« Quartiers disparus »: ode à un Montréal pas si lointain

Depuis que je suis toute petite, je TRIPPE sur l’histoire.

Fouillez-moi pourquoi, mais si tu m’emmènes dans une crypte en Espagne, j’te marie. Ok, c’est peut-être un peu macabre, mais reste que j’aime sentir que le temps laisse sa marque, que y’avait du monde avant nous pis y risque d’en avoir une couple après que je sois devenue cendres. Ça me donne foi, on dirait. Qu’on arrive de quelque part, pis que les époques ont construit notre modernité, même si c’est parfois au détriment de quelques bonheurs.

C’est donc avec cet amour des archives (pis des cadavres) en tête que j’ai décidé de me lancer dans la lecture du passionnant livre-documentaire Quartiers disparus, paru ce printemps aux Éditions Cardinal, en collaboration avec le Centre d’histoire de Montréal, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal de l’UQÀM et les Archives de la Ville de Montréal. On y parle d’un Montréal disparu, emporté par la vague de modernisation urbaine lancée par le maire Drapeau dans les années 50 et 60.

Crédit photo: Rhéal Benny
Crédit photo: Rhéal Benny

Trois quartiers montréalais, rasés entièrement, font l’objet de cet ouvrage: le Red Light, le Faubourg à m’lasse et le Goose Village. Situés respectivement dans le centre-ville, la place Radio-Canada et au sud de Pointe-Saint-Charles, les trois quartiers résidentiels ont vu leurs locataires expulsés et leurs domiciles démolis. Souvent, ils étaient peuplés de familles immigrantes, majoritairement anglophones ou allophones. À cette époque, ces arrondissements étaient pauvres, délabrés et habités par des ouvriers aux revenus modestes. En se promenant dans le Red Light, on aurait pu y découvrir des bordels, où les filles de joie s’assoyaient à la fenêtre pour indiquer aux hommes leur envie de recevoir des clients. Le faubourg à m’lasse, quant à lui, était peuplé d’une communauté majoritairement francophone et appauvrie. Le Goose Village, lui, accueillait les immigrants italiens et irlandais, entre autres.

La publication est divisée en plusieurs sections, afin de mettre en contexte chaque quartier, ainsi que le Montréal de l’époque. Le maire Drapeau, qui avait soif de modernité (un peu comme le maire Coderre, quand on y pense un peu), a décidé de détruire ces quartiers insalubres, afin de construire ce qui deviendrait plus tard le quartier des affaires et la tour de Radio-Canada. On se souviendra que bien des projets ont allumé la flamme innovatrice de Drapeau: le métro de Montréal, l’Expo 67, la construction du boulevard René-Lévesque…

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Crédit photo: Jean-Paul Gill
Crédit photo: Jean-Paul Gill

Aujourd’hui, que nous reste-t-il de ces quartiers? Des archives et des infrastructures, certes, mais qu’en est-il des souvenirs de leurs résidents? Par chance, c’est ce que le collectif d’auteurs de ce livre, historiens, urbanistes et autres experts, ont voulu mettre de l’avant. À l’aide de photographies prises par des employés de la Ville et de témoignages bilingues d’anciens habitants des quartiers populaires disparus, on s’immerge peu à peu dans un Montréal pauvre, mais heureux. Les paroles d’anciens résidents nous laissent croire que la vie grouillait dans ces petites rues sales et miséreuses. On sent la chaleur humaine au-delà des photos de bâtiments délabrés, et ça, c’est franchement rafraîchissant. Ces photos, qui datent d’un autre temps, exposent le reflet d’une société disparue, dont on ignore tout de sa suite. Ont-ils immigré? Trouvé un autre logement à Montréal? Le mystère reste. Au fil de ma lecture, j’ai été surprise de constater à quel point on ignore tout de ces quartiers, pourtant bien vivants il y a un peu plus de 50 ans. Ça fait réfléchir sur la restructuration urbaine à tout prix et leurs conséquences à plus long terme. À une époque où le besoin de toujours faire mieux semble au cœur des préoccupations, ce livre offre une intéressante perspective sur ce qui a construit la Ville de Montréal et sur les mentalités révolutionnaires d’il y a quelques décennies.

Crédit photo:  Rhéal Benny
Crédit photo: Rhéal Benny

Bref, je vous conseille avec bonheur ce petit bijou d’histoire montréalaise, qui a d’ailleurs récemment remporté un prix de l’Association des musées canadiens.

Dans les prochains jours, je vous invite à aller vous promener dans votre quartier. Essayez d’y repérer un détail inédit, un graffiti qui semble anodin, ou bien un bâtiment d’une autre ère. Imprégnez-vous de son âme et de son énergie, peut-être vous découvrirez vous une passion cachée pour l’autrefois.

Bonne lecture!

 

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Quartiers disparus

Catherine Charlebois et Paul-André Linteau

Les Éditions Cardinal, editions-cardinal.ca

312 pages

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29,95$ (imprimé)

19,95$ (numérique)

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