Disparaître pour mieux revenir


mtqyoty0mzyxntixmdc5ntax
Caroline Dostie Photographie pour Baronmag.com

C’était au mois d’octobre il y a maintenant 4 ans. Je ne me souviens pas de la date exacte, mais je me souviens que les feuilles tombaient et que les bonbons d’Halloween étaient sortis.

J’étais débordée de tous les bords et de tous les côtés, j’étais ensevelie sous une montagne de responsabilités et d’exigences. J’étais émerveillée par la vie et tellement effrayée à la fois. J’étais perdue, insouciante et naïve. J’avais des amis et des gens importants autour de moi, j’avais un chum à l’époque et j’étais entourée de gens qui m’aimaient. J’étudiais dans une école prestigieuse et j’avais l’avenir devant moi. Je savais ce que je voulais faire dans la vie j’avais toute la détermination du monde pour accomplir les défis que je m’étais imposés.

J’avais 17 ans quand la dépression m’a frappée.

J’en avais aussi 17 quand je suis tombée dans mon trouble alimentaire.

Je ne me souviens plus trop comment ça s’est faufilé dans ma vie: assurément d’une façon perverse et maligne, subtilement et tranquillement… Tout ce que je sais c’est que je ne l’ai pas vu venir. Plusieurs mois se sont écoulés avant que je puisse me rendre compte que quelque chose ne fonctionnait pas. Il a fallu plusieurs interventions de mes amis, plusieurs aveux d’inquiétudes et beaucoup de crises et de larmes avant de prendre mon courage à deux mains.

Publicité

Une vie avec un trouble alimentaire

Souffrance, fatigue et désespoir façonnaient mon quotidien. Jour après jour je vivais un mal-être inexplicable qui me rongeait par en dedans, qui m’épuisait: autant mentalement que physiquement.

La maladie m’empêchait de fonctionner, de penser, de persévérer et de continuer. J’étais une autre personne: complètement et entièrement.

Au contraire de ce que les gens pourraient penser, un trouble alimentaire n’est pas qu’une question de poids. C’est une question de combler un vide, remplir des besoins qui ont été délaissés pendant trop longtemps. C’est essayer de se convaincre qu’on n’en vaut pas la peine, qu’on mérite de souffrir et qu’il y a une raison rationnelle qui explique notre comportement: qu’il est VRAI que nous sommes inaptes et incapables. La culpabilité nous ronge par en dedans et elle est loin d’être tolérable.

C’est avoir honte, c’est vivre sous un voile de culpabilité. Ce sont les regrets qui viennent nous hanter, les paroles qui s’agrafent à nos pensées. C’est être humilié. Perdu. Confondu. C’est vouloir s’éteindre petit à petit, démontrer la souffrance intérieure à l’aide d’un instrument extérieur. C’est s’imposer une punition, c’est se renfermer sur soi-même et s’isoler. C’est un mal insoutenable, qui pèse tellement lourd que ça ne se mesure même pas avec une balance.

Publicité

On pense que ça va nous mener à quelque chose, qu’on trouvera le bonheur au bout de ce long tunnel: qu’on y trouvera l’acceptation et le respect envers soi. Ou au contraire, on ressent le besoin de s’en éloigner le plus possible: le bonheur… Je mérite ça, moi? J’pense pas. Ça fait peur d’être heureux. On a beaucoup à perdre quand on vit le bonheur. Vaut mieux pas prendre de chance…

Trouver le bonheur à l’aide de comportements malsains est une course perdue d’avance. Le gagnant ce n’est pas toi et ça ne le sera jamais. Même sur ton lit de mort.

Et si tu penses que tu ne mérites pas de vivre le bonheur, tu te trompes. Tout le monde en vaut la peine et tout le monde a besoin de se sentir aimé et encouragé. Le trouble alimentaire est capable de convaincre et de persuader: il manipule, transforme et déduit beaucoup trop rapidement.

J’ai fait le choix de me rétablir et ce fut une décision extrêmement difficile. Probablement la plus dure de ma vie… Mais il n’en demeure pas moins que ce fut celle qui m’a sauvée. Je me suis retrouvée et j’ai pris le temps de me reconstruire.

Bâtir. S’effondrer. Bâtir à nouveau. 

Publicité

Cette liberté à laquelle je goûte aujourd’hui est mille fois plus délicieuse que toutes les occasions évitées, les desserts refusés et les sentiments refoulés.

«Nothing tastes as good as skinny feels.»

-Kate Moss.

Ah oui? Kate, t’es sûre de ça?

Le chocolat chaud que je sirote en écoutant Stranger Things est pas mal délicieux, je dois t’avouer.

Publicité

Les desserts cuisinés par la soeur de mon chum sont assez fous, merci. As-tu déjà goûté à ses cupcakes red velvet?

Les pâtes carbonara avec beaucoup de crème c’est MILLE FOIS plus agréable que le sentiment de solitude que j’éprouvais quand je cancellais des plans avec des amis.

Les cappucinos glacés de chez Tim Hortons. Extra crème fouettée au chocolat. Rien d’autre à ajouter.

J’écris ce texte aujourd’hui parce que les troubles alimentaires demeurent un sujet tabou. En 2016, ce n’est pas normal d’avoir autant de préjugés par rapport à une maladie tellement présente et destructrice. Il faut aborder le sujet. En discuter. Être ouverts. Les troubles alimentaires touchent tout le monde: les enfants, les hommes, les femmes… Il faut arrêter de voir ça comme des caprices ou une simple «phase.» C’est beaucoup plus complexe et ravageur.

Ceci est pour tous ceux et celles qui ne peuvent pas, qui ne peuvent plus ou qui peuvent encore. C’est pour tous ceux qui connaissent quelqu’un, ceux qui s’offrent en aide aux personnes souffrantes et qui acceptent sans porter de jugements.

Publicité

C’est pour toute la force, l’espoir et le courage dont j’ai pu témoigner lors des dernières années en thérapie, lors des groupes de soutien et suite à plusieurs hospitalisations. C’est pour tous ceux et celles que j’ai rencontré(e)s et qui m’ont donné la force de continuer. Ceux qui m’ont fait croire en de meilleurs jours et ceux qui m’ont inspirée.

Il est possible de se retrouver de l’autre côté et d’en voir le bout. Il est possible de soigner son âme et de passer à autre chose. Il est possible d’éliminer la haine et la frustration.

Il est possible de se rétablir et rebâtir sa vie.

Il est possible d’être bien et de s’accepter.

Il est possible de s’aimer.

Publicité

Vous avez besoin d’aide, besoin de parler, n’hésitez pas à contacter Anorexie et boulimie Québec (ANEB). ANEB offre une ligne d’écoute anonyme et confidentielle, ouverte de 8 h am à 3 h am, tous les jours. Des intervenants qualifiés pourront vous écouter sans jugement, vous soutenir, et vous référez au besoin à une ressource de votre région. ANEB offre aussi des groupes de soutien, renseignez-vous! www.anebquebec.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour haut de page