Le Dialogue des carmélites, pour vous ?

Le samedi 28 janvier dernier avait lieu la première représentation du Dialogue des  carmélites à l’Opéra de Montréal, une œuvre composée par Francis Poulenc (1899-1963) d’après la pièce de théâtre de Georges Bernanos (1888-1948).

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Durant la Révolution française, seize carmélites de Compiègne ont été guillotinées le 17 juillet 1794. Associées au pouvoir politique contre lequel se soulevait le peuple, les communautés religieuses ont été victimes de la Grande Terreur (avril à juillet 1794), période historique caractérisée par l’exécution massive de la noblesse : « 2 254 condamnations en six semaines » (Larousse, 2016).

Inspiré de ces faits sombres, le Dialogue des carmélites relate la vie fictive d’une jeune aristocrate nerveuse et craintive, Blanche de La Force. Pour vaincre sa peur de la vie et son angoisse de la mort, la protagoniste rentre au couvent du Carmel à Compiègne.

Si la pièce de Georges Bernanos, fervent catholique, situe le personnage principal quelques siècles plus tôt, la peur et l’angoisse restent d’actualité. En transposant l’action au XXe siècle, dans un temps et un lieu imprécis, le metteur en scène, Serge Denoncourt, a tenté d’exploiter l’intemporalité des émotions au profit du public contemporain tant convoité par les institutions culturelles : les trentenaires assoiffés de culture et, à voir le prix du billet, bien nantis.

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Il n’y a aucun doute que Francis Poulenc est l’un des grands compositeurs du XXe siècle. Cependant, le Dialogue des carmélites m’a semblé morne pour ce virtuose, surnommé le « vilain garçon », fidèle à l’esthétique des années folles et dont la musique était, comme il le disait lui-même, le produit de son instinct ! Un arrangement musical plus diversifié et plus émouvant pour des sujets et des émotions aussi dramatiques était attendu. Si Blanche de La Force suppliait son père pour rejoindre Dieu au cloître des carmélites, certains spectateurs suppliaient l’entracte de les décloîtrer de leur siège. D’ailleurs, quelques âmes ont quitté la salle Wilfrid-Pelletier lors de l’intermède…

Francis Poulenc a-t-il composé par instinct ce qu’un cloître évoque au commun des mortels : une vie dépourvue d’agitation, comme celle que souhaitait le personnage principal ? Si c’était le cas, il fallait aussi tenir compte des événements historiques de l’époque, au milieu d’une révolution sociale, afin de dynamiser la présentation. Du moins, dans la mise en scène du XXIe siècle.

Car, c’est par la mise en scène qu’il est possible d’actualiser ces grands classiques afin de les faire apprécier des jeunes publics. Pensons à l’excellente publicité de Don Giovanni, réalisée pour l’Opéra de Montréal  par la maison de production publicitaire Les enfants. Si vous ne l’avez pas vue, je vous invite à la visionner. Elle donne envie d’assister à l’ensemble des présentations de l’Opéra de Montréal.

Le Dialogue des carmélites n’est simplement pas la représentation de la saison 2016-2017 de l’Opéra de Montréal qui plaira le plus aux néophytes, aux jeunes omnivores de culture dans la trentaine. Or, il ne serait pas étonnant que le niveau d’appréciation puisse être excellent parmi les mélomanes et les spectateurs d’opéra chevronnés. Somme toute, l’œuvre de Poulenc, comme celle de Bernanos, le monstre de la littérature française, sont appréciées mondialement et de nombreux extraits de leur biographie ainsi que les descriptions de leur personnalité piquent aisément la curiosité[1].

Pour ma part, je crois simplement qu’en termes d’opéra, Another Brick in the Wall, présenté dans le cadre du 375e de Montréal, sera davantage dans mes cordes et celles de mes congénères !

 

[1] Pierre Cormary, dans le salon littéraire Linternaute.com, écrit, au sujet de Georges Bernanos (marié à une descendante de Jeanne d’Arc!) : « Car, avouons-le, il faut d’abord apprendre à le lire, ce catholique fulminant, toujours survolté, toujours en colère, dont les engagements peuvent agacer et la verve tourner en rond. Parfois, l’intransigeance lasse, et la fureur perpétuelle ennuie. Mais quel homme ! Et quel écrivain ! En vérité, ce ténébreux voit clair. »

http://www.operademontreal.com/programmation/dialogues-des-carmelites#news

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