« Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie. »

Trois femmes, poudrées à l’extrême, toutes de beige vêtues, comme des poupées mécaniques. Devant un rideau de velours rouge, elles bougent selon le rythme et les instructions du maître de soirée. Trois femmes en compétition perpétuelle les unes contre les autres afin d’obtenir l’attention et l’amour des gens. Elles s’offrent au regard des spectateurs, réglant chacun de leurs mouvements, sans jamais prononcer la moindre parole. Pourtant, dans leurs visages infiniment expressifs se lit tout un éventail d’émotions. La féminité comme une prison d’apparences factices. Des paroles vides pour bien paraître et respecter les conventions établies, sans jamais dire les pensées réelles. Ces femmes, tantôt traitées comme de vulgaires bêtes de cirque ou comme des mannequins seulement utiles à la satisfaction du regard, étouffent dans les carcans auxquels on les confine. Elles n’en peuvent plus de leurs rôles prédéfinis, de la trop grande importance accordée à leur corps et leur sexualité et du manque de considération pour leur intelligence.

Crédit photo: Catherine Asselin-Boulanger
Crédit photo: Catherine Asselin-Boulanger

Des femmes à qui on dit quoi faire, quoi dire et qu’on enferme dans des préjugés sexistes. On leur répète des phrases et des conseils sur ce que doit être une femme, une vraie. La maternité, l’acceptation d’être considérée comme un objet sexuel, la cruauté du miroir, les amitiés complexes entre femmes, l’image donnée par les vêtements ou l’influence des hormones sur les humeurs: ce sont autant de sujets abordés durant ce spectacle.

Dans Spécialités féminines, une oeuvre mêlant la danse et le théâtre, on nous fait beaucoup réfléchir sur la condition de la femme et sur ce que représente la féminité en 2015. Après des décennies de féminisme et d’avancées sociales, la femme a-t-elle réellement un statut égal à celui de l’homme? Bien sûr que non. Les femmes continuent trop souvent d’être perçues comme des objets, sont conseillées sur la manière d’interagir sexuellement afin de plaire au sexe opposé ou sont questionnées sur les mêmes domaines continuellement: la décoration, les vêtements, les produits de beauté… Comme si elles ne pouvaient avoir d’opinion constructive et sensée sur la politique, l’environnement,  l’économie ou la philosophie. Vous croyez peut-être que j’exagère, mais en assistant à ces performances et aux réflexions des personnages, on réalise qu’être une femme est encore un combat.

Crédit photo: Catherine Asselin-Boulanger
Crédit photo: Catherine Asselin-Boulanger

Les trois actrices, toujours muettes, dansent, bougent et miment des actions devant nous durant plus d’une heure. De la musique et une voix off expriment leurs pensées, leurs sentiments et leurs paroles sur divers sujets, parfois légers, parfois plus lourds. Elles, dans leur mutisme, nous montrent par leurs visages émotifs ce qu’elles ressentent réellement. On peut tout lire dans leurs expressions faciales et constater la différence souvent immense entre ce qu’elles disent et ce qu’elles ressentent. On s’y reconnaît aussi, beaucoup. En effet, qui n’a jamais menti pour éviter de créer des disputes, des remous? Malgré leurs rôles anticonformistes, ces actrices, Sylvie Chartrand, Marie Lefebvre et Laurence Castonguay-Emery, réussissent à nous émouvoir et nous faire rire. Les effets d’éclairage, musicaux ainsi que la mise en scène servent particulièrement bien les propos de la pièce.

Crédit photo: Catherine Asselin-Boulanger
Crédit photo: Catherine Asselin-Boulanger

Au début, il est parfois difficile de suivre la pièce et d’en comprendre les scènes. Toutefois, plus elle avance, plus on en comprend les liens et les thèmes. Un peu plus de voix off aurait permis une meilleure compréhension selon moi. Cependant, la présence parcimonieuse de paroles est possiblement destinée à laisser libre cours à nos interprétations diverses. En somme, un excellent divertissement pour réfléchir et rire.

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Spécialités féminines est une oeuvre présentée pour la première fois sur les planches a été créée et mise en scène par Jean Asselin, Réal Bossé et Sylvie Moreau, dans une production du Théâtre Omnibus. La pièce est en représentation au Théâtre Espace Libre du 22 janvier au 7 février 2015.

Le titre est une citation de Victor Hugo, répétée à plusieurs reprises durant la pièce.

L’image à la une provient du site web mimeomnibus.qc.ca

Bon théâtre à tous!

Amélie Lacroix Maccabée

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