L’industrie du cinéma préfère le réchauffé à l’originalité

«À la base, aller voir un film en salle, c’est une sortie. Sur 8,3 millions de Québécois, la majorité ne mange pas à la Maison Boulud ou au Toqué! Ils mangent du fast-food ou du St-Hubert. Si on veut les attirer comme les restaurateurs le font, il faut que ce soit avec des films «St-Hubert».»

Vincent Guzzo, janvier 2015

Ainsi s’exprimait M. Guzzo, propriétaire de la chaîne des cinémas du même nom, sur la situation du cinéma québécois en 2015. Il n’y a pas à dire, Vincenzo n’est pas seulement un homme d’affaires aguerri, c’est aussi un poète dans l’âme.

Il n’en demeure pas moins qu’il n’a pas complètement tort. Les gens vont avant tout au cinéma pour se divertir. Visionner un film qui traite d’intimidation ou encore de violence conjugale un vendredi soir n’est pas forcément synonyme de « divertissement » pour la majorité de la population.

Il faut donner aux gens les produits qu’ils désirent, non ? Après tout, comme le veut le dicton, les consommateurs ont toujours raison. Pout pout pout que désirez-vous ? Rien de trop lourd St-Hubert Barbecue !

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Au bout du compte, ce qu’on finit par leur servir sur écran géant, à ces chers spectateurs et chères spectatrices, c’est majoritairement de la malbouffe et du réchauffé: « Voilà ! Du bon Kraft Dinner de la veille, passé quelques minutes au four micro-ondes ! Bon appétit ! ».

Suis-je le seul à avoir l’impression qu’un film sur deux qui prend l’affiche dans les salles de cinéma est une suite, une adaptation ou un « remake » ?

En 2016, on a par exemple eu droit aux « fabuleux » Nitro Rush et Les 3 petits cochons 2. Une question me vient spontanément en tête : Pourquoi ?

Rien contre Guillaume Lemay-Thivierge (moi aussi je pourrais en avoir une douzaine d’abdos si je m’entraînais huit heures par jour), mais est-ce qu’on peut m’expliquer la pertinence d’avoir réalisé ces deux films qui ensemble combinaient un budget de production de près de douze millions de dollars ?

Ne pensez-vous pas qu’il aurait été plus sage de redistribuer ces douze millions de bidoux à des plus petites productions et pour des projets originaux et créatifs ?

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Nous ne sommes pas au bout de nos peines, puisque l’année 2017 s’annonce elle aussi sous le signe du « réchauffé ». Prendront notamment l’affiche les suites de Bon Cop, Bad Cop et de De père en flic. J’ai bien apprécié les premières moutures de ces films, je tiens à le mentionner. Sauf qu’encore une fois, on tombe rapidement dans la facilité, dans la redite. Est-il impensable de ne pas produire une suite à un film qui a connu un bon succès initialement ?

Le même phénomène, à plus grande échelle bien évidemment, est observable chez nos voisins du Sud. Hollywood pullule annuellement de dizaines de films de super-héros, de suites inutiles et de « remakes » abominables.

Sommes-nous à ce point allergiques à la créativité, à la qualité, à l’originalité ? Pourquoi n’encourageons-nous pas plus les projets qui osent sortir des sentiers battus ?

Devons-nous réellement favoriser les films qui risquent de rapporter gros au détriment d’œuvres rafraîchissantes et innovantes ?

Je ne suis pas naïf. Comme toute industrie, le nerf de la guerre dans le monde cinématographique reste ultimement l’argent et les profits. Un film qui ne rapporte que des peanuts au box-office sera étiqueté comme un échec, aussi brillant et innovateur puisse-t-il être.

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Idéalement, on voudrait le meilleur des deux mondes : des films de qualité, qui font également bonne figure au niveau des recettes au guichet. Sauf qu’il ne faut pas se leurrer : cette situation est l’exception plutôt que la règle.

Il faudra donc accepter, mais surtout encourager, que l’on prenne des risques ! Que l’on ose, pour le bien-être de notre culture et de notre cinéma. Après tout, les profits générés projetés ne sont pas un indicateur valable pour juger de la qualité d’une œuvre. La culture a une valeur et une mission qui dépassent largement le simple facteur « économique ».

Bref, tout comme on souhaiterait voir davantage de nouveaux visages dans nos télévisions, on meurt aussi d’envie de voir notre cinéma sortir de son marasme et oser ! Sur ce, vous m’excuserez, mais je dois filer. Y’a une animalerie St-Hubert et X-Men 54 qui m’attendent au Dix30 !

Quelques films québécois sortis en 2016 qui méritent d’être vus

  1. King Dave, de David Grou (Podz)
  2. Pays, de Chloé Robichaud
  3. Embrasse-moi comme tu m’aimes, d’André Forcier
  4. Prank, de Vincent Biron

Quelques films d’ailleurs sortis en 2016 qui méritent d’être vus

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  1. Moonlight, de Barry Jenkins
  2. Manchester by the Sea, de Kenneth Lonergan
  3. Sing Street, de John Carney
  4. Elle, de Paul Verhoeven

Martin Gariépy

Avocat de profession, Martin n’en demeure pas moins un grand artiste dans l’âme. Passionné de culture, de sport et d’actualité, il adore écrire, faire de la radio et de la télévision. Son objectif est simple et louable : vous informer, vous faire rire, vous émouvoir et surtout vous faire réfléchir!

 

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