Chronique d’une cinémaniaque: Mary & Max

Je rangeais des films dans les rangées du Superclub Vidéotron quand je l’ai découvert par hasard. Il avait été loué par quelqu’un et j’allais le remettre à sa place. Je me suis arrêtée. J’ai regardé la pochette. Mary & Max. Un film d’animation en stop motion. J’étais intriguée. J’ai lu l’arrière de couverture : « Mary, 8 ans, habite la banlieue de Melbourne. Son plat préféré est le lait concentré sucré suivi de très près par le chocolat. Max, 44 ans, vit dans le chaos new-yorkais. Il adore les hot-dogs au chocolat et jouer au loto. Ces deux êtres insolites vont entretenir une correspondance sur plus de 20 ans qui va bouleverser leur vie[1]. » Si simple et pourtant, je sentais qu’il y avait plus que cela dans ce film. Moi qui adore les films d’animation, je me suis dit, pourquoi pas. Je l’ai loué et regardé le soir même.Résultats de recherche d'images pour « mary et max »

T’sais, quand tu finis un film et que tu restes assise là, sans bouger, les joues mouillées, le cœur secoué, en totale admiration, ça veut dire quelque chose. C’est tout sauf un film pour enfants. Les sujets sont crus, abordés sans détour, authentiques. Je n’avais pas de mots. Le lendemain, je l’ai acheté.

C’est sûr qu’il y a toujours le côté spectaculaire du film en stop motion. Tu te dis qu’ils ont fait bouger les personnages une photographie à la fois. En moyenne, il y a entre 24 et 30 images par seconde dans un film. Ça me fait capoter. Le temps et la patience requis pour réussir à produire un film d’une heure et demie en stop motion me sidère et je ne peux qu’être admirative devant ce travail colossal. La perfection du film prouve du dévouement et de l’attention aux petits détails qui ont été les mots d’ordre de l’équipe de tournage, et, honnêtement, chapeau.

Non seulement ça, mais en plus, ils ont fait un incroyable travail sur la couleur. L’utilisation du noir et blanc chez Max – à l’exception des quelques éléments rouges dont son sempiternel pompon – est en adéquation avec la double dimension de son monde. Étant atteint du syndrome d’Asperger, Max ne perçoit pas le monde de la même façon que ses congénères, et le noir et blanc l’isole et l’enveloppe gracieusement. Son monde semble parfait, limpide et clair, mais il lui manque également l’élément essentiel que possèdent tous les autres : la couleur, les sentiments, le rapport avec l’autre. Et c’est exactement cet aspect coloré qui, une fois enlevé, reflète si bien son environnement et qui le rend si nerveux.

Résultats de recherche d'images pour « mary et max »Dans le cas de Mary, l’univers choisi par le réalisateur est principalement jaune, brun et, ici aussi, rouge. Il est intéressant de remettre en perspective ce choix de couleur. En effet, le jaune salit en quelque sorte l’univers de la petite fille. Le beige et le jaune sont à l’image de la pauvreté sociale et du manque de bonheur qui sont les piliers de la vie de Mary. Sa mère alcoolique et voleuse passe ses journées à boire du schnaps et à voler divers items dans les magasins de la ville. Son père, quant à lui, est un fervent passionné de taxidermie et travaille dans une usine : son travail consiste à coller la cordelette des sachets de thé. Intimidée à l’école à cause de son physique peu flatteur, Mary vit donc dans un univers sale, taché, glauque même. Pourtant, les éléments rouges de son environnement – dont sa bague et sa barrette à cheveux – sont aussi éclatants que le pompon de Max, élément qui relie les deux protagonistes et qui représente en quelque sorte l’espoir qui ne les quitte jamais ni l’un ni l’autre.

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Ce qui m’a frappée aussi en regardant ce film, c’est la presque absence de dialogue. Les seules paroles viennent du narrateur et de la lecture de la correspondance entre Max et Mary. En effet, alors qu’elle est à l’épicerie, attendant que sa mère termine de voler les items de son choix, Mary décide de prendre une adresse au hasard dans le bottin téléphonique et de commencer une correspondance avec un inconnu, essayant du même coup de se faire un nouvel ami. Cet inconnu sera Max Horowitz, vivant à des kilomètres de là, atteint d’hyperphagie et d’asperger, solitaire. Et les lettres sont tellement bien écrites. Chapeau tout particulier au scénario incroyable du film.

Les lettres. Wow. Elles sont toutes empreintes d’une innocence et pourtant d’une cruelle vérité qui désarment immédiatement. Mary, du haut de ses huit ans, cherche des explications à sa vie de tristesse et partage ses joies et ses craintes avec un pur inconnu, faisant preuve d’une ouverture complète et d’un respect empreint de désespoir. Max, de par sa condition spéciale, est évidemment très stressé par l’arrivée inopinée de ces lettres, mais également si enclin à y répondre avec authenticité et tendresse. C’est ça qui poignRésultats de recherche d'images pour « mary et max »arde en plein cœur lorsqu’on regarde ce film : c’est tellement vrai. Les lettres sont empreintes d’une telle sincérité qu’y être indifférent est impossible. C’est une grande amitié mise à nu devant nous, dans laquelle nous suivons tels des voyeurs des êtres véridiques et tellement intègres. C’est rafraichissant et tellement beau, d’une certaine manière. Rajoutez à ça une trame sonore incroyable, avec son lot de situations comiques et d’appuis dramatiques. Le tout est un pur chef-d’œuvre. Un des meilleurs films que j’ai vu de ma vie.

Au final, je crois que c’est l’histoire, pourtant tellement simple, qui fait toute l’intelligence de ce long-métrage. Authentique. Réelle. Tangible. Magique. Magnifique. Mary & Max, réalisé par Adam Elliot, c’est un film à voir dans une vie. S’il-vous-plait.

[1] Mary & Max, [Jaquette DVD]. Repéré à http://www.degaine.com/jaquettedvd/film/albums/M/Mary_et_max_v2.jpg

Photographies tirées de Google.

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