Confidences d’un ancien misogyne

Mesdemoiselles, mesdames, aujourd’hui, j’invite un homme chez Boucle pour pouvoir percer un peu le mystère de ce qui se passe dans la tête de nos hommes. J’ai donc demandé à Pablo Berlus, un homme dans la quarantaine, de nous parler des relations homme-femme, mais surtout de sa perception de cette dynamique relationnelle et sexuelle qui est là un peu malgré nous à travers ces stéréotypes qui nous collent à la peau. Anciennement macho et misogyne, Pablo nous partage ses réflexions, ses inquiétudes et ses espoirs quant aux interactions et aux différences entre les hommes et les femmes. Sans plus attendre, voici ce qu’il avait à nous partager:

Des milliers de fois par jour, c’est la même histoire.

Des gars dans une voiture arrêtée à un feu rouge. Ça se passe à Paris comme à Tokyo, à Los Angeles comme à Saint-Jean sur Richelieu, qu’ils aient 17, 31, 68 ans, ça ne change rien; qu’ils soient Québécois, Portuguais, Polonais ou Australiens non plus. C’est la même histoire qui se répète:
Une femme passe près d’eux, l’un des gars passe un commentaire à ses amis: « Hé chérie, embarque avec nous on va te faire ta fête…» et ils rient, complices. Plus il va y aura de détails croustillants, sordides et dégradants autour de cette « fête » plus ils riront, comme j’ai déjà ris aussi. Je riais sans trop savoir pourquoi c’était drôle. Je me disais que c’était l’absurdité de la chose, que c’était juste pour blaguer et que ça ne faisait de mal à personne.
  • On ne parle pas ici de ceux qui baissent la fenêtre pour crier ces mêmes choses.
  • On ne parle pas ici de ceux qui « s’essayent » sur les passantes et qui se fâchent quand elles les envoient promener.
  • On ne parle que de ces petits commentaires laids que les gars font entre eux, quand les femmes n’entendent pas, parce que c’est ce qui est attendu.
(Cher Monsieur, qui n’avez jamais fait de tel commentaire : bravo! Ce texte s’adresse à tous les autres…)
C’est ce qui est attendu dans la perception à laquelle les hommes essayent d’adhérer:

« Un homme c’est droit; un homme c’est fort, un homme c’est honnête, c’est galant avec les femmes…. ».

Tout cela ce sont de beaux principes qu’on nous inculque, mais en parallèle à ces derniers il y a aussi :

« un homme ça fonce, un homme ça ne se laisse rien refuser, une queue bandée n’a pas de parenté… »

Ces affirmations font trop souvent partie des mêmes leçons. Il y a cette dualité en nous, nourrit par les stéréotypes et les histoires qu’on nous raconte.

C’est en réponse à ces stéréotypes que les rounds de boxe masculine sont encore annoncés sur des pancartes tenues par des femmes en bikini.
C’est en réponse à ces stéréotypes que mon amie, qui s’y connaît 100 fois mieux que moi en mécanique, m’invite à l’accompagner quand sa voiture a besoin d’entretien parce qu’elle sait qu’elle sera mieux servie et qu’on essayera moins de l’arnaquer si un mâle est à ses côtés.
C’est en réponse à ces stéréotypes qu’on demande encore aux victimes d’agressions ce qu’elles portaient, si elles avaient bu, si elles ont provoqué.
C’est aussi à cause de cette réputation mi-homme mi-brute que quand je prends le métro à 23:45 un mardi soir et que la seule autre personne dans le wagon que j’emprunte est une femme, elle se doit de me considérer une menace. (Jamais au grand jamais je ne m’en prendrais à une inconnue dans le métro, mais elle n’a absolument aucune façon de le savoir.) Tout ce qu’elle sait, c’est que s’il lui arrive quoi que ce soit, on va tout d’abord lui demander pourquoi elle n’a pas enlevé les oreillettes de son mp3; pourquoi elle n’a pas laissé le jeu auquel elle jouait; pourquoi elle était seule si tard.
 .

J’avais déjà plus de 40 ans quand j’ai compris que « Oui, mais moi je ne suis pas dangereux! » ça ne vaut rien.

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J’aimerais donc retrouver qui a été le premier à comparer les inconnus à un gros bol de jujubes dont seulement deux ou trois seraient empoisonnés. Les chances sont bonnes qu’il n’arrivera rien de mal, mais on pourrait éventuellement regretter son « imprudence », son « insouciance » sa LIBERTÉ!
C’est à 40 ans passés que j’ai compris qu’être un homme, ça confère une longue liste de petits avantages auxquels on ne pense jamais. On n’a pas besoin d’y penser parce que ça arrive tout seul, sans qu’on ait fait quoi que ce soit pour le mériter; juste à cause d’un hasard génétique.
  • Être payé plus cher pour le même travail? Check.
  • Sortir d’un club à 3:00 am, bien saoule, et tituber jusque chez soi; seule; à pied; sans inquiétude; sans crainte aucune; sans qu’un ami ne vous fasse promettre de le texter en arrivant à la maison? Check.
  • Magasiner pour de l’équipement spécialisé et se faire répondre comme quelqu’un qui sait de quoi il parle? Check.
  • Prendre un taxi sans jamais se faire offrir de payer en nature? Check.
  • Prendre un verre seul sur une terrasse ensoleillée, sans se faire harceler, sans devoir mentir sur l’état de nos relations personnelles. Check.
Ce ne sont là qu’une toute petite partie des nombreux avantages auxquels les gars sont généralement aveugles; pas par mesquinerie, ni par manque d’intelligence, mais simplement parce que tout ceci est « normal ». Le patriarcat sous lequel nous vivons nous conditionne tellement bien à la perception que tout ceci est normal, que bon nombre de ceux qui auront lu ces lignes n’auront pas remarqué que j’ai accusé d’imprudence la femme qui voulait simplement se rendre chez elle… le soir où elle est devenue la victime d’un jujube empoisonné.
Je brosse ici un portrait bien sombre, mais il y a quand même de l’espoir. Demandez à celles qui ont connu comment j’étais dans le passé.  Regardez les horreurs que j’ai pu partager sur média sociaux, même jusqu’à tout récemment.  Si un vieux douche comme moi peut finir par enfin avoir vu, enfin croire et dénoncer à son tour, c’est que tout ceci est désormais d’actualité. On en parle entre gars, même entre vieux, on se questionne sur la place qu’on prend, sur ce que nos blagues et nos commentaires démontrent de nos propres perspectives; et de plus en plus, on commence à trouver que « ouin, le gros, c’est pas cool comment qu’on traite les femmes.  »

On peut faire mieux. On veut faire mieux. On va faire mieux.

 

pablo-berlus Pablo Berlus
Misogyne réformé
TW: @bleanthier

 

 

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Crédits photo: Jasmine Mc Lean

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