Blanc, beige et gris

L’un de mes parents a des origines européennes. Quand j’étais petite, j’avais donc un accent plutôt mixte. J’avais aussi une tignasse assez impressionnante. Dans ma petite école multiethnique, ces deux caractéristiques passaient tout à fait inaperçu.

J’ai fait le début de mon primaire dans cette charmante école avec des enfants de tous les milieux et de tous les coins du monde. Il y avait toutes sortes d’accents, de couleurs, de cultures. C’était beau, c’était coloré, c’était ouvert.

Dans ma classe, j’étais amie avec tout le monde. J’étais populaire. J’aimais tout le monde, tout le monde m’aimait. Vous devinez peut-être où je m’en vais avec ça.

On a déménagé. Là où on est allés, tout était blanc, beige et gris. Y’avait pas moyen de jaser de quoi que ce soit avec qui que ce soit parce que peu importe ce qui était dit, les robots qui m’entouraient n’avaient que deux réponses de préprogrammées:

-Heille, tes cheveux.

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-Heille, ton accent.

Oui, mais t’as-tu écouté ce que je viens de te dire?

Apparemment pas.

La diversité, là-bas, ce n’était pas bien perçu. Et quand on est enfant, on croit un peu à tout ce qu’on entend. Moi, j’entendais la phrase suivante : la diversité, c’est pas cool.

Les amitiés étaient difficiles à nouer, mais pendant longtemps, je préférais être seule que mal accompagnée. Mais à la longue, j’ai trouvé ça plate d’être seule, ça fait que j’ai essayé d’être comme tout le monde. J’ai déprogrammé mon accent. Et mes pensées, et mes goûts, et mes sentiments. Je suis devenue un robot, comme tous les autres.

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Mais un robot aux cheveux impressionnants, ça détone quand même. Et on savait d’où je venais. Alors ça n’a pas marché. J’ai perdu tout ce que j’étais. Puis, à la minute que je suis devenue adulte, je me suis garrochée pour faire la seule et unique chose dont je rêvais depuis tout ce temps : revenir dans la grande ville.

Je me suis installée au millième étage d’un building beau, coloré, ouvert. Et je me suis sentie perdue. Et j’ai eu honte de l’être.

Je travaille encore à me sortir du moule dans lequel on m’a fait rentrer de force.

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