et que ça devienne un automatisme. Forcer un petit peu les choses, sans que la qualité soit mise de côté — parce que des gens compétents, il y en a autant qu’il y a de différences —, pour que ça devienne normal de voir la diversité, parce qu’elle fait partie de nous, de nos sociétés.

Gala FCTMN 2018, crédits : Facebook FCTMN

De bonnes initiatives ont été mises en place ces dernières années. On pense à l’organisme DAM (Diversité artistique Montréal) qui depuis 2006, met ses énergies dans la promotion et l’inclusion de la diversité culturelle sur la scène montréalaise, ou au FCTMN (Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques) qui met de l’avant l’apport des femmes dans les médias. De son côté, l’ADISQ — dont le manque de représentativité des femmes lauréates a largement été critiqué — annonçait récemment la mise en place d’une catégorie pour les artistes autochtones.

On pense aussi au Gala Dynastie, qui depuis 3 ans, récompense les personnalités issues des communautés noires faisant partie de notre paysage artistique et médiatique. Une manière de souligner le travail et l’importance de la diversité dans nos médias, mais aussi d’amener une réflexion sur la représentativité des diverses communautés.

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Mylène Augustin lors du Gala Dynastie 2018, photo : Manoucheka-LaCherie

À la manière d’un tremplin, ces initiatives permettent au public de se familiariser avec ce qui lui est extérieur, de découvrir autre chose et de reconnaitre les différences culturelles. Mais dans un monde idéal et inclusif, cette division aurait-elle lieu d’être ?

L’effort et la volonté de faire de la place à la diversité y sont, on ne peut le contredire. Mais force est d’admettre qu’il y a encore du travail à faire avant d’arriver à un automatisme paritaire et inclusif. Celui qui mettrait de côté les quotas, parce que ça ne serait plus nécessaire. La couleur de la peau, l’identité de genre, le poids, l’âge, l’orientation sexuelle et autres cases qui définissent à tort les gens. Tout ça, ce serait la normalité. Cette normalité qui n’est qu’au fond qu’un concept, puisqu’elle n’existe pas vraiment. La seule normalité qui existe, c’est que nous sommes tous humains.

Ça ne devrait pas être plus difficile pour une personne d’avancer et de faire valoir sa crédibilité parce qu’elle est différente. Pourquoi ça nous prend tant d’efforts pour sortir de notre zone de confort, aller à la découverte de ce qui nous est étranger ? Aller à la rencontre de l’autre, de lui parler de sa culture, de sa manière de voir les choses. Pas pour lui infliger nos valeurs et pour prouver qu’on a raison, mais pour en apprendre plus sur lui, pour débattre, pour faire avancer les idées. Et si on se parlait plus ?

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